« La visite à domicile n’est plus attractive, elle est en voie de disparition », alerte le président de SOS Médecins

INTERVIEW SOS Médecins, dont « 20 Minutes » a interrogé le président, le Dr Jean-Christophe Masseron, a annoncé un « arrêt total » de son activité ce lundi, pour demander une revalorisation des visites à domicile

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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SOS Médecins a annoncé
SOS Médecins a annoncé — JP PARIENTE/SIPA
  • Ce lundi, SOS Médecins n’a assuré ni visite à domicile ni consultation, lançant une grève de 24 heures.
  • La fédération de médecins réclame une revalorisation des visites à domicile, au cœur de leur activité.
  • Un acte jugé trop peu rémunéré, qui engendre une perte d’attractivité et met en danger le modèle de SOS Médecins, explique à 20 Minutes son président, le Dr Jean-Christophe Masseron.

Une sonnerie dans le vide, suivie d’un message invitant à composer le 15 en cas d’urgence. Depuis ce lundi 8h et pour une durée de vingt-quatre heures, personne ne décroche le téléphone chez SOS Médecins ; les visites à domicile et les consultations sont à l’arrêt. Dans un communiqué transmis dimanche, la fédération nationale, qui regroupe 1.300 médecins généralistes, a annoncé un « arrêt total » de son activité, pour « alerter les Français sur la disparition programmée de la visite à domicile ». Au cœur de leurs revendications, la revalorisation de ce type de visite, bloquée depuis plusieurs années à 35 euros.

« Depuis plus de quinze ans, les moyens alloués à la visite à domicile sont insuffisants au regard des besoins des Français et du vieillissement de la population », estime SOS Médecins. « Les patients sont au cœur de cette action. Cette grève, c’est le mouvement de la dernière chance pour sauver la visite à domicile », explique à 20 Minutes le Dr Jean-Christophe Masseron, président de SOS Médecins France.

Au cœur de vos revendications, il y a la revalorisation de la visite à domicile. Quelle est la situation aujourd’hui ?

La défense de la visite à domicile est une demande récurrente de notre part depuis de nombreuses années. Cela fait quinze ans qu’elle est la grande oubliée des réformes de santé, et qu’elle est bloquée à 35 euros pour une visite de jour : 25 euros et 10 euros pour le déplacement.

En juillet dernier, un accord a été signé par les syndicats de médecins libéraux et l’Assurance maladie, mais seulement au profit des médecins traitants qui se déplacent chez leurs propres patients, excluant au passage les médecins SOS de toute revalorisation. On a l’impression que notre travail n’est pas reconnu, qu’il est même méprisé.

En pratique, la visite à domicile est au cœur de votre activité. Que représente-t-elle dans votre quotidien et quelles contraintes spécifiques engendre-t-elle ?

Nous recevons 6 millions d’appels chaque année et effectuons 3 millions de visites à domicile. Un médecin SOS passe environ deux tiers de son temps en visite, mais cela ne se traduit pas en nombre d’actes car c’est chronophage, technique et complexe : cela peut facilement prendre 45 minutes à une heure. Pendant ce temps-là, un médecin peut, lui, recevoir trois à quatre patients en consultation à son cabinet. On voit bien qu’en termes d’organisation, c’est quelque chose qui demande un effort important, il faut être convaincu et militant pour poursuivre cet acte.

Chaque fois qu’on dépêche un médecin au chevet d’un malade, c’est qu’on a considéré que c’était la meilleure réponse à son problème de santé, soit parce qu’il est âgé, fragile ou polypathologique, ou qu’il présente une situation médicale urgente qui empêche son déplacement vers un cabinet médical. Ces visites viennent en complémentarité de celles assurées par les médecins traitants. Nous intervenons sur les mêmes patients, mais dans des situations d’urgence, quand ils présentent une aggravation de leur état qui nécessite un déplacement urgent qui ne peut attendre que le médecin traitant se rende disponible, et parfois aussi pour des patients qui n’ont plus de médecin traitant. C’est notre quotidien, on ne peut différer ces visites.

L’indemnité de déplacement, de 10 euros pour les visites de jour, n’a donc pas évolué depuis quinze ans…

Pour l’instant, cela nous est refusé. Par effet de volume, avec des millions de visites à domicile chaque année, cela représente une enveloppe que la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) refuse de mettre sur la table. Elle est déjà insuffisante pour les visites de jour, et le soir et le week-end, elle n’est plus que 3,50 euros. On souhaite donc aussi une harmonisation entre le jour et la nuit.

Vous dénoncez aujourd’hui une perte d’attractivité de SOS Médecins. Comment pèse-t-elle au quotidien et qu’attendez-vous ?

Nous restons convaincus de l’utilité de la visite à domicile, mais la réalité, c’est qu’elle n’est plus attractive, et risque de disparaître faute de médecins pour la réaliser. Ce manque d’attractivité met en danger le modèle même de SOS Médecins. Notre grève, ce n’est pas que pour une question financière, il ne s’agit pas d’une demande de revalorisation pour le simple confort de la corporation. Le risque, c’est que les médecins soient davantage attirés par des structures concurrentes qui ne font que de la consultation. Or, cela ne rend pas du tout le même type de service que la visite à domicile, qui n’est pas remplaçable.

SOS tient à son modèle de visite à domicile, mais si on a une fuite de nos médecins, on ne pourra plus l’assurer. Pourtant, notre potentiel d’accroissement est infini parce que la demande est là. C’est pour cela que l’on demande une revalorisation, par la voie d’une tarification spécifique des visites urgentes, autour de 57 euros. On attend un signal fort du ministère et de la CNAM. A ce jour, nos demandes ont été mises de côté, et on attend d’être rassurés sur la volonté publique de maintenir un acte qui, aujourd’hui, est en voie de disparition.

Des réquisitions à travers le pays

SOS Médecins a indiqué ce lundi en fin d’après-midi que « 100 % de ses structures » ont suivi « l’arrêt total d’activité », même si plusieurs ont été réquisitionnées pour les gardes de nuit, notamment à Toulouse, La Rochelle, Dijon, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux, Pau ou Bayonne, entre autres. « SOS Médecins obéira à l’ensemble des réquisitions », assure la fédération.