Coronavirus : Faut-il s’attendre à une cinquième vague épidémique cet automne ?

EPIDEMIE Médecins et scientifiques alertent sur les risques d’une cinquième vague de coronavirus en France à l’automne

Anissa Boumediene
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La baisse des températures et la capacité de diffusion du variant Delta devraient favoriser prochainement la reprise des contaminations.
La baisse des températures et la capacité de diffusion du variant Delta devraient favoriser prochainement la reprise des contaminations. — SYSPEO/SIPA
  • L’automne, avec la baisse des températures qui l’accompagne, est propice à la diffusion du Covid-19.
  • Et avec un variant Delta plus contagieux, qui représente la quasi-totalité des nouveaux cas détectés, une cinquième vague pourrait arriver dès les prochaines semaines.
  • La couverture vaccinale importante, même si elle n’a pas encore permis d’atteindre l’immunité collective, devrait toutefois permettre d’éviter une submersion des hôpitaux.

« La décrue épidémique se poursuit jour après jour », s’est réjoui ce mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, annonçant au passage quelques assouplissements des mesures sanitaires à l’issue du Conseil de défense. Mais alors que la quatrième vague retombe dans l’Hexagone, une cinquième est-elle déjà en embuscade ? Si les chiffres des contaminations et des hospitalisations liées au Covid-19 sont en baisse constante, médecins et scientifiques préviennent déjà qu’un prochain rebond épidémique est à prévoir à l’automne.

Quelle ampleur cette cinquième vague pourrait-elle avoir ? Quelles populations pourraient être contaminées et avec quelles formes de la maladie ? Et en quoi cette vague à venir sera-t-elle différente des précédentes ?

« Les conditions sont réunies pour qu’on ait une cinquième, voire une sixième vague »

« Avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver, les températures baissent, on vit davantage en intérieur et on aère moins. Et face à un virus qui se diffuse si bien avec le variant Delta, les conditions sont réunies pour qu’on ait une cinquième, voire une sixième vague, estime le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). D’autant qu’à ce jour, seulement 64 % de la population est vaccinée, on n’a donc pas atteint l’immunité collective qui pourrait empêcher un redémarrage ». Or, « les adultes non vaccinés contribuent de façon importante à la pression sur l’hôpital (…) et de façon disproportionnée à la transmission, rappelle l’Institut Pasteur dans sa dernière modélisation de l’épidémie. Dans notre scénario de référence, les personnes non vaccinées de plus de 60 ans représentent 3 % de la population, mais 43 % des hospitalisations ».

Pour le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique, l’arrivée d’une cinquième vague à l’automne ne fait donc pas l’ombre d’un doute : « Il y a un réservoir de population dans lequel le virus peut circuler : ce sont les enfants de moins de 12 ans, puisqu’ils ne sont pas vaccinés, et les adultes non vaccinés : on sait que chez les plus de 80 ans, il y a 15 % de non vaccinés encore ».

Pourtant, « à partir du 4 octobre, dans les départements où le taux d’incidence se stabilise au-dessous du seuil de 50 pour 100.000 habitants, (…) l’obligation du port du masque à l’école primaire sera levée », a indiqué Gabriel Attal. Avant toutefois d’ajouter que « le pass sanitaire continue de s’appliquer dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui ».

Des contaminations à prévoir chez les personnes vaccinées

Alors, qui risque d’être contaminé lors de cette cinquième vague ? « Nous nous attendons à ce qu’un tiers des infections ait lieu chez les enfants et adolescents », estiment les modélisateurs de l’Institut Pasteur. Et comme « avec le variant Delta, les personnes vaccinées sont moins bien protégées contre l’infection (même si la protection reste très élevée contre les formes graves), rappellent-ils, on s’attend à ce qu’à peu près la moitié des infections aient lieu chez des personnes vaccinées ». Comment l’expliquer ? D’abord pour une raison arithmétique : « plus la population est vaccinée, plus la proportion de vaccinés parmi les cas augmente », rassure l’Institut Pasteur.

Autre raison : Santé publique France observe, dans son dernier bulletin, une « baisse de l’adoption de tous les gestes barrières depuis fin juin ». « Quand vous êtes vacciné, vous avez cinq fois moins de risques d’être contaminé, et dix fois moins d’être hospitalisé pour une forme grave. De fait, vous vous relâchez sur les gestes barrières, et c’est précisément ce recul qui va alimenter cette cinquième, voire cette sixième vague », expose le Dr Davido. « Il est donc important que les personnes vaccinées continuent à respecter les gestes barrières et à porter un masque », insiste l’Institut Pasteur. « D’autant que les prochaines vacances entraîneront un brassage des populations à travers le territoire, et que l’on ignore si d’ici là, un nouveau variant n’aura pas fait son apparition », ajoute le Dr Davido.

En outre, « il ne faut pas oublier que dès le 15 octobre, les tests de dépistage de "confort" ne seront plus remboursés, relève le Dr Davido, alors que beaucoup se dépistent dans le cadre du pass sanitaire. Or, si on dépiste moins, le virus évoluera de manière moins visible, à une période connue pour être la saison des maladies virales respiratoires ».

« Une vague épidémique oui, mais pas forcément une vague hospitalière »

Pour autant, le scénario envisagé pour cette cinquième vague ne prévoit pas de catastrophe sanitaire. « Avec l’augmentation prévisible des contaminations chez les personnes vaccinées – qui vont développer des formes atténuées du coronavirus et être superimmunisés contre lui – on va avoir une population mieux protégée même contre des variants qui pourraient apparaître. Leur immunité individuelle va renforcer l’immunité collective en protégeant les autres », expose le Dr Davido. Pour l’infectiologue, cette particularité fait que « le terme de "vague" est galvaudé, puisqu’il implique la notion de submersion du système hospitalier. Si le vaccin n’empêche pas les vagues épidémiques, son efficacité contre les formes graves est telle que les prochains rebonds ne devraient pas forcément s’accompagner d’une vague hospitalière ».

Un enthousiasme partagé par le Dr Fontanet. « La très bonne nouvelle, c’est que 80 à 90 % de la population adulte est immunisée, donc les mesures que l’on devra prendre pour freiner cette prochaine vague ne seront pas du tout de la même ampleur », a-t-il assuré sur LCI, balayant l’hypothèse d’un reconfinement ou d’un retour du couvre-feu. « Je ne suis pas particulièrement inquiet pour l’automne qui vient », a-t-il ajouté.

Mais si les indicateurs sont plutôt rassurants en métropole, la vague qui déferle depuis quelques semaines dans les Antilles et en Nouvelle-Calédonie n’est pas terminée. En cause : un taux de vaccination beaucoup plus faible, qui a entraîné une saturation des hôpitaux. « Il est essentiel que la couverture vaccinale chez les plus fragiles soit aussi haute que possible », insiste l’Institut Pasteur.

Enfin, l’intensité de la prochaine vague devrait aussi « dépendre de l’efficacité de la campagne de troisième dose, pour éviter que les tout premiers vaccinés ne soient – du fait de la baisse de leur immunité – les premiers à développer des formes graves ». Mais la fin de l’année pourrait aussi apporter de bonnes nouvelles, « avec l’arrivée attendue de nouveaux vaccins anti-Covid, avance l’infectiologue, qui pourraient alimenter cette campagne de rappel ».