Contraception: La gratuité pour les moins de 25 ans « ne masque pas les manquements en matière d’éducation sexuelle »

DROITS DES FEMMES Satisfaites de l’annonce d’Olivier Véran, les spécialistes interrogées par « 20 Minutes » insistent néanmoins pour le pas réduire la contraception à une question financière

Rachel Garrat-Valcarcel
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Des plaques de pilule contraceptive. (illustration)
Des plaques de pilule contraceptive. (illustration) — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • La contraception sera bientôt gratuite pour les femmes de moins de 25 ans, a annoncé ce jeudi le ministre de la Santé Olivier Véran.
  • Une mesure similaire, chez les moins de 18 ans, a déjà permis de réduire nettement le recours à l’IVG, souvent causé par un défaut de contraception dont la première cause est financière.
  • Mais les associations féministes demandent à ne pas réduire la contraception à une simple – bien qu’importante – question d’argent.

Il faut prendre les bonnes nouvelles pour ce qu’elles sont : des bonnes nouvelles. En l’occurrence, l’annonce ce jeudi matin par Olivier Véran, le ministre de la Santé, du remboursement de la contraception pour toutes les femmes de moins de 25 ans (jusqu’ici ce n’était que jusqu’à 18 ans) est une bonne nouvelle pour la santé des femmes (au moins les femmes hétérosexuelles et cisgenres) et le contrôle de leur propre corps. « Cela montre qu’il y a une prise de conscience de la part du gouvernement que le droit à la contraception ne va pas de soi », note Violaine Lucas, la présidente de Choisir la cause des femmes, auprès de 20 Minutes.

Le ministre de la Santé justifie la mesure, qui doit coûter 21 millions d’euros par an, par « un recul de la contraception chez un certain nombre de jeunes femmes, et le premier motif c’est un renoncement pour raisons financières ». Violaine Lucas abonde, décrivant, toujours en 2021, un parcours des combattantes pour les femmes qui veulent par exemple prendre la pilule : « On ne peut pas se satisfaire d’une situation où beaucoup de jeunes femmes ne peuvent pas avoir accès à la contraception faute de moyens et doivent aller vers l’IVG. »

Des effets sur les jeunes femmes de moins de 18 ans

La mesure précédente, la gratuité de la contraception pour toutes femmes de moins de 18 ans (depuis 2020) et avant cela pour celles entre 15 et 18 ans (à partir de 2013) ont d’ailleurs montré leur efficacité. Le recours à l’IVG est tombé de 9,5 à 6 pour 1.000 dans cette classe d’âge. « Mais alors pourquoi s’arrêter à 25 ans ? ! », demande Diane Saint-Réquier, éducatrice et formatrice en santé sexuelle, fondatrice de SexySoucis. « A 25 ans il reste encore 20 voire 25 années à payer sa contraception ! » Olivier Véran juge qu’à 25 ans on est plus autonome financièrement : c’est évidemment très relatif.

Les associations féministes ne veulent néanmoins pas que l’on réduise la question de la contraception à la seule question financière, si importante soit-elle. « Il en faudra plus si on veut réellement poser la question de la sexualité dans notre société et cette mesure ne masque pas les manquements de l’Etat en matière d’éducation sexuelle », lance Violaine Lucas. Théoriquement, depuis une loi de 2001, il devrait y avoir trois séances d’éducation sexuelle par an dans chaque classe à l’école, au collège et au lycée. Dans les faits…

Impliquer les hommes

« Aucun décret d’application n’a été publié, on n’a même pas réfléchi au financement de la mesure », rappelle, un brin dépitée, Diane Saint-Réquier. Résultat, seuls 25 % des établissements appliquent la loi, d’après un rapport de 2016 du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Or, pour la présidente de Choisir la cause des femmes, on ne peut pas faire l’impasse sur une approche globale de la question. « On ne peut pas juste se demander comment les femmes vont se débrouiller pour accéder à la contraception. Prendre la pilule n’est pas neutre, voir des filles de 12 ans avoir des relations sexuelles interroge la société. Il faudrait pouvoir parler de ce que c’est d’avoir une relation, de ce que c’est le consentement. »

Si c’est « très bien » de rembourser la contraception, « c’est aussi bien de parler de la charge contraceptive qui est exclusivement portée par les femmes », croit Diane Saint-Réquier. Les cours d’éducation à la vie sexuelle et affective pourraient mieux impliquer les jeunes hommes dans les couples hétéros : « Il faut aussi poser la question aux hommes de ce qu’implique une relation sexuelle », pense Violaine Lucas. Et de ce point de vue là, l’annonce du gouvernement est clairement un rendez-vous manqué puisqu’elle ne semble même pas concerner la contraception masculine.