Âge et perte d’audition : Pourquoi il est primordial de réagir dès les premiers symptômes

OUÏE Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, une gériatre nous explique l’intérêt d’une prise en charge précoce des troubles auditifs

20 Minutes avec The Conversation
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La perte d’audition ne doit pas être négligée, car elle aboutit à l’isolement social, et est associée au déclin cognitif
La perte d’audition ne doit pas être négligée, car elle aboutit à l’isolement social, et est associée au déclin cognitif — Shutterstock (via The Conversation)
  • La perte d’audition liée à l’âge et ses conséquences peuvent être prévenues, compensées et prises en charge, selon notre partenaire The Conversation.
  • La prévention est d’autant plus importante que les troubles de l’audition constituent un facteur de risque de maladie d’Alzheimer ou apparentée.
  • L’analyse de ce phénomène a été menée par Anaïs Cloppet-Fontaine, gériatre.

La surdité est un des handicaps les plus répandus dans l’Hexagone : 7,6 millions de Français adultes déclarent souffrir de déficience auditive, soit 12,7 % des plus de 18 ans. À partir de 74 ans, cette proportion passe à 31 %, dont une grande partie relève de la presbyacousie.

Ce trouble auditif commence très tôt, dès 25 ans, mais devient généralement observable à partir de 55 ans. Or même si elle est inévitable, la perte d’audition liée à l’âge et ses conséquences peuvent être prévenues, compensées et prises en charge.

Parlez plus fort, mais pas seulement…

La presbyacousie est due à la dégradation de l’organe auditif, notamment de la cochlée, où sont situées les cellules sensorielles, mais aussi au niveau des voies et centres nerveux qui conduisent l’information auditive au cerveau. Le tympan et les osselets, qui transmettent mécaniquement l’onde sonore dans l’oreille interne, perdent par ailleurs leur souplesse et leur élasticité.

À côté des causes génétiques, le principal facteur de risque de survenue de la presbyacousie est l’exposition répétée à des traumatismes sonores. Sa prévention passe donc avant tout par la diminution de l’exposition à ces traumatismes, qu’elle soit professionnelle ou, et surtout, liée à l’usage des casques connectés à une source sonore, en durée, en fréquence d’utilisation, et en intensité.

Figure 2 : Coupe transversale de l’oreille © JNA Association pour le développement de la santé auditive pour tous (via The Conversation)

Survenant progressivement, la perte d’audition concerne principalement les sons aigus. La presbyacousie touche en effet principalement les cellules à l’œuvre dans la perception de ces sons. Ce faisant, elle altère la faculté à distinguer les différentes composantes sonores de la parole. Dans les environnements saturés en bruits parasites et agressifs, tenir une conversation devient difficile, parfois même impossible, car à la difficulté d’entendre s’ajoute celle de comprendre.

Paradoxalement, l’un des premiers signes de la presbyacousie est une hypersensibilité voire une intolérance aux environnements bruyants, et plus simplement aux bruits.

Influence de l’âge sur le degré de perte auditive © Cochlea (via The Conversation)

Stratégies de compensation

Les personnes presbyacousiques entendent mais ne comprennent pas. Chaque interaction est coûteuse en attention et en concentration, à tel point que le plaisir de la communication en pâtit. Pour éviter de faire répéter trop souvent ou de se retrouver rapidement dans l’incompréhension, elles ont tendance à user et abuser d’une stratégie de compensation qui consiste à conserver la parole.

Localisation des phonèmes de la parole sur les courbes de pertes auditives © André Chays/CHU Reims (via The Conversation)

À force de malentendus et d’incompréhensions dans les échanges, les presbyacousiques manifestent parfois des comportements agressifs et finissent par s’isoler. La presbyacousie est également associée à la survenue de syndromes dépressifs, de chutes et à la perte d’autonomie.

De plus, les troubles de l’audition constituent un facteur de risque de maladie d’Alzheimer ou apparentée. Des données récentes ont par ailleurs montré que le port d’un appareil auditif contribuerait à réduire le risque de déclin cognitif.

Dépistage, diagnostic, réhabilitation

Il est important de dépister précocement une éventuelle perte d’audition sur les fréquences aiguës, avant que ne surviennent les premiers signes d’une gêne sociale. Actuellement, il est recommandé de consulter un oto-rhino-laryngologiste (ORL) en cas de perte d’audition, mais aucun dépistage systématique n’est préconisé.

Il existe toutefois des tests auditifs qu’il est possible de mettre en œuvre seul, via des applications ou en ligne. C’est par exemple le cas du test Höra de la Fondation pour l’audition, ou du Digit Triplet Test. Néanmoins, à l’issue de ces autotests, une éventuelle suspicion ne se substituera pas à un diagnostic. Des examens complémentaires seront donc nécessaires. En effet, seul un ORL est habilité à poser un diagnostic de presbyacousie à partir d’une série d’examens spécifiques :

  • un examen otoscopique, pour ausculter la partie externe et moyenne de l’oreille.
  • une audiométrie tonale, pour mesurer la perception pure des sons.
  • une audiométrie vocale, pour mesurer la compréhension de la parole.

Ces examens ont pour objectif de confirmer le diagnostic de presbyacousie et d’éliminer les autres pathologies à l’origine d’une perte d’audition, telles que bouchon de cérumen, otite chronique, ou tumeur bénigne du nerf auditif par exemple. En fonction des résultats de ces examens, l’ORL peut alors recommander et prescrire un appareillage auditif.

Ledit appareillage sera mis en place par un audioprothésiste, qui opérera les différents réglages permettant un confort et une réhabilitation auditive optimum, et se charger du suivi. Il existe de nombreux appareils auditifs permettant de retrouver un niveau d’audition confortable. Dans cette démarche de réhabilitation, des séances d’orthophonie peuvent être prescrites.

Dans le cas des surdités profondes, lorsque certaines conditions sont rassemblées, la pose d’un implant cochléaire peut être envisagée. Cet appareil convertit les sons environnants, captés par un micro, en signaux numériques (des impulsions électriques), lesquels stimulent directement le nerf auditif via des électrodes insérées dans la rampe tympanique de la cochlée. Le cerveau les interprète alors comme des sons.

Tabous et résistances tenaces

On l’a vu, le bénéfice de la réhabilitation s’étend au-delà du simple gain d’audition. 82 % des personnes appareillées expriment une satisfaction quant aux apports de leurs aides auditives. Pourtant, seuls 41 % de Français malentendants seraient appareillés.

Différents types de prothèses auditives selon les degrés de surdité © https://lanielaudio.com/ (via The Conversation)

Les principaux freins à l’appareillage sont liés à la perception des troubles auditifs dans notre société – image négative du vieillissement, fonctions cognitives amoindries – ainsi qu’aux idées préconçues quant à l’efficacité des appareils auditifs et leur remboursement.

La situation pourrait toutefois évoluer : depuis le 1er janvier 2021, la réforme « Reste à charge zéro » améliore l’accessibilité à un appareillage de qualité en permettant une prise en charge à 100 % par l’ Assurance maladie et les complémentaires santé ou par la complémentaire santé solidaire. À bon entendeur !

Cette analyse a été rédigée par Anaïs Cloppet-Fontaine, gériatre et chef de projet à Gérond’if, porteur du DIM (domaine d’intérêt majeur) longévité et vieillissement labellisé par la Région Ile-de-France, Région Île-de-France.
Cet article a été coécrit par André Chays, professeur d’oto-rhino-laryngologie à l’UFR de Médecine de Reims et membre du comité scientifique d’Infosens (réseau d’actions au service de l’inclusion des personnes sourdes ou malentendantes) et Frédéric Brossier, directeur adjoint projets « partenariats et innovations » d’Infosens.
L’article original a été publié sur le site de The Conversation.

Déclaration d’intérêts

Anaïs Cloppet-Fontaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.