Vaccination anti-Covid : Cinq questions autour de la troisième dose

EPIDEMIE Alors que le ministère envisageait une campagne de rappel pour les plus de 80 ans, la Haute Autorité de santé préconise de l'ouvrir aux plus de 65 ans

Oihana Gabriel
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Illustration d'un centre de vaccination mobile à Villetaneuse, le 19 août 2021.
Illustration d'un centre de vaccination mobile à Villetaneuse, le 19 août 2021. — AFP
  • La Haute Autorité de santé a rendu mardi un avis très attendu concernant la campagne de rappel de vaccination contre le Covid-19.
  • Elle préconise que ces rappels soient proposés à tous les plus de 65 ans, aux personnes avec comorbidités et à ceux qui ont reçu du Janssen (pour une deuxième dose).
  • Un avis que le ministère semble suivre, même si les derniers arbitrages doivent être pris cette semaine. Est-ce que cette ouverture ne risque pas de priver d’autres Français et d’autres pays de ces précieuses doses ?
  • 20 Minutes répond à cinq questions autour de cette campagne de rappel lancée dès septembre.

Y aura-t-il à nouveau pénurie de doses ? Entre la vaccination des adolescents qui devraient accélérer avec la rentrée et la campagne de rappels prévue également en septembre, les centres de vaccination n’ont pas fini de tourner à plein régime. D’autant que ce mardi midi, la Haute Autorité de santé vient de rendre un avis qui changerait la donne sur la campagne de rappels… On fait le point sur cette nouvelle étape de la lutte contre le Covid-19.

Que change l’avis de la Haute Autorité de santé ?

La semaine dernière, le ministère de la Santé avait prévu que ces rappels ne concernent que les Français de plus de 80 ans, les personnes souffrant de pathologies à très haut risque de formes graves et les personnes immunodéprimées.

Mais Olivier Véran a annoncé lundi soir sur BFMTV que finalement, ces nouvelles doses pourraient concerner tous les plus de 65 ans. Suivant ainsi l’avis de la Haute Autorité de santé. Cet avis, publié ce mardi, préconise en effet de proposer un rappel aux 65 ans et plus ainsi qu’à toutes les personnes qui présentent des comorbidités à risque de formes graves de Covid-19.

Autre changement important : toutes les personnes ayant reçu le vaccin Janssen, le seul à être unidose, devront finalement avoir une deuxième dose, au plus tôt quatre semaines après la deuxième dose.

On passe alors de 5 millions de personnes à vacciner une nouvelle fois… à 18 millions.

Quel calendrier ?

Si le ministère a précisé que les derniers arbitrages devraient intervenir au cours de cette semaine, il semble envisager un déploiement en deux temps. A savoir, comme pour la campagne de vaccination initiale, une priorisation des plus vulnérables. « La prise de rendez-vous va commencer dès lundi prochain [pour les plus de 80 ans] avec des injections dès le 1er septembre en ville, a précisé le ministère lors d’un point presse ce mardi. Pour les Ehpad et USLD (Unité de soin à longue durée), les commandes seront passées dès le 30 août, la vaccination pourra commencer le lundi 13 septembre. » Les personnes vaccinées avec du Janssen feraient partie de cette première étape.

L’ouverture à tous les plus de 65 ans devrait en revanche attendre octobre. « Cette dose de rappel doit être administrée après un délai d’au moins six mois suivant la primovaccination complète », précise dans un communiqué la HAS. Or, certains septuagénaires n’ont eu leur deuxième dose qu’en juin. « De fait, ces rappels vont s’échelonner dans le temps », insiste le ministère de la Santé.

Deuxième raison : « La HAS propose, pour éviter tout retard à la vaccination antigrippale et simplifier le parcours vaccinal, de réaliser l’administration concomitante des vaccins contre la Covid-19 et contre la grippe saisonnière ». Or, comme chaque année, le vaccin contre la grippe ne sera disponible que fin octobre. Cette double vaccination pourra se faire le même jour. « Sinon, il faut deux semaines d’écart entre les injections, a précisé l’entourage d’Olivier Véran. Un vaccin combiné grippe/Covid est à l’étude, mais ce n’est pas pour tout de suite. »

Ces rappels pourraient-ils concerner les personnes de moins de 65 ans ?

La réponse n’est pas tranchée. Car les études modifient chaque semaine les politiques de santé publique. Dans son avis, la HAS « considère qu’il n’y a pas, à ce jour, de donnée en faveur de l’administration systématique d’une dose de rappel au-delà des personnes ciblées par les annonces gouvernementales et par son avis. Toutefois, l’administration d’une dose de rappel deviendra probablement nécessaire au cours des mois qui viennent, sans qu’il soit encore possible à ce stade de se prononcer précisément, ni sur la population cible ni sur le calendrier. La HAS sera donc amenée à revoir ses recommandations dès que des nouvelles données le justifieront. »

Y aura-t-il assez de doses ?

Le gouvernement ne semble pas craindre une quelconque pénurie. Force est de constater que les créneaux sont encore libres dans de nombreuses villes et que le rythme de vaccination a continué à ralentir en ce mois d’août. Par ailleurs, le pays attend de très importantes livraisons, notamment de Moderna. « En août nous devions recevoir 12 millions de doses, précise le ministère de l’Economie. Pour septembre, on devrait en avoir 22 millions. Il n’y a aucune tension sur l’approvisionnement. Ce qui va nous permettre de continuer la vaccination et entamer la campagne de rappels. »

Précisons que dans son avis, la HAS conseille d’administrer un vaccin à ARN messager, sans préférence pour Moderna ou Pfizer, les deux étant efficaces face au variant delta.

Est-ce que les rappels priveraient les pays en voie de développement de précieuses doses ?

La France n’est pas le seul pays à prendre le chemin des rappels. Et cette nouvelle annonce, après celle d’Israël et des Etats-Unis, ne va pas ravir l’Organisation Mondiale de la Santé. Qui plaide depuis plusieurs semaines pour que les précieux sérums aillent aux pays en voie de développement plutôt qu’aux Occidentaux, déjà bien protégés face à la pandémie.

« L’OMS ne s’oppose pas aux rappels, mais dit qu’il faut prioriser les dons de vaccins, la France fait les deux », se défend le ministère de la Santé. Précisant que la France a donné à Covax 12 millions de doses d’AstraZeneca depuis avril 2021. « On a signé le 10 août un accord avec Pfizer, qui va nous permettre de donner des doses à Covax dès septembre, a ajouté le ministère de l’Economie. On est en négociation avec Janssen, et on espère pouvoir donner des doses avant octobre. » Quant à Moderna, les discussions commencent à peine, mais le ministère vise également octobre pour de nouveaux dons.