Hôpital : Les hôtels hospitaliers sont généralisés, à quoi et à qui vont-ils servir ?

INNOVATION Cette alternative à l’hospitalisation ne peut concerner que certains patients précis, mais pourra désormais être développée par tous les établissements de santé

Oihana Gabriel
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Une chambre de l'hôtel hospitalier de centre de lutte contre le cancer (CLCC) Léon-Bérard, à Lyon.
Une chambre de l'hôtel hospitalier de centre de lutte contre le cancer (CLCC) Léon-Bérard, à Lyon. — centre de lutte contre le cancer (CLCC) Léon-Bérard
  • Tous les établissements de santé peuvent désormais créer des hôtels hospitaliers, soit dans l’enceinte de l’établissement, soit à l’extérieur.
  • Ces lieux, non médicalisés, permettent à des patients qui n’ont pas besoin de soins continus de dormir, la veille ou le lendemain d’une opération ou d’un séjour hospitalier dans une chambre confortable à quelques mètres de l’hôpital. Sans frais.
  • A qui pourra être proposé cette alternative à l’hospitalisation ? 20 Minutes fait le point sur cette innovation comprise dans le Ségur de la Santé.

C’était une des mesures (peu connues) du Ségur de la Santé. La volonté de généraliser les hôtels hospitaliers, également appelés hôtels patients. Après trois ans d’expérimentation, le décret paru ce jeudi matin au Journal Officiel prévoit que tous les établissements de santé, publics comme privés, pourront se lancer dans l’aventure. Mais qu’est-ce qu’un hôtel hospitalier et à qui est-il destiné ?

Une alternative à l’hôpital

L’ambition était de proposer une alternative aux patients qui n’ont pas besoin de soins continus, mais de rester proches de l’hôpital pour une nuit ou plus. Sans qu’ils aient à débourser une fortune pour une chambre d’hôtel… Avec le virage de l’ambulatoire et la pénurie de lits à l’hôpital, cette option peut sembler intéressante. A condition qu’elle concerne uniquement des patients autonomes…

En 2017, 41 établissements s’étaient lancés dans l’expérimentation. « L’objectif était d’améliorer l’accès aux soins, de fluidifier les prises en charge en amont et en aval des séjours hospitaliers, précise la Direction générale de l’Offre de soins (DGOS), en charge du dossier. Et recentrer l’hôpital sur sa fonction de soin. »

Un rapport, positif sur cette expérience, a été rendu en juin 2020 au Parlement. Autre avantage : un très bon retour des patients. En effet, 95 % se montraient satisfaits. Voilà pourquoi la Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 prévoit la généralisation de ce dispositif. Le décret et un arrêté, publiés ce jeudi, prévoient surtout son financement : si jusqu’à maintenant, c’était à l’hôpital ou la clinique de payer les frais, ils seront désormais pris en charge à hauteur de 80 euros par nuitée. « On est sur une politique incitative : le coût moyen est en général inférieur à ces 80 euros, insiste la DGOS. S’il y a un reste à charge pour le patient, il pourra être remboursé par les mutuelles. »

Ce financement reste néanmoins temporaire, pour trois ans, puisqu’une évaluation dira fin 2022 si cette solution est optimale et durable. Précision importante : si ce décret, longtemps attendu, n’est paru qu’en août, il a un aspect rétroactif (dès le 1er janvier) pour éviter qu’un projet lancé lors de l’expérimentation soit interrompu.

L'hôpital Foch à Suresnes a fait partie de l'expérimentation sur les hôtels hospitaliers.
L'hôpital Foch à Suresnes a fait partie de l'expérimentation sur les hôtels hospitaliers. - Clément Follain / 20 Minutes

A qui s’adressent ces hôtels hospitaliers ?

Ces lieux, non médicalisés, s’adressent uniquement aux patients et non aux accompagnants. On ne parle donc pas ici d’une maison de parents par exemple. D’ailleurs, cet hébergement innovant est prescrit par un praticien de santé, avant ou après une intervention chirurgicale ou un séjour hospitalier. En revanche, le bénéficiaire pourra avoir un accompagnant quand il est majeur, deux s’il est mineur.

« L’objectif, c’est de maintenir le patient à proximité de l’établissement de santé, soit pour intervenir à nouveau, soit pour procéder à une surveillance discontinue », reprend la DGOS. Typiquement, ces chambres peuvent être pratiques pour des patients qui doivent se faire opérer à 7h du matin. Quand ils habitent loin de l’établissement, ils peuvent ainsi dormir la veille à quelques mètres et éviter de se lever à 5h du matin… ou arriver en retard. Au-delà du confort évident, les patients peuvent être rassurés mais aussi soulagés de se réveiller dans un univers plus coloré et moins anxiogène que les couloirs d’un hôpital rempli de blouses blanches.

Quelles sont les conditions pour proposer cette alternative ? « Ces hôtels hospitaliers peuvent être déployés en interne ou en externe, avec un autre établissement de santé, une structure associative, un partenaire hôtelier… », reprend la DGOS.

Puisqu’il s’agit d’un hébergement temporaire, la loi prévoit une limite de durée. Avec deux critères : un seuil de trois nuitées consécutives sans intervention médicale. Mais également un total de 21 nuits pour un même patient. Avec deux exceptions importantes : cette règle ne s’applique ni aux patients cancéreux suivant une radiothérapie ou une chimiothérapie, ni aux cas de transferts en provenance ou à destination de l’Outre-Mer.

Les retours positifs des patients et soignants

Une dérogation qui a rassuré les soignants du centre de lutte contre le cancer (CLCC) Léon-Bérard, un établissement privé à but non lucratif à Lyon qui connaît bien ce dispositif. En effet, dès 2017, il proposait à ces patients, en majorité suivis en radiothérapie sur plusieurs semaines, cinq appartements à côté de la structure. Et les retours, aussi bien des patients que des soignants, semblent très positifs.

Une patiente, soignée pour un cancer du sein, expliquait ainsi à l’occasion d’une enquête sur la satisfaction : « l’appartement m’a permis d’être moins fatiguée, moins stressée et à l’heure pour l’opération ». « Parfois, ils font 300 km de route pour faire 20 minutes de radiothérapie, explique un membre de l’équipe du centre Léon-Bérard. Nous avons aussi beaucoup de patients qui viennent de Guyane, où il n’y a pas de radiothérapie. »

Grâce au décret, le centre Léon-Bérard a pu élargir son offre. « On a eu l’opportunité d’acheter en juin une structure à 500m du centre à une association, soit 22 chambres toutes prêtes et des espaces communs dans un esprit pension de famille, reprend cet administratif du centre. L’hôpital a économisé 2 millions d’euros en frais de transport. Et a retrouvé une plus grande capacité hospitalière : environ 15 %. Car souvent, on était obligé d’hospitaliser ces patients. »

D’où un retour positif aussi des soignants, qui jonglent un peu moins avec les lits disponibles. « On a eu un accueil très favorable des chirurgiens intéressés par le dispositif pour la veille de l’opération et pour les suites par exemple en ophtalmologie », précise une autre membre de l’équipe de ce centre dédié au cancer.