Coronavirus : Que vaut vraiment l’étude de Pfizer sur la vaccination des 5-11 ans ?

EPIDEMIE Une étude de Pfizer-BioNTech vante les mérites de la vaccination pour les 5-11 ans ce lundi

Jean-Loup Delmas
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Illustration du vaccin Pfizer.
Illustration du vaccin Pfizer. — Marcin Bruniecki/Shutterstock/SIPA
  • Ce lundi, les laboratoires Pfizer et BioNTech ont publié les résultats d’une étude montrant l’efficacité de la vaccination chez les 5-11 ans.
  • Cette étude souffre néanmoins d’un gros biais : son nombre de cas totalement insuffisant pour mesurer la balance bénéfice/risque.
  • Le cas de la vaccination – ou non – est en réalité loin d’être réglé par cette étude.

Les enfants vont-ils bientôt se faire vacciner contre le coronavirus ? Cette possibilité a été entrouverte ce lundi, à la suite de la publication d’une étude des laboratoires  Pfizer-BioNtech sur 4.500 enfants entre 6 mois et 11 ans aux Etats-Unis, en Finlande, en Pologne et en Espagne, dont 2.268 âgés de 5 à 11 ans. L’étude vante un vaccin « sûr » et « bien toléré » par cette population, déclenchant une réponse immunitaire « robuste » malgré un dosage inférieur au vaccin en population adulte (10 microgrammes par injection contre 30 microgrammes).

Pour le moment, la vaccination est autorisée à partir de 12 ans en France, dans l’Union européenne, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays du monde. Cette étude va-t-elle ouvrir la voie à la vaccination dès 5 ans ? « 20 Minutes » fait le point.

Quel est l’intérêt de la vaccination pour les enfants de 5 à 11 ans ?

Les enfants font très peu de formes graves de la maladie. Sur les 8.845 hospitalisations pour cause de Covid-19 en France actuellement, seulement 45 concernent des enfants entre 0 et 9 ans, soit 0,5 % du total. Le ratio baisse encore lors des soins critiques : 4 enfants de 0 à 9 ans sont hospitalisés sur un total de 1.805 personnes, soit 0,22 %. Une éventuelle vaccination des enfants « servira principalement à réduire la circulation virale dans un intérêt altruiste. L’intérêt collectif y sera prédominant », note Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux.

En effet, le vaccin diminue les risques de contamination et de transmission du virus (même s’il ne les empêche pas totalement), vacciner massivement la population diminue donc la circulation du virus et donc les risques que le Covid-19 atteigne les populations fragiles, susceptibles elles de faire des formes graves et des décès. Or, avec encore 13 % des + de 75 ans non vaccinés, une haute circulation du virus peut toujours amener à une saturation des hôpitaux et de nombreux décès.

La vaccination des enfants ne servira-t-elle que les autres ?

Cette idée de vacciner les enfants pour protéger des personnes âgées qui ont choisi de ne pas se faire vacciner n’est évidemment pas sans poser quelques questions d’éthique. Néanmoins, il ne faut pas résumer l’éventuelle vaccination des enfants uniquement à de l’altruisme. Le vaccin protège des formes graves qui, si elles sont rares, ne sont pas inexistantes chez l’enfant.

D'autant qu'avec la levée progressive de toutes les mesures de distanciation, le virus risque de beaucoup plus circuler chez l’enfant. « Il s’agit de la population la plus touchée maintenant que c’est la seule catégorie non-vaccinée, sans parler d’un environnement à risque : les classes nombreuses, les cantines et le port du masque pas toujours respecté », constate Mathieu Molimard. En conséquence, « le virus risque donc de se diffuser, augmentant les hospitalisations chez les enfants », prédit le soignant. Pour défendre l’intérêt de son étude, Pfizer souligne notamment que « depuis juillet, les cas pédiatriques de Covid-19 ont augmenté de 240 % aux Etats-Unis, soulignant la nécessité d’une vaccination ».

Peut-on faire confiance aux résultats de cette étude ?

« En raison de ce bénéfice individuel faible, il faut d’autant plus vérifier les possibles effets secondaires indésirables pour la balance bénéfice risque. Le vaccin offre une version diminuée de la maladie, les vaccinés sont susceptibles de faire des formes mineures », insiste Mathieu Molimard.

Or, et c’est tout le problème de cette étude, elle ne concerne que 2.000 enfants. Assez pour constater que la protection immunitaire du vaccin fonctionne, mais insuffisant pour mesurer les effets indésirables du sérum. Les myocardites par exemple arrivent dans un cas pour 100.000 en population générale après la vaccination, et selon plusieurs études, à une fréquence d’un sur 5.000 chez les adolescents garçons vaccinés entre 12 et 15 ans. Or, avec de telle fréquence, ces effets indésirables sont totalement impossibles à percevoir dans une étude de seulement 2.000 cas.

Il est pourtant difficile d’imaginer une étude avec davantage d’enfants. En avoir réuni 2.000 pour un essai clinique est déjà un exploit, atteste Mathieu Molimard : « C’est une population très difficile à rassembler : ce sont des enfants, il faut l’accord des parents et on est moins enclin à inclure des enfants dans des essais. » Dès lors que faire pour mesurer cette fameuse balance bénéfique/risque ?

Pour Mathieu Molimard, il faudrait « se presser lentement », en commençant par les enfants particulièrement à risque (avant une greffe d’organe cardiaque, obésité morbide, immunodéprimés...), qui ont une balance bénéfice/risque bien plus avantageuse. « Grâce à ces études en réel, on pourrait vite avoir 300.000 voire un million d’enfants vaccinés dans le monde », ce qui permettra de mieux calculer les incidences des effets indésirables. Israël a déjà autorisé la vaccination pour les enfants souffrant de comorbidités, et d’autres pays devraient logiquement suivre. La France a d’ailleurs déjà vacciné 19.000 enfants entre 0 et 11 ans. Les cas devraient donc rapidement s’accumuler et permettre de voir si la vaccination pour les enfants est une bonne ou une mauvaise chose.