Coronavirus en Paca : Une dégradation « plus rapide et plus grave », souligne l'ARS

EPIDEMIE Pression touristique, vaccinosceptsime « historique », taux de contamination record, appel à la grève dans les hôpitaux et demande de renforts, 20 Minutes fait le point sur l’épidémie de Covid-19 dans la région

Alexandre Vella
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Les urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille.
Les urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille. — Mickaël Penverne / 20 Minutes
  • Le « plan blanc » a été déclenché dans les hôpitaux de la région Paca, avec pour objectif d’ouvrir 110 lits de réanimations supplémentaires d’ici lundi prochain.
  • Le taux d’occupation des lits est actuellement de 88 %, alors que les autorités s’attendent à une arrivée « massive ».
  • La population de la région Paca est moins vaccinée que la moyenne nationale et la saison touristique bat son plein.

La situation sanitaire se dégrade rapidement en région Paca. Cela de manière « plus rapide et plus grave », alerte Sébastien Debeaumont, directeur général adjoint de l’ARS Paca, que l’été passé où l’on retrouvait les mêmes ingrédients estivaux. Le plan blanc a été déclenché dans les hôpitaux et l’Agence régionale de santé (ARS) appelle le personnel soignant, retraités, libéraux, étudiants ou salariés, en vacances ou résidents, à venir renforcer les hôpitaux. 20 Minutes fait le point sur la dynamique épidémique dans la région.

Où en est-on de la circulation du virus ?

En Paca, 97 % des nouvelles contaminations le sont par la souche Delta, contre 92 % au niveau national. Le taux d’incidence atteint les 562 cas pour 100.000 habitants, soit plus de deux fois, la moyenne nationale (225). Avec toutefois des disparités selon les départements. Le moins touché est les Alpes-de-Haute-Provence, avec un taux de 310 et le plus affecté est les Alpes-Maritimes où le taux d’incidence s’élève à 733, soit celui le plus élevé de France métropolitaine (hors Corse).

Le virus circule désormais dans toutes les classes d’âge. La contamination de personnes de plus de 60 ans a bondi de 90 % en une semaine. Ce rebond concerne aussi les établissements médico-sociaux, les Ehpad et les centres pour personnes en situations de handicap, « sans pour autant avoir de forme grave », souligne l’ARS. Les 20-25 demeurent les plus touchés. La semaine passée, 1,8 % de toute cette classe d’âge a été contaminée.

Dans quelle situation se trouvent les hôpitaux ?

Comme écrit plus haut, le plan blanc du palier 3 a été activé, étant donné que les patients Covid-19 admis en réanimation représentent plus de 30 % des lits disponibles. Dans le détail, la région Paca, dispose, dans sa configuration estivale, de 530 lits. 88 % d’entre eux sont occupés, dont 36 %, en début de semaine, l’étaient par des patients Covid-19. La hausse des hospitalisations est soutenue. L’ARS note 55,7 % de hausse des hospitalisations conventionnelles et 45 % en plus d’admission en soin critique.

L’ARS note désormais « une prédominance des 35-50 ans, sans forcément de comorbidité et peu ou pas vaccinés » dans les établissements hospitaliers. Le plan blanc doit permettre, d’ici le 9 août, le déploiement de 110 lits supplémentaires. Le palier 4, s’il était atteint, entraînera la déprogrammation des interventions médicales jugées non urgente, ce que souhaite à tout prix éviter les autorités.

Qu’en est-il de la vaccination ?

Paca est « historiquement une région où l’on a un vaccinosceptisme », indique Sébastien Debeaumont, directeur général adjoint de l’ARS Paca. « Et celui contre le Covid-19 ne fait malheureusement pas exception ». Au 1er août, 70 % des 12 ans et plus avaient reçu au moins une première injection dans la région, et 60 % présentaient un schéma vaccinal complet. Un niveau inférieur de 10 % à la moyenne nationale. Les annonces d’Emmanuel Macron ont entraîné « un sursaut. Mais il faudra faire la part entre les populations locales et touristiques parmi ces nouveaux vaccinés », a ajouté Sébastien Debeaumont.

Quelle pression l’afflux touristique fait peser sur le système de santé ?

Dans les services de réanimation, la majorité des entrants sont originaires de Paca. L’afflux touristique exerce toutefois une pression « très forte » sur le système sanitaire notamment du fait des accidents de la vie et de la route. En cette période estivale, « on s’attend à une arrivée massive de patients Covid-19 mais aussi hors Covid-19 », relève l’ARS.

Quelles conséquences peut avoir l’appel à la grève des personnels soignants ?

Les syndicats Sud et CGT ont appelé les personnels soignants à se mettre en grève pour protester contre l’obligation vaccinale dans leur profession. « Après avoir demandé aux soignants de prendre des risques, on les menace maintenant de mise à pied », résume Guillaume Algrin, secrétaire général du syndicat CGT des hôpitaux sud de Marseille. La profession de soignants à une obligation de service et les administrations peuvent avoir recours à des réquisitions de personnels, si besoin.

« Nous allons continuer à assurer les soins, a commenté la communication de l’AP-HM. Pour l’heure, nous n’avons pas reçu le texte officiel. Nous n’avons pas de consignes pour savoir si nous devons suspendre les salaires. Or, tant que nous n’avons pas reçu les textes, nous n’avons pas de position. »  L'examen du texte de loi par le conseil constitutionnel ce 5 août devrait permettre d’y voir plus clair.

L’ARS rappelait, elle, « au devoir d’exemplarité des soignants, à leur obligation morale et éthique », soulignant que l’obligation vaccinale est « déjà une réalité pour exercer, avec, notamment, la nécessité d’être protégé contre les hépatites ». L’autorité disait, par ailleurs, « entendre et savoir écouter » les soignants et attendre « de voir dans la durée la capacité d’adhésion » à ce mouvement.