Vaccination : Des résultats prometteurs pour un vaccin nasal français contre le Covid-19

CORONAVIRUS Des chercheurs ont présenté ce jeudi les résultats encourageants d’un an de recherches sur des animaux pour développer un vaccin par le nez

Oihana Gabriel
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Illustration d'une laboratoire de recherche.
Illustration d'une laboratoire de recherche. — Pixabay
  • L’Inrae et l’université de Tours ont présenté ce jeudi les résultats prometteurs d'une étude sur des animaux suggérant qu’un vaccin nasal serait efficace pour protéger des formes graves, mais également des infections.
  • Des conclusions qui laissent espérer, si les études sur l’homme sont positives, que ce vaccin, simple d’utilisation, pourrait être une arme de poids dans la lutte contre le Covid-19.
  • Ce vaccin nasal n’arriverait toutefois sur le marché qu’en 2023.

Une innovation de plus ? Ou un tournant dans la lutte contre le coronavirus ? Difficile, en la matière, de faire la part entre ce qui comptera à l’avenir et ce qui relève de l’hypothétique. L'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) et l’université de Tours ont dévoilé ce jeudi un projet qui pourrait s’avérer intéressant à l’avenir : un vaccin nasal qui pourrait protéger contre l’infection du Sars-COV-2.

Un vaccin dans le nez

Précisons d’abord que les études présentées ce midi ont été menées uniquement sur des animaux – des souris puis des hamsters – et qu’elles ne font pas encore l’objet d’une publication. Reste que « les résultats précliniques sur modèles animaux sont très encourageants », introduit Philippe Mauguin, PDG de l’Inrae. Ca ne veut pas dire que c’est gagné ! On ne mésestime pas toutes les étapes qui restent à franchir. Mais si on y arrivait, on aurait, dans les deux prochaines années, un vaccin français qui présenterait des originalités en termes d’efficacité et d’administration. »

En effet, il s’agit d’un vaccin administrable dans le nez, avec deux instillations à trois semaines d’écart. « J’entends souvent le terme de "spray nasal", mais ce n’est pas ça, explique Isabelle Dimier-Poisson, professeure des universités, responsable de l’équipe de recherche BioMAP Inrae- Université de Tours, chargée du projet de développement du vaccin. Le système d’instillation reposera sur une seringue, mais au lieu d’ajouter une aiguille, on installe un embout avec la quantité souhaitée de produit. » Un plus pour les personnes qui craignent les piqûres. Par ailleurs, le sérum n’utilise aucun adjuvant, argument supplémentaire pour convaincre certaines personnes récalcitrantes. A une utilisation très simple s’ajoute une conservation pratique : « Il peut se conserver plusieurs années à 4°C et plusieurs mois à 20°C », reprend la chercheuse.

Il protégerait de l’infection

Deuxième avantage : ce candidat vaccin permettrait, si les études cliniques sur l’homme sont aussi concluantes, de protéger contre les formes graves du coronavirus, même avec le variant Delta. Mais surtout d’éviter toute infection, donc la contagiosité. Ce qui changerait la donne.

Au cours de l'étude, les souris qui n’étaient pas vaccinées sont mortes à 100 %, celles vaccinées ont eu 100 % de survie, associée à une absence totale de signes cliniques. Plus intéressant : « On a infecté des hamsters après ce vaccin, puis recherché le virus dans leurs poumons et leurs fosses nasales, reprend la chercheuse. Pour le lot vacciné, deux jours après la vaccination, il n’y a aucune détection de la charge virale. Ce qui confirme que ce vaccin serait capable de protéger vis-à-vis des formes sévères, mais également d’arrêter la transmission. »

« La totalité des vaccins commercialisés aujourd’hui sont à injection intramusculaire, rappelle Isabelle Dimier-Poisson. Ils induisent une réponse immunitaire systémique. » Avec un vaccin dans le nez, ce sont les muqueuses qui produisent des anticorps et informent les autres muqueuses de se protéger contre le virus. L’intérêt n’a pas échappé à de multiples équipes de chercheurs : actuellement, sept vaccins nasaux sont en cours de développement à travers le monde.

Une commercialisation espérée en 2023

La spécificité de celui-ci, c’est que ce serait un vaccin 100 % français. Développé depuis un an grâce à un partenariat entre l’Inrae et l’université de Tours, qui s’est déjà positionnée pour piloter les essais cliniques, l’équipe a déjà identifié une quantité de partenaires, tous hexagonaux, pour aller jusqu’à la commercialisation. Le brevet vient d’être déposé, une start-up est en train d’être montée.

Reste une ombre au tableau : le timing. Car, on s’en doute, avec un candidat vaccin qui n’a encore jamais été testé sur l’homme, il reste beaucoup d’étapes à franchir avant qu’il n’arrive dans nos nez. L’équipe de recherche imagine, à l’automne 2021, une phase de développement et de production des lots de vaccin, une phase clinique au deuxième semestre 2022 et espère une commercialisation pour 2023. « Il y aura peut-être la possibilité que ce vaccin voit le jour plus tôt, suggère Philippe Mauguin, PDG de l’Inrae. On est dans une urgence. »

Mais quel intérêt d’obtenir un vaccin nasal en 2023… alors que 73 % de la population française est totalement vaccinée aujourd’hui ? « Notre vaccin pourrait participer aux campagnes de rappels, qui vont être élargies, assure Isabelle Dumier-Poisson. Ou peut-être pour des populations qui n’ont pas accès au vaccin aujourd’hui, les moins de 12 ans. Comme pour la population un peu hésitante face à la piqûre. Enfin, beaucoup de pays n’ont pas ou très peu accès au vaccin. »