Rentrée 2021 : A quelle fréquence (et pour quelle durée) a-t-on besoin de partir en vacances ?

HASTA LA VISTA Un mois après la rentrée scolaire, nombreux sont celles et ceux qui repartiraient bien en vacances

Anissa Boumediene
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Pour avoir la forme et le moral, existe-t-il une fréquence idéale à laquelle partir en vacances?
Pour avoir la forme et le moral, existe-t-il une fréquence idéale à laquelle partir en vacances? — magnetme / Pixabay
  • Alors que les vacances d’été sont finies depuis plusieurs semaines pour les petits et les grands, le blues de l’automne donne des envies de repartir.
  • Mais d’un point de vue chronobiologique, vaut-il mieux s’accorder de longues vacances estivales ou s’accorder de petites vacances réparties sur l’année ?
  • Ces besoins de vacances sont-ils les mêmes pour les plus jeunes ? 20 Minutes a interrogé des experts en chronobiologie.

Une météo aussi morose que notre humeur. Des températures qui réveillent notre envie de rallumer le chauffage (mais les  tarifs de l’énergie menacent de plomber notre porte-monnaie). Et la garde-robe spéciale temps pourri qui a repris ses quartiers d’hiver dans nos penderies. A peine un mois après la rentrée, nombreux sont celles et ceux qui se traînent déjà un bon gros blues automnal, se disant qu’il y a quelques semaines encore, ils lézardaient sur la plage.

Mais si les vacances sont bien finies et que les prochaines ne sont pas pour tout de suite, l’envie de s’évader nous titille déjà. Mais alors, pour être bien dans sa tête et dans son corps, à quelle fréquence et pour quelle durée a-t-on besoin de partir en vacances ?

« Il n’y a pas de rythme idéal »

« Sur le plan chronobiologique, le rythme est soit journalier – le rythme circadien de 24 heures –, soit saisonnier. Il n’y a donc pas de rythme idéal auquel partir en vacances, c’est en rapport avec les activités de chacun », répond Gaëlle Quarck, maître de conférences à l’Université de Caen Basse-Normandie et neuroscientifique spécialiste en chronobiologie.

Ce qui est sûr, c’est que « la fatigue qui arrive avec le raccourcissement des jours relève du rythme saisonnier, poursuit la neuroscientifique. Physiologiquement, nos organismes se calent sur la lumière naturelle, sur l’alternance soleil-nuit. Quand il fait nuit plus tôt, on est plus fatigué, on pratique beaucoup moins d’activités en extérieur. Si on ne s’expose pas suffisamment à la lumière du soleil, notre rythme circadien est moins bien marqué et risque d’être perturbé. Or, après des vacances estivales où l’on respecte davantage son rythme interne, dès la rentrée, la pression sociale du travail, de l’école, de la famille et du quotidien se réinstalle et dicte un rythme contraint qui l’emporte sur le rythme interne naturel ».

Mais « il faut au moins deux semaines pour couper »

Pour lutter contre le blues des jours maussades, il y a ceux – très nombreux – qui attendent l’été toute l’année pour s’offrir une longue coupure, de deux semaines à un mois. Et les autres, qui préfèrent multiplier les petites escapades. Alors, qui détient la recette du vacancier heureux ? Les coupures de quelques jours « sont davantage des moments pour se ressourcer, se faire du bien sans complètement se déconnecter de notre activité quotidienne », explique Gaëlle Quarck. Découvrir une ville de France ou d’Europe, faire un aller-retour pour voir la mer ou s’offrir une pause à la campagne… Se mettre au vert deux ou trois jours, de surcroît après une longue période de restrictions sanitaires, peut être salutaire.

Mais de manière globale, « on a besoin d’une grosse coupure, tranche la neuroscientifique. Cela va au-delà de la chronobiologie pure, c’est davantage en lien avec le stress du quotidien, les pensées récurrentes, tout ce qui est de l’ordre des ruminations. C’est quelque chose que l’on expérimente tous : il faut du temps pour débrancher ces pensées. Et en général, cela prend au moins deux semaines. C’est pour cela que les congés d’été sont bienvenus, parce qu’ils constituent une vraie rupture ».

« Il est important de respecter ses rythmes »

Autre avantage d’une longue coupure estivale : « c’est la période de l’année où il y a le plus de soleil, et où l’on a un mode de vie optimal pour notre rythme naturel : on vit en extérieur, on est davantage exposé à la lumière naturelle, on bouge plus. Certes, c’est multifactoriel, mais physiologiquement, les longues vacances d’été présentent des bienfaits indéniables. Alors que les petites coupures, elles, sont intéressantes pour réduire l’anxiété, mais pas d’un point de vue chronobiologique. D’autant plus si on décale ses rythmes habituels et qu’on déstructure son sommeil en faisant des nuits soit très courtes, soit très longues ».

Alors à défaut de pouvoir faire de nouveau ses valises et pour éviter de creuser celles qu’on a sous les yeux, « il est important de respecter son rythme, en évitant les grosses variations de durée de nuit entre la semaine et le week-end, prescrit la neuroscientifique. Et pour maintenir son rythme circadien, il est recommandé de s’exposer aux synchroniseurs externes que sont la lumière naturelle et l’activité physique ». Pas besoin d’envisager un semi-marathon, la meilleure approche est de « pratiquer tous les jours une activité en extérieur, comme la marche ou le vélo, même quand les journées raccourcissent. Et de préférence le matin, conseille-t-elle. Le corollaire, c’est d’éviter de s’exposer à la lumière bleue des écrans le soir, d’autant plus si l’on a des troubles du sommeil ou si l’on est sujet aux  réveils nocturnes ». En outre, « chez les personnes très sensibles aux variations de lumière, la période automnale peut mener à un syndrome dépressif, prévient Gaëlle Quarck. Si on travaille en horaires décalés ou que l’on vit dans des zones peu éclairées, la luminothérapie est une solution qui a démontré ses vertus thérapeutiques ».

Des vacances toutes les sept semaines pour les enfants

Et les plus jeunes ? Pour les enfants et adolescents, « c’est pareil, on reste sur les deux grands rythmes : journalier, avec des variations au niveau des performances et de l’attention, et saisonnier tout au long de l’année, décrit le Pr François Testu, professeur émérite à l’Université de Tours et chronopsychologue spécialiste des rythmes scolaires. Le plus important est de faire en sorte que l’enfant ou l’adolescent ne soit pas confronté à des aménagements de son temps qui ne respecteraient pas ces deux rythmicités ».

Si les écoliers profitent de quasiment deux mois de vacances estivales, leur calendrier prévoit durant l’année des pauses bienvenues. « Les élèves ont deux semaines de vacances environ toutes les sept semaines de travail, rappelle le Pr Testu. Dans l’intérêt de l’enfant, ce rythme est déterminant pour répondre à ses besoins. Cela permet, en aménageant un temps de repos suffisant, de retrouver de l’énergie et de "reconstituer" ses capacités de concentration, et ainsi favoriser son apprentissage ». Un rechargement des batteries « qui est particulièrement important aux vacances de la Toussaint, souligne le spécialiste des rythmes scolaires. C’est la période de l’année où les enfants (et les adultes) sont les plus fatigués, ils ont besoin d’être ménagés, de se reposer. D’autant que  le premier trimestre dure quatre mois, soit environ 45 % du temps scolaire, ce qui est beaucoup trop long », déplore-t-il.

Et si l’idée de raccourcir les vacances d’été revient régulièrement dans le débat, « il ne faudrait surtout pas que ça rallonge le premier trimestre », insiste le Pr Testu. En attendant, les élèves devront patienter encore quelques jours pour être en vacances : les vacances de la Toussaint commencent le 23 octobre.