Coronavirus aux Antilles : Comment expliquer une telle flambée épidémique ?

PANDEMIE La situation épidémique en Martinique est l’une des pires jamais vues en France depuis le début de l’épidémie

Rachel Garrat-Valcarcel
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Dans un hôpital de Pointe-à-Pitre, en septembre.
Dans un hôpital de Pointe-à-Pitre, en septembre. — LARA BALAIS / AFP
  • Un nouveau confinement a été décrété en Martinique pour au moins les trois prochaines semaines. 
  • C’est le résultat d’une flambée épidémique catastrophique, liée notamment à un faible taux de vaccination.
  • Le reste des Antilles françaises pourrait être rapidement concerné.

C’est un mot que l’on n’aime pas entendre : confinement. Les Martiniquais et les Martiniquaises vont encore devoir en subir un pendant au moins trois semaines à partir de vendredi. Les insulaires devront rester chez eux entre 19 heures et 5 heures et en journée, il faudra une attestation pour s’éloigner de plus de 10 km de chez soi. Les restaurants et les salles de sport notamment ferment, mais pas la plupart des commerces. En Guadeloupe, un couvre-feu a également été instauré. 20 Minutes a cherché à savoir comment une telle flambée épidémique pouvait avoir lieu aux   Antilles françaises.

Quelle est la situation ?

Depuis le début de la pandémie, rarement un territoire français aura dû faire face à une flambée épidémique aussi violente que celle que la Martinique est en train de vivre. Le taux d’incidence (le nombre de cas pour 100.000 personnes) atteint 995. Le taux est même de 2.501 pour la tranche des 20 -29 ans. « La progression en Martinique s’est faite progressivement depuis les 20-29 ans et ça s’est transmis progressivement aux plus âgés… et les hospitalisations augmentent progressivement », explique à 20 Minutes le médecin spécialiste en épidémiologie du collectif "Du côté de la science", Michaël Rochoy. La pente est très forte en réanimation : seules un tiers des places étaient occupées par des patients ou patientes Covid tout début juillet… Un taux qui s’élevait mercredi à 115 %.

Ailleurs dans les Antilles françaises on évite pour l’instant le confinement, mais pour combien de temps ? En Guadeloupe, le taux d’incidence n’est « que » de 290 et la tension hospitalière à 76 % mais ça ne fait probablement que commencer : le taux de reproduction est à 2,64 sur l’île (c’est-à-dire que 10 contaminés contaminent à leur tour en moyenne plus de 26 personnes). A Saint-Martin et Saint-Barthélémy le taux d’incidence dépasse les 1.700 pour toute la population. Ce chiffre est « gonflé » par le fait que ce sont deux petites îles. La partie française de Saint-Martin compte 38.000 habitants et habitantes (dix fois moins que la Martinique) quand Saint-Barthélémy en compte 9.000. Mais qui dit petite île, dit petites capacités hospitalières sur place…

Pourquoi une telle flambée ?

« Il n’y a absolument aucune surprise avec le Covid-19 », affirme, sans ambages, Michaël Rochoy. Que l’on soit en Martinique, dans le reste des Antilles, ou ailleurs, c’est toujours la même chose : « Le virus se transmet par voie aérienne, à un moment où beaucoup de personnes se retrouvent au même endroit, à plus forte raison dans un endroit clos. » En résumé, les moments sans masque dans un endroit clos.

Ça n’explique néanmoins pas une telle flambée. Ce qui change dans le cas de la Martinique, c’est le taux d’incidence massif : « Plus l’incidence est haute plus on se fait piéger plus facilement lors de ces ''petites erreurs'' ». En clair : quand le virus circule davantage, on a plus de chances de se faire contaminer, c’est mathématique. Les augmentations exponentielles viennent de là.

Où en est la vaccination aux Antilles ?

Tous les effets décrits précédemment sont démultipliés face une population peu ou pas vaccinée, ce qui est le cas aux Antilles. Alors qu’à l’échelle du pays, désormais, 50 % de la population affiche un schéma vaccinal complet, en Martinique, d’après Ouest-France, seule 15,6 % de la population l’est. Dans les autres territoires français du secteur, les chiffres sont à l’avenant. Pourtant, les îles auraient bien reçu leurs quotas de doses comme les autres départements : « Ce ne sont pas les moyens qui manquent, mais la confiance », affirme André Chabié, infectiologue au CHU de Fort-de-France  à Ouest-France.

Selon l’expert, le scandale sanitaire du chlordécone, un produit toxique utilisé dans les bananeraies alors qu’il était déjà interdit ailleurs en France, pourrait ne pas être étranger à une méfiance très importante de la population, malgré un frémissement des prises de rendez-vous comme partout depuis les annonces d’Emmanuel Macron du début du mois. Les Martiniquais et Martiniquaises « craignent d’être manipulés une fois de plus », ajoute l’infectiologue.