Octobre rose : « C’est important de montrer l’envers du décor »… Coraline, l’influenceuse qui ne cache rien de la reconstruction mammaire

AU SEIN DE LA RECONSTRUCTION (3/4) A l’occasion d’Octobre rose, « 20 Minutes » propose une série d’articles sur la reconstruction mammaire post-mastectomie, après un cancer ou de façon préventive

Oihana Gabriel
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Coraline est une influenceuse qui parle beauté, mode et voyages, mais également mastectomie et reconstruction mammaire.
Coraline est une influenceuse qui parle beauté, mode et voyages, mais également mastectomie et reconstruction mammaire. — Coraline Balligand
  • A l’occasion d’Octobre rose, le mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, 20 Minutes s’intéresse à la reconstruction mammaire à travers une série d’articles.
  • Dans ce troisième épisode, rencontre avec Coraline Balligand, une influenceuse de 32 ans qui a choisi de dévoiler à sa communauté son ablation préventive des seins et sa reconstruction mammaire.
  • Douleurs, victoires, déceptions, photos de l’avant et de l’après… Coraline partage sur Instagram et sur son blog tous les détails de cette reconstruction physique et psychique. Et aide ainsi de nombreuses jeunes femmes à mieux comprendre les enjeux et la réalité de la reconstruction mammaire post-mastectomie.

« Avant, je disais que j’avais 85 % de "chance" d’avoir un cancer du sein. Aujourd’hui, je dis plutôt "risque"… », corrige Coraline Balligand, 32 ans. Sur son blog et sur Instagram, la trentenaire partage ses conseils beauté, mode, voyages… et reconstruction mammaire. « Je suis sans tabou et sans filtre », prévient l’influenceuse.

En effet, depuis qu’elle a découvert en 2020 qu’elle était porteuse du gène BRCA1, elle n’a rien caché à sa communauté de plus de 65.000 followers des péripéties de sa mastectomie, puis sa reconstruction des seins. Une forme de thérapie par le partage qu’elle n’hésite pas à mettre en avant à l’occasion d’ Octobre rose.

Urgence à se débarrasser de ces « seins malades »

Quand sa chirurgienne lui explique la menace qui pèse sur son avenir, Coraline ne montre ni surprise, ni choc, ni doute. « Ma mère a été touchée par un cancer du sein il y a dix ans, ma grand-tante en est morte… Je ne voulais pas vivre avec cette épée de Damoclès sur la tête. » Elle n’hésite donc pas à préférer l’ablation et la reconstruction mammaire plutôt qu’un suivi tous les six mois. « Je voyais ça comme une augmentation mammaire. C’est en réalité beaucoup plus difficile psychologiquement ! » Il y avait certes l’espoir de gagner un bonnet - ce qu’elle a d’ailleurs obtenu –, mais il y avait aussi cette urgence à se débarrasser de ces « seins malades ».

En octobre 2020, Coraline se fait opérer à l’Institut Curie : ablation des deux seins et reconstruction immédiate grâce à deux prothèses rondes placées sous le muscle pectoral. « Je me suis endormie avec mes petits seins, réveillée avec les prothèses. Je préférais avoir tout d’un coup. C’était impossible de m’imaginer sans poitrine…  » Mais au réveil, la douleur la transperce, les cachets ne faisant pas effet. Malgré ses souffrances, Coraline poste ses premières impressions sur Instagram et  publie des photos de sa poitrine avant et après l’opération.

Ce qu’elle continuera à faire tout au long des mois de guérison. Les jours passent, les bleus s’estompent, les cicatrices se referment, le traumatisme est digéré. « J’ai comme l’impression de soulager mes craintes, mes maux en partageant tout ça avec vous et ça me fait du bien de casser les tabous », écrit-elle sur Instagram une semaine après l’opération.

« Je suis passé de 85 % de risque d’avoir un cancer du sein à moins de 1 % »

Coraline ne tait pas pour autant les déceptions. « Mes cicatrices sont trop épaisses, pourtant j’ai suivi tout le protocole : la kiné, le palper-rouler, liste-t-elle lors de notre rencontre. Et avec le temps, les seins descendent un peu. Comme je n’ai plus de graisse, on voit la prothèse. Quand je suis debout, droite comme un I, c’est joli. Mais allongée ou penchée en avant quand je me brosse les dents, je vois des vagues, des creux sur mes seins, c’est difficile. »

Elle envisage donc de repasser sur le billard pour faire un lipomodelage : on prend de la graisse dans le ventre ou les cuisses pour redonner du galbe à la poitrine. Et si c’était à refaire ? « Bien sûr que je ferai la même chose ! Je suis passé de 85 % de risque d’avoir un cancer du sein à moins de 1 %, en dessous du pourcentage pour une femme lambda, puisque je n’ai plus de glande mammaire.

« C’est important de montrer l’envers du décor »

Pour une ancienne mannequin aujourd’hui influenceuse, qui donne des conseils vestimentaires et poste des photos d’elle en maillot de bain, voir son corps modifié était une épreuve. Et partager ses photos de cicatrices un pari. « Quand j’ai vu ma chirurgienne, je l’ai prévenu : mon corps, c’est mon outil de travail ! » Et si s’ouvrir à sa communauté sur ce parcours du combattant n’a pas été évident, elle ne le regrette pas.

« J’ai été transparente très tôt, pour ne pas qu’ils découvrent la vérité six mois après l’opération. S’ils avaient été choqués, je l’aurais été aussi. » Mais contrairement à ce qu’on pourrait craindre sur des réseaux sociaux où l’apparence prime, Coraline n’a jamais reçu de messages malveillants. « Sauf une personne qui m’a dit "t’as loupé ta chirurgie !". Visiblement, la fille ne me suivait pas assez pour comprendre que c’était une opération pour me sauver la vie ! »

Grâce à cette transparence, Coraline est devenue conseillère pour beaucoup de femmes, souvent perdues et mal renseignées. Car aujourd’hui encore, si on parle davantage du gène BRCA, les informations concrètes restent parcellaires. « C’est important de montrer l’envers du décor. J’aurai voulu qu’on fasse ça pour moi… »

« Les filles me remercient tous les jours, c’est ça qui m’aide à continuer. »

Partager cette épreuve lui permet aussi de mieux la digérer. « Ma thérapie, c’est d’en parler, d’écrire, d’aider les autres, confie l’énergique trentenaire. Je reçois des messages de femmes qui ne savent pas quelle technique, quelle prothèse choisir. Elles me remercient tous les jours, c’est ça qui m’aide à continuer. »

Alors elle y va de ses petits conseils. « Beaucoup de chirurgiens banalisent le côté esthétique ou ne laissent pas le choix de la technique. Il faut bien choisir son chirurgien, prendre plusieurs avis, ne pas hésiter à changer. J’ai eu de la chance, ma poitrine est vite redevenue jolie… Mais j’ai vu des photos après la reconstruction, si on me fait quelque chose comme ça, je tombe en dépression ! L’ablation préventive touche des femmes très jeunes, c’est d’autant plus important que l’opération soit réussie.  »

Pour poursuivre la sensibilisation, elle compte organiser une fois par mois une visioconférence avec un groupe d’une vingtaine de filles sur Insta. Pour parler de l’après, mais aussi de l’amont. « C’est en dépistant le plus tôt possible qu’on a le plus de chance de guérir, une femme sur 800 est atteinte de cette mutation génétique, c’est énorme. » insiste-t-elle. Beaucoup me disent qu’elles préfèrent ne pas savoir si elles ont une tumeur ou le gène. Moi, c’est l’inverse. D’ailleurs, je fais une échographie des seins dans deux jours pour savoir si tout est en place. J’ai hâte ! »