Vaccination : Comment la France a-t-elle rattrapé son retard et même dépassé le Royaume-Uni et Israël ?

CORONAVIRUS Impensable il y a encore quelques mois, la France a désormais une meilleure couverture vaccinale que le Royaume-Uni, Israël ou les Etats-Unis

Jean-Loup Delmas
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La France compte désormais une meilleure couverture vaccinale que le Royaume-Uni, Israël et les Etats-Unis
La France compte désormais une meilleure couverture vaccinale que le Royaume-Uni, Israël et les Etats-Unis — RAYMOND ROIG / AFP
  • Il y a encore quelques semaines, la France était loin derrière le Royaume-Uni ou Israël niveau vaccination.
  • Ce mercredi, le pays a symboliquement dépassé les Britanniques en termes de couverture vaccinale de la population.
  • Comment une telle remontada a-t-elle pu être réalisée ?

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Le célèbre adage s’applique bien à la vaccination en France : le pays compte, depuis ce mercredi, un pourcentage de couverture vaccinale supérieure à celui  du Royaume-Uni, mais également d'Israël et des Etats-Unis, trois pays longtemps vus comme leaders et précurseurs en termes de rythme vaccinal. La France recense désormais 71,3 % de la population totale ayant reçu au moins une dose de vaccin, et 63,3 % de vaccination complète (contre 63 % au Royaume-Uni, 60,4 % en Israël et 52,5 % aux Etats-Unis).

Pendant des mois, ces trois pays, avaient une avance telle sur la France que cette dernière semblait incapable de rattraper l'écart. Selon les données de Our World in Data, au 1er avril par exemple, Israël comptait 58,1 % de sa population primo-vaccinée, le Royaume-Uni 47 %, les Etats-Unis 30,3 % et la France seulement 13,6 %. Même au 1er juin, la France comptait moins de 40 % de primo-vaccinés contre plus de 60 % en Israël et au Royaume-Uni, et plus de 50 % aux Etats-Unis.

Le pass sanitaire, l’anti-plafond de verre

Evidemment, le pass sanitaire a joué un rôle important dans cette remontada. En rendant la vaccination ou les tests négatifs obligatoires pour se rendre dans des lieux quotidiens comme les trains, les bars, les salles de sport et les restaurants dans son allocution du 12 juillet, Emmanuel Macron a totalement boosté la campagne de vaccination en France. Le Premier ministre Jean Castex évoquait ce jeudi le chiffre de 12 millions de vaccinés au seul cours de l’été 2021, soit 18 % de la population totale du pays. « Dès l’annonce de l’extension du pass sanitaire, il y a eu un afflux de gens dans les centres », témoigne le médecin et vaccinateur Christian Lehmann.

Un afflux qui a permis d’éviter un effet redouté dans toute campagne vaccinale, le plafond de verre. Une fois tous les gens très volontaires vaccinés, la vaccination ralentit fortement le temps de convaincre les sceptiques, les récalcitrants et les personnes difficiles d’accès. On voit dans les campagnes vaccinales de tous les pays que la courbe commence à faiblir entre 50 et 60 % de vaccination, et frôle le plat au fur et à mesure qu’on se rapproche des 70 %. Car malgré tous les mérites de la France pour maintenir une forte cadence, rattraper le Royaume-Uni ou Israël a surtout été possible parce que leurs propres vaccinations ont fortement ralenti. Ainsi, les deux derniers mois, les Britanniques n’ont primo-vacciné que 6 % de leur population, et Israël 2 %.

Recul des antivax et de l’immunité collective

Au-delà du pass sanitaire, d’autres explications peuvent être avancées. Déjà, le recul majeur des antivax, de plus en plus bruyants mais en réalité de plus en plus minoritaires. Le docteur Franck Clarot analyse : « On se plaint souvent de la politisation de la vaccination, mais les antivax sont aussi devenus très politisés. Lorsque les leaders d’un mouvement sont Philippot ou Dupont-Aignan, cela peut pousser les gens à remettre en question le mouvement. »

Le soignant note d’ailleurs une meilleure connaissance de la population sur le vaccin et donc moins de défiance envers celui-ci : « Les Français se sont renseignés ces derniers mois, les médias ont moins relayé de discours antivax et les soignants ont fait un gros travail de pédagogie. »

La France a peut-être également tiré bénéfice de sa lenteur. Pendant des mois, les vaccins n’étaient pas ouverts à une partie de la population, « ce qui a pu créer du manque et donc de l’envie », suggère Franck Clarot. Egalement, la fin du rêve de l’immunité collective, rendue quasiment caduque par le variant Delta, « pousse chacun à se protéger. Il n’y a plus cette idée qu’on va se servir de la vaccination des autres pour se prémunir », analyse le docteur.

Tensions perpétuelles

Le pays s’est aussi constamment trouvé dans l’urgence. La campagne vaccinale était encore en plein cours quand le variant Delta entraînait un rebond épidémique important en juillet. D’ailleurs, dès ce moment-là, et même avant l’extension du pass sanitaire, les primo-vaccinations réaugmentèrent en raison de la situation sanitaire.

« Contrairement aux Britanniques par exemple qui relâchent tout, le ministre de la Santé Olivier Véran garde un ton prudent en ce moment. Il ne dit pas que la partie est réglée ou que tout va bien, il évoque même un confinement si pas assez de vaccinations… », poursuit Franck Clarot. Cette mise sous tension est essentielle pour garder un bon rythme vaccinal. Christian Lehmann rappelle qu’au début de l’été, l’extension de la durée entre les deux doses allant jusqu’à neuf semaines ainsi que le déconfinement avaient été vus comme autant de signaux que la vaccination n’était plus urgente, et avaient entraîné un ralentissement important.

Il faut bien que jeunesse se vax

Quand on regarde par tranche d’âge, la France n’a pas un taux si élevé que ça de personnes âgées vaccinées par rapport aux autres nations. Plus de 10 % d’entre elles n’ont pas reçu la moindre dose, ce qui reste un chiffre relativement élevé.

Là où la France est l’une des leaders en termes de vaccination, c’est sa jeunesse. 82 % des 18-29 ans ont reçu au moins une dose, et déjà 60 % des 12-17 ans. Et non, tout n’est pas dû au pass sanitaire. 50 % des jeunes de plus de 18 ans étaient déjà primo-vaccinés au moment de son extension.

« La jeunesse est la population qui a vu sa vie sociale la plus impactée par le coronavirus. On sent qu’elle est prête à se mobiliser pour éviter de revivre les restrictions et veut être active dans la lutte contre l’épidémie. Elle est très responsabilisée dans la vaccination, que ce soit pour elle-même ou pour les autres », s’enthousiasme Franck Clarot.

Ce dépassement symbolique des pays anciennement leaders vaccinaux ne doit pas tout embellir. Christian Lehmann rappelle que la campagne vaccinale a souffert de nombreux couacs gouvernementaux et a été surtout porté à bout de bras par des soignants exténués : « Je me fiche un peu des comparaisons entre les pays et des cocoricos, je suis juste heureux que la France soit massivement vaccinée en me disant que cela a sauvé des dizaines de milliers de vies. Mais tout de même, il a fallu une énergie de dingue pour traîner la charrue que constituait la vaccination. » Charrue qui arrive petit à petit à bon port.