Coronavirus en Guadeloupe : Les hôpitaux saturés prennent de plein fouet le « pic » épidémique

EPIDEMIE Les lits en réanimation sont tous occupés et les patients s’accumulent dans les couloirs des urgences

M.F avec AFP
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La Guadeloupe est en plein pic épidémique de Covid-19 et les hôpitaux du département ne parviennent pas à suivre le rythme.
La Guadeloupe est en plein pic épidémique de Covid-19 et les hôpitaux du département ne parviennent pas à suivre le rythme. — MOREL/SIMAX/SIPA

Le système de santé guadeloupéen dépassé par la situation. En raison du très grand nombre de patients qui se présentent au même moment dans les hôpitaux, certains médecins hospitaliers doivent trier les malades et refuser l’entrée en réanimation des plus de 60 ans, a affirmé jeudi sur France Inter le ministre des Outre-mers Sébastien Lecornu.

« La situation est inédite par son ampleur, ça dépasse tout ce qu’on avait pu imaginer », constate Marc Valette, le chef du service de réanimation aux urgences du CHU de Pointe-à-Pitre. En temps normal, le nombre de lit en réa sur le territoire n’atteint pas 30. « On a déjà 67 lits ouverts, 55 en au CHU, et 12 au centre hospitalier de Basse-Terre », détaille Marc Valette, qui assure que les 44 lits dédiés aux patients Covid sont tous pleins. « On est à saturation ». Autrement dit, pour faire rentrer quelqu’un en réanimation, il faudra que quelqu’un d’autre en sorte. « Soit parce qu’il va mieux, soit parce que, malheureusement, il décède », dit doucement le chef de service.

Les couloirs des urgences bondés de patients en attente

La semaine du 2 au 8 août, 14 personnes sont mortes du Covid en Guadeloupe. Au CHU de Pointe-à-Pitre, on anticipe déjà jusqu’à 15 décès par jour, parfois parmi des patients qui n’auront pas le temps d’être soignés. Le couloir des urgences où sont admis les patients atteints du Covid-19 est bondé. « On avait 47 dossiers quand on a pris la garde à 18 heures et on a déjà hospitalisé 4 à 5 patients » explique ce mercredi soir Hubert Vaast, interne en gastro-gastroentérologie, volontaire pour effectuer une nuit de garde aux urgences Covid.

Les patients qui attendent respirent pour beaucoup avec difficulté, se tordent sur leur brancard ou leur fauteuil roulant et toussent avec douleur. « Nous approchons de 70-80 entrées aux urgences par jour », indique Aurélie Beral, médecin urgentiste qui s’active dans la zone tampon entre les urgences et l’hospitalisation. La salle est prévue pour recevoir quatre patients. « Nous en avons déjà cinq ce mercredi soir », indique Aurélie Béral. « Deux autres attendent d’être pris en charge. » Déjà placés sous oxygène, ils ne pourront entrer dans la salle que si ceux déjà présents en sortent.

Pas un manque de moyen selon le gouvernement

Arrivé en Guadeloupe mardi soir, Sébastien Lecornu s’est dit « assez bouleversé » par ce qu’il a vu​. « On a anticipé tous les scénarios, on a mis énormément de moyens sur la table, mais le problème c’est que ce n’est même plus un problème de moyens, c’est que énormément de patients, tous non vaccinés, se présentent au même moment dans les centres hospitaliers », a-t-il expliqué. Avec un taux d’incidence qui frôle les 2.000 cas pour 100.000 habitants, un niveau jamais vu en France, la Guadeloupe entame vendredi un confinement strict pour faire baisser les contaminations.

La métropole a envoyé du matériel et un renfort de 270 soignants et 60 pompiers qui se partageront entre la Guadeloupe et la Martinique. « Ils sont arrivés pour 15 jours, et avec (le ministre de la Santé) Olivier Véran on est déjà en train de préparer les renforts des renforts, la relève en quelque sorte », a indiqué Sébastien Lecornu.

Un appel à la vaccination

« On est obligés de réorganiser la totalité de l’hôpital, je dois fermer des services pour les remplacer par des unités Covid », confie Gérard Cotellon, le directeur général du CHU. Dans les jours qui viennent, les blocs opératoires accueilleront des lits de réanimation. « Après ça, explique Marc Valette, l’hôpital sera arrivé à son maximum capacitaire, en termes de lits mais aussi d’oxygène ».

Et aussi en termes d’effectif. Car les renforts arrivés mardi soir de métropole seront déployés sur les nouveaux lits ouverts, pas sur les zones déjà en activité. « C’est bien mais ça ne va pas forcément nous soulager plus que ça étant donné qu’on ouvre des lits supplémentaires », note Cécile Baboulall, infirmière en réanimation.

Cela « reste la solution d’urgence de court terme », a expliqué Sébastien Lecornu, en lançant de nouveau « un appel grave » à la population à se faire vacciner : « renforts hospitaliers + confinement = solution à la crise à court terme ; vaccination = solution aux crises qui vont venir à moyen et long termes », a-t-il résumé.