Grippe, gastro, angine, rhume… Les virus de l’hiver sont de retour

VIRUS Après avoir quasiment disparu l’hiver dernier, les maladies et virus hivernaux sévissent de nouveau en France ces derniers jours

Anissa Boumediene
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Absents l'année dernière, les virus de l'hiver sont en train d'opérer leur retour en France.
Absents l'année dernière, les virus de l'hiver sont en train d'opérer leur retour en France. — Baleydier/SIPA
  • A peine l’automne arrivé, les maladies hivernales sont déjà de retour.
  • L’année dernière, les confinements, les fermetures d’écoles et un respect assez strict des gestes barrières avaient quasiment éteint toutes ces épidémies qui surviennent en fin d’année.
  • Mais le recul de l’épidémie de coronavirus grâce à la vaccination, le relâchement des gestes barrières et le retour à un quotidien avec moins de restrictions sanitaires a favorisé le retour de la grippe, des angines, gastro-entérites et cas de bronchiolite.

On les avait presque oubliés ! Alors qu’ils s’étaient presque éteints l'année dernière, les virus de l’hiver sont en train d’opérer leur grand retour. A nouveau, grippe, gastro-entérite, angine et rhume piquent les gorges, font couler les narines et chamboulent les estomacs. En cause, le refroidissement des températures, mais surtout un relâchement des gestes barrières provoqué par la forte couverture vaccinale, qui a redonné envie aux Françaises et aux Français de se serrer les mains et de se refaire la bise.

Alors, doit-on se préparer à un hiver classique d’épidémies virales hors Covid-19 ? Ou à un retour encore plus important après leur absence l’hiver dernier ?

« On retrouve un automne presque comme en 2019 »

Entre le 13 et le 19 septembre, « le taux d’incidence des cas d’infection respiratoire aiguë vus en consultation (ou en téléconsultation) de médecine générale a été estimé à 65 cas pour 100.000 habitants », indique le Réseau Sentinelles dans son dernier bulletin épidémiologique. Côté gastro, « le taux d’incidence des cas de diarrhée aiguë a été estimé à 82 cas pour 100.000 habitants ». Pas de quoi déjà parler d’épidémies, mais dans les cabinets de médecine générale, la hausse des chiffres se confirme. « On retrouve un automne presque comme en 2019. Certes encore en retrait par rapport à une année "normale" d’avant Covid, mais visiblement, les maladies hivernales repartent, à la fois chez les enfants et les jeunes adultes », constate le Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et secrétaire général du syndicat  MG France.

Parmi les motifs de consultation, « on retrouve les rhinopharyngites, et chez les adultes un peu plus âgés, on a pas mal de cas de surinfections avec des sinusites et des bronchites qui s’y ajoutent, détaille le médecin. Ainsi que les premières bronchiolites qui démarrent chez les tout-petits ». Côté calendrier, l’arrivée de ces virus dans la deuxième quinzaine de septembre « est tout à fait normale par rapport aux années d’avant Covid, assure le Dr Bensoussan. Cela intervient toujours dans les deux à trois semaines suivant la rentrée scolaire, puisque ce sont notamment les brassages scolaires qui font que les virus et microbes sont transmis ».

Baisse des gestes barrières ou changement de l’écosystème viral ?

Mais ce retour en force a aussi été favorisé par nos mauvaises habitudes prises cet été. La hausse de la couverture vaccinale et le sentiment de protection contre le coronavirus qu’elle procure ont eu pour conséquence logique un relâchement sur la distanciation sociale. « L’adhésion aux mesures barrières tend à baisser, certaines d’entre elles étant moins suivies chez les vaccinés, et ce depuis la fin juin », confirme Santé publique France dans ses derniers bulletins épidémiologiques. « Il y a eu un peu de relâchement chez les adultes, concède le Dr Bensoussan. Mais c’est normal après tous ces mois de restrictions ; les gens ont envie de se retrouver, de refaire des repas ensemble. D’où l’importance de rappeler que même entre personnes vaccinées, il peut y avoir transmission des autres virus et microbes par les mains, la salive et les postillons ».

Et pour les plus jeunes, « même si le port du masque est en vigueur dans les écoles, au moment des récréations et du déjeuner, les enfants et les adolescents peuvent se relâcher sur les gestes barrières, il y a des brassages et des embrassades, explique le médecin. Mais on s’y attendait : l’année dernière, toutes les épidémies traditionnelles ont été bloquées par les confinements et fermetures d’écoles. Le retour à une vie similaire à celle d’avant implique forcément le retour des virus qui sévissent habituellement à cette période de l’année ».

Ce retour des maladies hivernales signifie-t-il que le Covid-19 est suffisamment en recul pour leur faire de la place ? « Il va falloir attendre les prochaines semaines pour répondre à cette question, estime le Dr Bensoussan. Si on a une forte épidémie de grippe et d’autres virus et microbes, on pourra parler de changement d’écosystème viral. Mais il est trop tôt pour le dire ».

Manque de stimulation immunitaire et risque d’épidémie importante de bronchiolite

Autre virus quasiment éteint l’hiver dernier : la bronchiolite, qui touche les tout-petits. « L’amplitude de l’épidémie [l’hiver dernier] a été très inférieure à celle de la saison précédente, confirme Santé publique France. Une épidémie de plus grande ampleur que celle observée chaque année est possible du fait de la moindre stimulation immunitaire induite par la faible circulation du virus l’hiver dernier, dans un contexte de levée des mesures barrières. Un tel phénomène a été observé en Australie, qui a rapporté à l’automne une épidémie d’intensité inhabituelle ».

« L’année dernière, toute une population de tout-petits n’a pas été au contact du VRS (virus respiratoire syncytial), le principal responsable de la bronchiolite. Cette année, le virus va donc se trouver dans un terrain plus favorable. Mais c’est à relativiser, puisque la bronchiolite touche beaucoup de nourrissons et de tout-petits, qui par définition n’étaient pas tous nés l’année dernière à la même période », rassure le médecin.

Alors, pour ne pas faire trop de place à ces maladies qui ne nous avaient pas vraiment manqué, « il faut revenir à tout ce qu’on a très bien fait l’année dernière, et au-delà du seul coronavirus, prescrit le Dr Bensoussan. On pense à se laver les mains, porter un masque dès qu’on est malade et qu’on tousse, et garder le réflexe de ne pas se serrer la main ni faire la bise ».