Vaccination : Le vaccin Janssen devra-t-il être complété avec une seconde injection ?

CORONAVIRUS Une alerte a été lancée par l’Agence nationale de sécurité du médicament ce lundi à la suite de nombreuses hospitalisations chez les vaccinés en unidose Janssen

Jean-Loup Delmas
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Le vaccin Janssen pose de plus en plus de doute sur son efficacité
Le vaccin Janssen pose de plus en plus de doute sur son efficacité — Jerome BROUILLET / AFP
  • Janssen tient-il sa promesse d’être efficace avec une seule dose ? La question se pose de plus en plus après de nombreux cas d’hospitalisations chez les personnes ayant reçu ce sérum.
  • L’Agence nationale de sécurité du médicament a lancé l’alerte ce lundi, mais cela fait des semaines que l’efficacité de l’unidose est remise en question.
  • « 20 Minutes » fait le point sur la situation.

Seul vaccin contre le coronavirus​ à ne nécessiter qu’une seule dose, Janssen offre-t-il une réponse immunitaire suffisante ? La question se pose après l’hospitalisation pour Covid-19 de nombreux patients pourtant vaccinés avec Janssen. Un taux anormalement élevé pour des personnes censé être massivement protégées contre les hospitalisations et les formes graves.

Des études avaient déjà montré qu’une seconde dose de Janssen améliorait la réponse immunitaire de manière significative. Une seule dose suffit-elle vraiment ? 20 Minutes fait le point.

Quelle proportion représente le vaccin Janssen dans la vaccination en France ?

Le vaccin Janssen est basé sur la technique de l’adénovirus, comme AstraZeneca, et ne fonctionne pas avec la technique de l’ARN messager contrairement aux deux autres vaccins contre le coronavirus autorisés en France, à savoir Pfizer/BioNtech et Moderna. Il est administré en France depuis le 24 avril 2021 et a très vite été réservé aux personnes de plus de 55 ans, suivant la balance bénéfice/risque d’AstraZeneca.

Ce vaccin n’a été administré qu’à un million de personnes dans le pays, ce qui en fait de loin le vaccin des quatre le moins utilisé. En comparaison, 7,8 millions de doses AstraZeneca ont été administrées, 9,7 millions de Moderna et 72,6 millions de doses de Pfizer/BioNtech ! Certes, ces autres vaccins nécessitent deux doses (sauf en cas d’infection au coronavirus, ce qui représente tout de même un nombre non négligeable), mais même en divisant grossièrement par deux, le nombre de Français vaccinés par les autres vaccins est bien plus important. 78 % des Français vaccinés l’ont été avec le seul Pfizer-BioNtech.

Pourquoi l’efficacité du vaccin Janssen est-elle critiquée ?

Dans un rapport publié ce lundi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’inquiète du nombre anormalement élevé de cas graves et de décès recensés par les hôpitaux autour des vaccinés unidose de Janssen. Une « surreprésentation des patients vaccinés par Janssen » a été rapportée dans deux CHU, ceux de Marseille et de Tours. Or, le vaccin est justement censé protéger massivement contre les formes graves et les décès. Ainsi, 32 cas d’infection au Covid-19 ont été signalés chez des personnes ayant reçu Janssen. Plus problématique, 29 de ces cas ont nécessité des soins critiques, et 4 morts sont à déplorer.

Ces chiffres sont extrêmement élevés pour des personnes censées être complètement vaccinées. Ainsi, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), pour un million de personnes totalement vaccinées (soit le nombre de personnes ayant reçu une injetion de Janssen), qu’importe le vaccin, le taux de soins critiques était, lors de la semaine du 9 au 15 août, de 3,7 personnes en soins critiques et de 2,5 décès. Bien loin des chiffres du seul Janssen donc.

En réalité, Janssen interroge depuis de nombreux mois. Le docteur Franck Clarot le rappelle : « Assez rapidement, des études s’étaient penchées sur les limites d’un tel système unidose. Beaucoup de chercheurs se sont demandé s’il ne s’agissait pas d’un argument marketing au détriment de l’efficacité, surtout quand on a vu les effets en situation réelle de l’importance du boost de la seconde dose. »

Ainsi, dès le 23 août, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande qu’une dose de rappel par un vaccin ARNm soit proposée aux vaccinés Janssen à partir de 4 semaines après la première injection, au nom de « la protection insuffisante conférée par une seule dose de vaccin contre les formes symptomatiques liées au variant Delta, et du manque de donnée disponibles permettant de confirmer l’efficacité à long terme du schéma de vaccination à une dose du vaccin Covid-19 Janssen contre le variant Delta. »

Plusieurs biais peuvent être toutefois à l’œuvre, prévient Franck Clarot. Le vaccin n’étant réservé qu’aux personnes âgées, il est normal que les formes graves et les décès soient plus importants chez cette population que chez l’ensemble des vaccinés, même si de tels écarts sont anormaux. Ensuite, « la population vaccinée avec Janssen est majoritairement sceptique sur les vaccins et le coronavirus, raison pour laquelle elle a privilégié cette unidose, il peut y avoir plus de comportements à risque, mais également des fausses vaccinations, vu qu’un pass sanitaire à une dose est plus facile à falsifier qu’un pass avec deux doses. »

Une seconde dose sera-t-elle incontournable ?

Des « investigations supplémentaires » vont être menées pour vérifier si les échecs sont plus importants avec Janssen, ou s’il s’agit uniquement de biais. Comme déjà dit, la HAS recommande déjà une deuxième injection de vaccin à ARN messager.

« On pense que le mélange de vaccin peut augmenter l’efficacité de ceux-ci, mais si on veut vraiment donner une seconde dose systématique après Janssen, cela va demander des études et des choix. Il est encore trop tôt pour savoir », note Franck Clarot.

A noter que le vaccin Janssen n’est quasiment plus administré en première dose en France, tout comme AstraZeneca. L’écrasante majorité des primo-injections se font avec les vaccins à ARN, Moderna et Pfizer-BioNtech, qui représentent plus de 95 % des premières doses administrées lors de la semaine écoulée.