Coronavirus : Quel est l’intérêt de maintenir le pass sanitaire même dans les départements à faible incidence ?

EPIDEMIE Le pass sanitaire reste étendu sur l’ensemble du territoire, qu’importe le taux d’incidence du département, a annoncé ce mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal

Jean-Loup Delmas
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Contrôle de pass sanitaire avec Q/R code
Contrôle de pass sanitaire avec Q/R code — Mourad ALLILI/SIPA
  • Le pass sanitaire local, ce n’est pas pour tout de suite.
  • A la fin du Conseil de défense ce mercredi, Gabriel Attal a en effet annoncé que le pass sanitaire était maintenu sur l’ensemble du territoire.
  • Ce pass est-il utile même dans les départements ayant une bonne situation épidémique ?

​C’était LA mesure pressentie avant le Conseil de défense ce mercredi. Alors que l’épidémie de coronavirus est en recul en France, qu’une moyenne inférieure à 5.000 nouveaux cas par jour pourrait être atteinte dès la semaine prochaine, et que la moitié des départements métropolitains ont une incidence de moins de 50 cas pour 100.000 habitants, un pass sanitaire local était évoqué. Il n’en sera finalement rien. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y aurait pour le moment aucune adaptation du pass sanitaire, à l’échelle locale ou nationale.

Une évolution à plus long terme du pass sanitaire est possible, en prenant en compte non seulement l’incidence du département, mais aussi son taux de vaccination et d’occupation des lits de réanimation, a laissé entendre le porte-parole du gouvernement. Mais le pass sanitaire ne sera pas abandonné facilement. Est-ce vraiment une mauvaise nouvelle ?

Winter is coming

Une population majoritairement vaccinée, une épidémie en nette décrue… Ce scénario rappelle celui d’Israël il y a quelques semaines qui, pensant l’épidémie derrière elle, avait levé l’ensemble des mesures barrières. Conséquence : le pays a connu une flambée de cas et vite réinstauré certaines mesures élémentaires, tel que le port du masque en intérieur. « Peu à peu, le gouvernement comprend qu’il ne faut pas lever toutes les protections d’un coup. Maintenir le pass, malgré la décrue épidémique, va dans ce sens », souligne le docteur Franck Clarot, cofondateur de collectif Du Côté de la Science. Gabriel Attal a ainsi plusieurs fois joué de l’anaphore dans son discours, rappelant que « la prudence » est de mise.

Un appel à la prudence répété alors que l’automne, période plus favorable à l’épidémie, s’installe. Températures en baisse, nuits plus longues… Il y aura fatalement plus de comportements à risque, avec davantage de temps passé dans les lieux clos. Des lieux clos qui peuvent être soumis au pass sanitaire. « L’automne est une période à risque accrue, c’est donc une bonne chose si on garde certaines mesures alors qu’on s’approche des mauvais jours », rappelle ainsi David Simard, enseignant en philosophie de la médecine et de la biologie à la faculté de santé de l’université Paris Est Créteil.

Gagner la guerre

Cette non-modification du pass sanitaire peut aussi être vue comme une manœuvre dans la guerre d’usure face aux opposants à la vaccination. Gabriel Attal l’a rappelé ce mercredi : 1,5 million de personnes fragiles ne sont toujours pas vaccinées, largement assez pour saturer à nouveau les hôpitaux et entraîner plusieurs centaines de décès quotidiens. Au-delà de cette population particulière, pas moins de 14 % des Français éligibles à la vaccination n’ont pas reçu la moindre dose, et les primo-injections sont en chute libre. « Peut-être que certains espéraient que le pass sanitaire ne disparaisse vite, et ne veulent pas se faire vacciner pour un pass de quelques semaines. Le voir être prolongé peut avoir en effet convaincant », appuie Franck Clarot.

D’autant qu’en octobre, la vie sans pass sanitaire va prendre une nouvelle dimension, puisque les tests « de confort » ne seront plus remboursés.

Nécessaire récompense

Reste une question : à force de voir de telles mesures maintenues, la population ne risque-t-elle pas de se lasser ? De penser que ses « efforts » ne paient pas ? Franck Clarot précise : « Il est important de montrer aux gens que les mesures fonctionnent et de les récompenser pour cela. Mais il faut trouver le juste équilibre pour ne pas lever les mesures les plus utiles. » A ce titre, un automne passé sans confinement ni fermeture des lieux clos – mais avec un maintien du pass - serait déjà une belle récompense.

David Simard reprend : « On ne va pas risquer un rebond en automne juste pour récompenser les gens. Il faut maintenir le pass et souligner les efforts de la population, mais cela ne doit pas amener à faire n’importe quoi. » Preuve en est, la principale mesure annoncée par Gabriel Attal ce mercredi, à savoir la fin du masque obligatoire dans les écoles primaires pour les départements dont l’incidence serait inférieure à 50 à partir du lundi 4 octobre, est déjà vivement critiquée.