Coronavirus : La rentrée scolaire est-elle un trou dans la raquette de la lutte contre l’épidémie ?

EPIDEMIE Une large part de non-vaccinés et de nombreux moments sans masque : comme en 2020, la rentrée scolaire pourrait participer à la relance de l’épidémie de Covid-19 en France

Jean-Loup Delmas
— 
La rentrée scolaire arrive en France, et elle inquiète beaucoup les épidémiologistes
La rentrée scolaire arrive en France, et elle inquiète beaucoup les épidémiologistes — CHANDAN KHANNA / AFP
  • Jeudi 2 septembre, la rentrée scolaire a lieu en France et des millions d’élèves sont attendus dans les salles de classe.
  • Alors que la situation épidémique reste très fragile en France, cette rentrée qui mélange population non-vaccinée et activités sans masque fait craindre un rebond important.
  • Avec l’impossibilité de vacciner les enfants et un protocole sanitaire jugé par beaucoup insuffisant, retour sur une rentrée de tous les dangers.

Au jour de ce lundi 23 août, la situation épidémique en France métropolitaine présente quelques timides signaux positifs. L’incidence et le nombre de cas de coronavirus sont en légère baisse depuis plusieurs jours après un plateau autour de 25.000 cas, qui a entraîné décès et hospitalisations en bien moindre quantité que les précédentes vagues, preuve supplémentaire de l’efficacité vaccinale. Le pourcentage de vaccinés est justement l’autre bonne nouvelle pour la France : 70,2 % de la population a reçu une première dose, et 60,5 % des Français sont totalement vaccinés. Une couverture en termes de primo-injection supérieur aux Etats-Unis ou à Israël, deux pays qui ont été très longtemps leader loin devant la France.

Mais ce bilan en demi-teintes plutôt claires pourrait vite s’assombrir, avec l’arrivée de la rentrée scolaire le jeudi 2 septembre. 20 Minutes fait le point.

C’est quoi le problème avec la rentrée scolaire ?

La rentrée scolaire concerne un large public majoritairement non-vacciné contre le covid-19. Déjà, les enfants de moins de 12 ans ne sont pas éligibles (sauf pathologies et comorbidités exceptionnelles), puisque aucune étude européenne n’a été finalisée sur cette population. Le verdict et l’autorisation ne devraient pas tomber avant 2022.

Quant aux adolescents entre 12 et 17 ans, il s’agit de la tranche d’âge la moins vaccinée parmi les populations éligibles : plus de 43 % des 12-17 ans n’ont pas reçu la moindre dose de vaccin, et moins d’un tiers est totalement vacciné. En moyenne, seulement 18,4 % de la population éligible totale n’a pas reçu de dose.

A cela s’ajoute de (très) nombreuses situations sans masque en intérieur : cantines scolaires, sport en intérieur autorisé, et port du masque non obligatoire pour les enfants en maternelle. Or, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer l’a bien répété, le pass sanitaire ne sera pas demandé à l’école : Il s’agira donc des seuls lieux clos de France sans port du masque où le pass n’est pas requis, avec la population la moins vaccinée du pays, D’où ce sentiment de trou dans la raquette. Selon les modélisations de l’Institut Pasteur, la moitié des nouvelles infections du pays auront lieu chez les enfants.

Quels sont les risques ?

Hélène Rossinot, médecin en Santé Publique, tranche : « Clairement, la rentrée scolaire peut foutre la merde ». Plusieurs éléments sont sources d’inquiétude : l’incidence chez les futurs élèves est cinq fois plus haute que l’an passé, où la rentrée (scolaire et professionnelle) avait entraîné une forte hausse des cas jusqu’à la seconde vague.

La non-vaccination des élèves est un double danger. Déjà, pour eux-mêmes : « Il y a un gros risque que les enfants soient très contaminés, et ils ne sont pas protégés car pas vaccinés. Même chez les enfants, le coronavirus – et a fortiori le variant delta – peut provoquer des hospitalisations, des séquelles longues et des formes graves », poursuit la médecin. Plusieurs régions de France font cas d’une hausse d’hospitalisations chez les très jeunes depuis l’apparition de Delta, hospitalisations rarissimes avant ce variant. Les Etats-Unis, eux aussi touchés par le même variant, font état d’un nombre record d'enfants hospitalisés pour cause de Covid-19.

Le deuxième danger concerne le reste de la population, et en particulier les fragiles. On l’a vu cet été et lors du précédent, la hausse d’incidence chez les jeunes (en l’occurrence, les 20-29 ans lors de juin juillet 2021 et juillet août 2020) finit toujours par entraîner une hausse d’incidence chez les autres catégories d’âge. Si les enfants se contaminent entre eux, cette hausse des cas devrait donc finir par se porter sur les populations les plus fragiles. Certes, la vaccination massive des adultes devrait « un peu limiter la casse » lors de ce transfert d’incidence, note Hélène Rossinot.

Mais premièrement, le vaccin n’empêche pas totalement les formes graves et les décès (même s’il les prémunit à plus de 90 %), et surtout, 14 % des personnes âgées en France ne sont pas du tout vaccinées, tout comme de nombreuses personnes fragiles. Si les enfants se contaminent à outrance, cela pourrait donc entraîner une vague importante de réanimation et de décès, avec des mesures de freinages (couvre-feu, fermeture des lieux culturels et de restaurations, confinement) probablement très peu acceptée par la population. Au point peut-être qu’elles ne seraient pas mises en place.

Comment limiter les contaminations à l’école ?

De nombreuses études en vie réelle l’attestent : en plus de prémunir contre les formes graves et les décès, le vaccin diminue le risque d’attraper le virus mais aussi de le transmettre. L’une des solutions serait donc d’accélérer la vaccination des 12-17 ans. En ce sens, le ministère de l’Education assure qu’il sera possible de se vacciner directement dans les collèges et les lycées, ce qui devrait entraîner une hausse rapide des vaccinés adolescents.

Pour les 0-12 ans, la vaccination reste impossible. Que faut-il faire alors ? Dans une tribune publiée jeudi 19 août, de nombreux médecins ont appelé à renforcer le dispositif sanitaire des écoles. « Le ministre a fixé un protocole sanitaire de niveau 2, alors qu’il faudrait appliquer le protocole 3 ou 4 au vu de l’incidence chez les jeunes », plaide Hélène Rossinot. Les principales différences avec le protocole de niveau 2 seraient l’interdiction du sport en intérieur, la restauration uniquement par classe dans le 1er degré, et l’hybridation des cours (distanciels et présentiels) au lycée.

A cela, la médecin rajoute une surveillance accrue de la qualité de l’air et de l’aération « Il faudrait aérer plusieurs fois par heure, vérifier la qualité de l’air par des capteurs de CO2 et rajouter des purificateurs HEPA s’il n’y a pas plusieurs fenêtres ainsi que dans les cantines », ainsi qu’une stratégie de dépistage plusieurs fois par semaine par tests salivaires.

Des dispositifs déjà mis en place dans plusieurs pays qui, comme la France, redoutent cette rentrée de tous les dangers.