Rentrée scolaire 2021 : Y aura-t-il assez de capteurs de CO2 dans les écoles (et qui va les payer) ?

CORONAVIRUS Le ministre de l’Education nationale souhaite la généralisation des capteurs de CO2 dans les écoles, mais l’Etat ne prévoit pas le financement de cette mesure

Anissa Boumediene
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Le financement de capteurs de CO2 dans les écoles revient aux collectivités territoriales, mais cette mesure représente un coût que toutes ne peuvent assurer.
Le financement de capteurs de CO2 dans les écoles revient aux collectivités territoriales, mais cette mesure représente un coût que toutes ne peuvent assurer. — SYSPEO/SIPA
  • A quelques jours de la rentrée scolaire émerge la nécessité d’équiper les écoles en capteurs de CO2 pour contrôler la qualité de l’air intérieur et limiter la propagation du Covid-19.
  • Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est dit favorable à leur déploiement.
  • Mais le financement de cette mesure revient aux collectivités locales, qui n’ont pas toutes les moyens d’équiper leurs établissements scolaires.

Plus que trois dodos avant que les enfants ne reprennent leur cartable et le chemin de l’école ! Une rentrée scolaire sous haute surveillance, sur fond de variant Delta et alors que les moins de 12 ans ne sont toujours pas éligibles à la vaccination anti-Covid. L’enjeu, pour les écoles : éviter les clusters et les fermetures de classe. Pour s’en prémunir, le contrôle de la qualité de l’air intérieur au sein des établissements scolaires est déterminant.

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a ainsi rappelé jeudi lors de sa présentation de la rentrée scolaire 2021-2022 son souhait de « généraliser les capteurs de CO2 » au sein des écoles. Un souhait laissé financièrement à la charge des collectivités territoriales, pas forcément prêtes à financer l’équipement de la totalité des écoles qui en feraient la demande.

Contrôler la qualité de l’air intérieur dans les écoles

« Les enfants [de moins de 12 ans] n’étant pas vaccinés dans les classes, il faut qu’on trouve des systèmes pour éviter la contamination et la circulation du virus entre enfants », a insisté mardi Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. Or, « on sait que le Covid-19 se transmet principalement par aérosol dans les lieux clos, donc mesurer la concentration de CO2 [dioxyde de carbone que l’on expire] est un moyen efficace de voir quand l’air doit être renouvelé pour réduire le nuage viral, explique à 20 Minutes le Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l'Union française pour une médecine libre (UFML), qui alerte depuis plus d’un an sur la nécessité de mieux contrôler la qualité de l’air intérieur dans les lieux clos. »

« Le détecteur de CO2 indique le moment où il devient nécessaire d’aérer : au-delà de 1.000 ppm [partie par million], voire au-delà de 500 ppm si on veut recréer les conditions de l’extérieur, et permettre ainsi la chute des contaminations en lieux clos. » Le Haut conseil de la santé publique recommande de ne pas dépasser le seuil de 800 ppm dans un lieu clos où le port du masque est requis.

Face à un variant Delta qui affecte davantage les jeunes enfants que les souches précédentes, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a lui aussi recommandé une meilleure « aération des écoles » et « l’installation de capteurs de CO2 ». « Il y a un consensus scientifique pour en équiper les classes », a reconnu Jean-Michel Blanquer dans un entretien accordé au JDD.

Des capteurs qui pourraient être associés à des purificateurs d’air. « On pourrait imaginer un détecteur de CO2 relié à un écran qui affiche en temps réel et à la vue de tous la qualité de l’air, préconise Jérôme Marty. Cela permettrait d’être plus réactif pour assurer la bonne aération des espaces clos, surtout dans les cantines, où les enfants retirent le masque, mangent et parlent fort, ce qui multiplie les risques de projections d’aérosols. En outre, aérer est primordial, mais en hiver, on ne peut pas ouvrir sans cesse les fenêtres des classes. La deuxième étape serait donc d’asservir les détecteurs de CO2 à des purificateurs d’air ».

Un coût à la charge des collectivités

Mais avec des capteurs de CO2 au prix unitaire oscillant entre 100 et 600 euros, qui va payer la facture ? Pas le gouvernement : Jean-Michel Blanquer a rappelé que ce type de dépenses étaient à la charge des collectivités territoriales, qui gèrent les équipements des établissements scolaires. Régions, départements et communes vont donc respectivement piloter le déploiement progressif de capteurs de CO2  dans les lycées, collèges et écoles maternelles et élémentaires, et ce dans les classes comme dans les cantines.

Et certaines collectivités ont déjà sorti le porte-monnaie. « Le département mettra des capteurs de CO2 à disposition des établissements qui en feront la demande. Dès la rentrée, une vingtaine de collèges volontaires recevront ainsi un ou plusieurs capteurs, avant que le dispositif ne puisse s’étendre », informe le département de la Seine-Saint-Denis. Dans les Hauts-de-France, la région va doter « chaque lycée d’un capteur portatif à la rentrée » à transporter de salle en salle, a expliqué au Courrier picard Manoelle Martin, vice-présidente en charge des lycées. Coût de la mesure : environ 120.000 euros pour 300 capteurs. Une opération coûteuse, qui n’inclut pas l’achat de purificateurs d’air, au coût beaucoup plus élevé.

Carole Delga, présidente de la région Occitanie et de Régions de France, a confirmé la mise en place de « capteurs de CO2 mobiles » dans les lycées, « tout particulièrement dans les lieux de restauration scolaire ». Mais pour les collectivités, les capteurs de CO2 représentent un achat difficile à financer. Pour les écoles, ils « sont à la charge des mairies », a rappelé le secrétaire national d’Europe écologie-Les Verts Julien Bayou. « Ce qui signifie que selon que les mairies sont plus ou moins dotées, il y a une inégalité vis-à-vis de la santé ».

« La fourniture de ces équipements n’a pas été anticipée »

Même constat pour Guislaine David, qui regrette que « Jean-Michel Blanquer ne développe pas de financement pour l’achat de capteurs de CO2 ». Alors, face au coût que représentent ces opérations, les présidents de région souhaitent solliciter l’Etat. Carole Delga a ainsi indiqué que des demandes de soutien financier seront déposées auprès de Matignon le 13 septembre. « On met en œuvre les dispositifs sans avoir les réponses budgétaires, parce qu’il en va de la sécurité sanitaire de nos enfants, de notre jeunesse. Mais là aussi, nous sommes en attente de réponses sonnantes et trébuchantes », a-t-elle déclaré.

« A quelques jours de la rentrée, Jean-Michel Blanquer dit qu’il va aider les collectivités locales à se fournir en détecteurs de CO2, mais c’est déjà trop tard ! La fourniture de ces équipements n’a pas été anticipée, fustige Jérôme Marty. La problématique de l’assainissement de l’air, on en a saisi le gouvernement en juillet 2020. Pour être performant sur la prévention des contaminations dans les écoles, il aurait fallu commencer à se fournir en capteurs il y a plusieurs mois déjà. La France n’est pas le seul pays à vouloir équiper ses écoles, l’Allemagne s’en est déjà occupée, par exemple. Et là, le ministre pense que, par miracle, toutes les salles de classe et les cantines de France vont être équipées en moins d’une semaine ? C’est une aberration ! »

Et le médecin de poursuivre : « Ce virus ne va pas nous quitter, il va y avoir d’autres variants et si on veut que les enfants aillent à l’école en toute sécurité sanitaire, il faut se bouger, s’adapter. » En attendant, les tests de dépistage du Covid-19 dans les écoles primaires devraient être plus généralisés et plus réguliers que ce qui est prévu par l’Education nationale, faute de quoi la rentrée pourrait être « très complexe », avec des fermetures de classes à répétition, estime le Conseil scientifique. Jean-Michel Blanquer a annoncé « un objectif de 600.000 tests salivaires hebdomadaires » dans les écoles primaires, qui accueillent environ 4 millions d’élèves.