Vaccination : Pourquoi les cas de personnes vaccinées et positives au coronavirus ne sont pas si surprenants

EPIDEMIE De plus en plus de personnes vaccinées attrapent le coronavirus

Jean-Loup Delmas
Un panneau pour la vaccination contre le Covid
Un panneau pour la vaccination contre le Covid — STRF/STAR MAX/IPx/AP/SIPA
  • En France, de nombreux témoignages affluent de personnes vaccinées et positives au coronavirus.
  • Faut-il s’en inquiéter ou est-ce normal ?
  • 20 Minutes fait le point sur les bonnes et mauvaises nouvelles de ces cas.

Cocorico, la France est dans les pays les plus vaccinés au monde (en termes de pourcentage), a dépassé les anciens champions Israël et le Royaume-Uni, et présente des chiffres qui semblaient inatteignables il y a encore quelques mois : 77.8 % de la population éligible au vaccin, soit les Français âgés de 12 ans et plus, est complètement vaccinée contre le coronavirus, un taux qui avoisine les 85 % chez les plus de 60 ans, soit la population la plus à risque.

Mais le triomphalisme n’a pas le temps de s’installer. Selon les modélisations de l’Institut Pasteur mises en ligne ce lundi, même avec des niveaux de vaccination encore plus élevée (70 % des 12-17 ans, 80 % des 18-59 ans et 90 % des 60 ans et plus), l’épidémie pourrait repartir. En cas de levée de toutes les mesures barrières, la France pourrait connaître un pic de 5.200 hospitalisations quotidiennes, soit largement au dessus de la première ou de la seconde vague.

Vaccinés et contaminés, et alors ?

Ce scénario catastrophe est principalement porté par les non-vaccinés, les + de 60 ans non vaccinés (10 % à peine dans l’hypothèse) représentent ainsi 3 % de la population pour 43 % des hospitalisations. Mais ce pic doit également beaucoup au variant Delta. Selon certaines études, ce variant serait 60 % plus transmissible que le variant Alpha, lui-même 50 à 74 % plus transmissible que la souche originelle de Covid-19. En conséquence, il contamine plus, également chez les vaccinés.

Depuis de nombreuses semaines, des cas de vaccinés positifs au coronavirus remontent. Des cas qui n’ont en réalité rien de surprenant ou d’inattendu, pour plusieurs raisons. Premièrement, le but initial du vaccin n’a jamais été de lutter contre la contamination au coronavirus, mais contre les risques d’hospitalisations et de formes graves, rappelle le docteur en Santé Publique Mickaël Ehrminger. Ensuite, parce que plus la population se vaccine massivement, plus le nombre de vaccinés contaminés augmente, de façon logique. Simple logique expliqué par un raisonnement par l’absurde du docteur : « Si 100 % de la population est vaccinée, 100 % des contaminés seront des vaccinés. ».

Néanmoins, le variant Delta diminue effectivement la protection du vaccin contre la contamination. Le pourcentage est extrêmement difficile à calculer, si bien que des chiffres différents sortent à peu près à chaque étude. Selon une étude en situation réelle en Israël, le vaccin ne protège plus « que » de 64 % face à la contamination au Delta. Selon le directeur général de la Santé en France Jérôme Salomon, les personnes vaccinées ont huit fois moins de chances d’être contaminées que les non-vaccinées. Mais cette conclusion avait été établie selon les chiffres des tests positifs, or les personnes vaccinées se font moins tester, a fortiori en France (où un test est nécessaire pour les non-vaccinés pour de nombreuses activités du quotidien). Cette interprétation souffre donc de nombreux biais, preuve de la complexité d’établir ces chiffres.

Efficacité confirmée sur les formes graves

Une chose est sûre, le variant Delta a augmenté la contamination et la transmission, notamment chez les vaccinés. Le chercheur en immuno-oncologie Eric Billy rappelle néanmoins : « Même face à ce variant, le vaccin a un impact notable sur la contamination et la transmission. Il ne faut pas oublier que même si le vaccin diminue par exemple seulement le risque d’être contaminé par deux, on diminue de facto dans une population vaccinée le taux de reproduction du virus par deux, c’est énorme. »

Surtout, et c’est le plus important, le vaccin garde quasiment toute son efficacité contre les formes graves, Delta ou pas, c’est-à-dire à plus de 90 %, rappelle le docteur Mickaël Ehrminger. Et ce, même si vous êtes contaminés par le coronavirus. Il faut donc bien lire les études sur l’efficacité des vaccins pour voir de quoi elles parlent : efficacité contre la contamination, contre la transmission, ou contre les formes graves et les décès. On le redit donc une deuxième fois, ça ne fait pas de mal : l’efficacité des vaccins contre les formes graves et les décès reste à des niveaux supérieurs à 90 %, quel que soit le variant du virus.

La fin du rêve de l’immunité collective

Tout va bien alors, cette hausse des contaminations et de la transmission avec Delta même chez les vaccinés n’a donc aucune importance ? Et bien pas du tout. Avec une population vaccinée plus contaminée et plus transmetteuse à cause de Delta – même si là aussi, il faut noter que le vaccin diminue également la transmission du virus à d’autres personnes, même avec Delta –, c’est le rêve de l’immunité collective qui part en fumée. Rappel avec Eric Billy : « L’immunité collective, c’est la proportion nécessaire de personnes vaccinées ou immunisées dans une population pour que le virus ne circule plus et donc ne contamine pas les non-vaccinés ». Or, le chercheur poursuit, « le Delta modifie la situation, il faudra beaucoup plus de personnes vaccinées que prévu pour que les non-vaccinés ne soient pas atteints. »

C’est cela qui explique le scénario catastrophe de l’Institut Pasteur : le virus va circuler et finir par atteindre les non-vaccinés. Comme le montre l’étude, il suffit de très peu de non-vaccinés contaminés pour donner des chiffres astronomiques d’hospitalisations et de décès. Mais de fait, si l’immunité collective est quasi inatteignable, y a-t-il tout de même un intérêt à vacciner les populations non à risque, notamment les jeunes ? Oui, au-delà même du fait que le risque zéro d’attraper une forme grave du virus n’existe pas. « La vaccination garde son intérêt pour les groupes non fragiles car elle contribue tout de même à diminuer la transmission, même si elle ne la réduit pas à zéro », explique Mickaël Ehrminger.

Concrètement, « même si on ne peut atteindre l’immunité collective avec la vaccination, se vacciner va forcément casser des chaînes de transmission du virus et diminuer, à défaut d’empêcher, la circulation du virus et va permettre à certains non-vaccinés de ne pas attraper le virus, donc diminuer la pression sur les hôpitaux », appuie Eric Billy. A cela s’ajoute le fait que moins un virus circule, moins il a de chance de muter et de créer un variant plus dangereux encore. De quoi se convaincre de se vacciner, tout en maintenant certaines autres mesures de protection : aération, distanciation, etc. afin que les modélisations de l’Institut Pasteur restent de la théorie.