Coronavirus : Après les élèves de certains départements, les adultes pourront-ils eux aussi ôter leur masque ?

EPIDEMIE Après la levée du masque pour les enfants dans les classes de 47 départements, la question se pose également pour les adultes

Marie De Fournas
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Dans les écoles de certains départements français ce lundi 4 octobre 2021, les élèves peuvent enlever leur masque, mais pas les adultes.
Dans les écoles de certains départements français ce lundi 4 octobre 2021, les élèves peuvent enlever leur masque, mais pas les adultes. — Philippe LOPEZ / AFP
  • A partir de ce lundi, les élèves des écoles de 47 départements où le virus circule peu peuvent enlever leurs masques en cours.
  • Si la mesure peut s’appliquer aux enfants dans un lieu fermé comme l’école, la question peut également se poser pour les adultes de ces départements.
  • Un sujet qui devra être mis sur la table par le gouvernement face à la possible lassitude des populations, mise en lumière récemment par l’OMS.

Pourquoi les enfants et pas les adultes ? Ce lundi, des milliers d’élèves vont à nouveau sentir les odeurs de craies, blanco, et stabilo chatouiller leurs narines. Dans 47 départements français où le taux d’incidence du Covid-19 est inférieur au seuil de 50 pour 100.000 habitants sur une période de cinq jours, les écoliers ne sont plus obligés de porter un masque en cours depuis ce lundi. Un petit plaisir auquel ne goûteront en revanche pas leurs professeurs, non concernés par  la mesure gouvernementale, tout comme l’ensemble des adultes dans ces fameux départements. Comment expliquer une telle différence de traitement entre enfants et adultes ? 20 Minutes fait le point.

Que dit la loi sur le port du masque en entreprise ?

Si le protocole sanitaire en entreprise a été actualisé le 31 août dernier par le ministère du Travail, le port du masque « reste la règle en entreprise notamment dans les lieux clos collectifs », indique le site du gouvernement. En revanche, « les salariés n’ont pas à porter le masque dès lors qu’ils se trouvent seuls dans leur bureau », précise le ministère. Le masque peut également être baissé dans les ateliers à condition que la pièce soit ventilée ou encore qu’il y ait un nombre de personnes limité séparées entre elles par deux mètres d’écart. Enfin, les salariés travaillant dans des établissements recevant du public et possédant un pass sanitaire valide ne sont plus obligés de porter un masque. Le bout de tissu est donc principalement destiné aux employés travaillant dans des bureaux en open space.

Y a-t-il les mêmes risques de propagation du virus dans une classe et dans un bureau ?

A première vue, les deux sont des espaces clos dans lesquels des personnes se trouvent à proximité toute la journée (lorsqu’il s’agit de bureaux partagés). Les conditions de transmission semblent identiques. Cependant, selon une étude de l’institut Pasteur publiée en mars dernier, si « le travail en bureaux partagés », fait partie des lieux où le risque de transmission du virus est le plus élevé, « avoir un enfant scolarisé en primaire n’a pas été jusqu’à maintenant associé à un surrisque d’infection pour les adultes vivant dans le même foyer ». « Il n’y a aujourd’hui pas assez de données, d’évidences et de consensus qui justifient de faire porter un masque à des enfants de plus de six ans toute la journée », ajoute Alice Desbiolles, médecin de santé publique et épidémiologiste, interrogée par 20 Minutes.

D’autre part, il n’y a pas que les lieux qui comptent dans la propagation du virus, rappelle l’experte. « On connaît aujourd’hui les publics susceptibles de développer une forme grave du Covid-19 et les enfants n’en font très majoritairement pas partie. En revanche, il peut y avoir des employés à risque dans les entreprises et pour lesquels il est nécessaire que leurs employeurs et collègues redoublent d’attention pour les protéger. »

Le protocole sanitaire à l’école est-il plus rigoureux que celui dans les entreprises ?

Dans le protocole national pour assurer la sécurité des salariés en entreprise, le ministère du travail stipule que « l’employeur doit prendre toutes les mesures d’organisation nécessaires pour limiter le risque d’affluence, de croisement (flux de personnes) et de concentration (densité) des personnels ». Cette version datée du 10 septembre, acte également la fin du télétravail obligatoire et propose un dispositif spécial pour les salariés les plus vulnérables. Un protocole strict, mais dont le respect incombe à l’employeur et varie selon les entreprises.

Une différence de taille avec le protocole sanitaire à l’école qui impose de fermer une classe entière dès lors qu’un cas de Covid-19 est identifié. Une mesure stricte qui a entraîné la fermeture de près de 3.300 classes mi-septembre avant une décrue progressive ces derniers jours. Sur recommandation du Conseil scientifique, un nouveau protocole va être testé dans plusieurs écoles pour n’isoler que les élèves qui auront été testés positifs au coronavirus.

Que dit le Conseil scientifique sur la levée des masques ?

S’il ne s’est pas encore exprimé récemment sur l’obligation du port du masque en entreprise, il y a peu de chance que le Conseil scientifique soit favorable à une levée de la mesure vu qu’il ne l’était pas non plus pour les enfants scolarisés. Dans son avis rendu le 13 septembre 2021 et intitulé « Enjeux de la rentrée scolaire », les experts écrivent en effet que « les progrès de la vaccination ne sauraient justifier une vigilance moindre sur les gestes barrières (masque, aération, hygiène des mains) et les mesures non-pharmaceutiques (dépistage, isolement) ». Ils précisent également que ces mesures de prévention « ont une importance d’autant plus majeure chez les mineurs, que ce soit chez les 12-17 ans encore insuffisamment vaccinés, ou, a fortiori, chez les moins de 12 ans non-vaccinés ».

L’impact du masque est-il le même sur les enfants et les adultes ?

Si le port du masque pour les enfants ne fait cependant pas l’unanimité c’est qu’il pourrait avoir un impact sur l’apprentissage, la compréhension et la concentration. « La Société française de pédiatrie insiste sur la pénibilité de cette mesure pour les enfants et plaide pour le retrait du port du masque chez les enfants de primaire, dans la mesure où la situation épidémique le permet », rapporte Alice Desbiolles. Même constat sur le terrain. « Avec le masque, on a l’impression qu’on s’entend moins bien et du coup j’étais obligée de les faire répéter assez souvent », raconte Isabelle Perrin, maîtresse de CP dans une école des Landes.

Les employés de bureau ne rencontrent a priori pas des difficultés semblables, mais le port du masque demeure pénible pour eux. Selon un sondage réalisé par Ipsos-Sopra Steria pour le Parisien-Aujourd’hui en France, 74 % des salariés aimeraient que leur entreprise leur permette d’enlever le masque en intérieur. A ce sujet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment pointé du doigt le risque de lassitude et de fatigue pandémique. « Quand les mesures sont trop contraignantes, les populations finissent par saturer et abandonner certaines règles », explique Alice Desbiolles. L’OMS a invité les Etats à mettre en place des mesures plus soutenables sur le moyen et long terme.

« Le gouvernement pourrait donc s’interroger sur la proportionnalité des mesures qui devraient plutôt s’appliquer au cas par cas, en fonction des lieux, des personnes, du territoire, souligne la médecin en Santé publique. On peut par exemple se demander si une bonne aération des locaux lorsque les conditions s’y prêtent ne serait pas aussi efficace et moins pénible. » Pour elle, la priorité peut également être mise sur l’aménagement des postes et conditions de travail des personnes considérées comme vulnérables face au Sars-CoV-2.