Pass sanitaire : « Nous sommes les oubliées de l’été », « c’est injuste »… La galère des femmes enceintes et non vaccinées

VOUS TEMOIGNEZ L’ouverture soudaine de la vaccination aux femmes enceintes, dès les premiers mois de grossesse, leur donne un délai trop court pour se mettre en conformité avec l’application du pass sanitaire

Marie De Fournas
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L'ouverture récente de la vaccination au femmes enceintes dès le premiers mois de grossesse met un bon nombre d'entres elles dans l'impasse.
L'ouverture récente de la vaccination au femmes enceintes dès le premiers mois de grossesse met un bon nombre d'entres elles dans l'impasse. — Bokskapet / Pixabay
  • Les femmes enceintes de moins de trois mois peuvent seulement se faire vacciner depuis le 21 juillet, mais seront tout de même soumises aux règles du pass sanitaire en vigueur dès le 5 août.
  • Elles pointent du doigt une forte injustice, d’autant que les centres de vaccination et les professionnels de santé ne semblent toujours pas favorables à cette vaccination précoce.
  • Elles attendent du gouvernement des mesures d’assouplissement ou un délai supplémentaire qui leur permettrait d’avoir le choix de se faire vacciner ou non pendant leurs premiers mois de grossesse.

Quand porter la vie sans pass sanitaire devient un calvaire. Mardi dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé l’ouverture de la vaccination contre le Covid-19 aux femmes enceintes dès le « premier trimestre » de leur grossesse. Si l’annonce n’a pas fait bondir la majeure partie des Français, elle a en revanche été un coup de massue pour un grand nombre de futures mamans.

En effet, cette mesure signifie qu’elles sont soumises comme n’importe quel Français à la loi sur l’extension du pass sanitaire. Sauf que jusqu’à la date du 21 juillet, la direction générale de la Santé (DGS) recommandait à ces mêmes femmes de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus avant le deuxième trimestre de leur grossesse. Et contrairement à ce que beaucoup espéraient, aucun délai ni assouplissement n’ont pour l’heure été annoncés.

« Techniquement impossible » d’être vaccinée à temps

Bon nombre d’entre elles se retrouvent donc dans une impasse. Comme Lyane, enceinte de huit semaines, qui avait consciencieusement pris rendez-vous pour une première injection fin août, soit au début de son 2e trimestre de grossesse, sur les recommandations de la DGS et de son médecin gynécologue. « Aujourd’hui, si je souhaite avancer mon rendez-vous, je ne peux pas en obtenir un autre avant la 3e semaine d’août, n’ayant pas de créneau disponible plus tôt dans ma commune. Je disposerai donc d’un schéma vaccinal complet mi-septembre, grand minimum. »

Même souci pour Marie, qui assure avoir toujours voulu se faire vacciner. « Dès que le gouvernement a donné le feu vert pour les trentenaires, j’ai réussi à décrocher un rendez-vous trois semaines après. Mais vers la date de ma vaccination, j’ai eu la surprise de découvrir que j’étais enceinte. Sur les conseils de deux médecins généralistes et de ma gynécologue, j’ai annulé. » Dans les nombreux récits que nous avons reçus après dans notre appel à témoignage, toutes les femmes indiquent qu’il y a encore quelques mois et semaines, le corps médical leur déconseillait de se faire vacciner au premier trimestre. « Peut-on m’expliquer comment une femme enceinte qui veut potentiellement se faire vacciner maintenant, peut avoir son pass sanitaire pour les vacances ?, interroge Marie. C’est techniquement impossible ! Nous sommes les oubliées de l’été. »

« Je vais passer le mois prochain à faire des tests PCR »

Les premières mesures concernant l’extension du pass sanitaire s’appliquent depuis le 21 juillet et les prochaines inscrites dans la nouvelle loi sanitaire sont prévues pour le 5 août. « Que vais-je faire pendant mes vacances avec mon conjoint et ma sœur qui m’accompagnent et qui eux sont vaccinés ? Les regarder manger au restaurant et attendre sur la plage avec un sandwich ? », interroge Laura.

Autre solution pour avoir un pass sanitaire valide lorsque l’on n’est pas vacciné : présenter un test PCR négatif de moins de 48 heures. Mais là encore, l’idée n’enchante pas grand monde. « Après trois premiers mois passés à cacher ma grossesse et à passer pour un anti-vaccin, je vais passer le mois prochain à faire des tests PCR pour garder un semblant de vie sociale », lance Camille désabusée. Pour ces femmes non vaccinées, faire ces tests représente également un risque. « Je suis déjà nauséeuse et je vais me retrouver à faire la queue, toutes les 48h environ, parfois sous le soleil, en pleine quatrième vague, avec des personnes potentiellement infectées et un risque accru de devenir cas contact et/ou infectée », souligne Julie. Si le 19 juillet dernier Gabriel Attal avait annoncé sur Franceinfo qu'« une femme enceinte de moins de 3 mois » n’aurait « pas à faire des tests tous les deux jours », le gouvernement est depuis resté mutique sur le sujet.

Des femmes enceintes refusées aux centres de vaccination

Mais les galères des femmes enceintes de moins de trois mois pourraient bien continuer au-delà de l’été. Car si le gouvernement leur a bien ouvert la vaccination, du côté du corps médical, certains professionnels ont l’air plus réticents. En juin, lorsque Bertille est tombée enceinte, les professionnels de son centre de vaccination lui ont dit qu’il était impossible de se faire vacciner avant le 4e mois de grossesse. « Après l’annonce d’Olivier Veran, ma sage-femme et mon médecin traitant ont été fermes et m’ont dit qu’il était impossible de me faire vacciner durant les premiers mois. » Cette dernière a tout de même repris rendez-vous auprès de son centre de vaccination, « et là aucune surprise : un beau refus ». Même expérience pour Laura, enceinte de deux mois et demi et qui a pris rendez-vous après le 21 juillet. « La personne responsable du centre m’a expliqué avec beaucoup de bienveillance que c’était encore aujourd’hui déconseillé… et qu’il était plus prudent d’attendre. »

Lors de son annonce, Olivier Véran avait précisé qu’il y aurait des exceptions à cette vaccination. Plus exactement trois situations, « qui concernent potentiellement quelques centaines de Français ». Pas sûr que cela implique Clara qui vient d’apprendre qu’elle est enceinte « après quatre ans d’un long parcours de PMA ». « Ayant un risque élevé de fausse couche prématurée », elle évitera de se faire vacciner pendant le premier trimestre. Même questionnement pour Adèle enceinte de deux mois et demi, obligée de se faire vacciner car soignante mais se trouvant « dans la plus terrible des angoisses, partagée par la joie de la grossesse et la peur des risques de perdre le bébé à cause de mes problèmes vasculaires ».

« La pression psychologique qu’on nous impose n’arrange pas les choses »

Cette angoisse, beaucoup de femmes nous l’ont évoquée à travers leurs témoignages. « Pendant des mois on nous indique qu’il faut attendre au moins le troisième mois et là, d’un coup, il faut le faire dès le début de la grossesse. Il y a déjà des inquiétudes quand on est une jeune maman, peur pour son futur enfant. La pression psychologique qu’on nous impose n’arrange pas les choses », commente l’une d’elles.

Le premier trimestre est une période cruciale pour le bébé, durant laquelle « une précaution extrême, notamment dans la prise de médicaments, est de mise », nous indique Julie. Cette dernière voudrait avoir un peu plus de recul sur les effets du vaccin avant de prendre sa décision. « La 1re vaccination en France a eu lieu le 27 décembre 2020. Les femmes enceintes de moins de trois mois qui auraient reçu par inadvertance une dose n’ont même pas accouché de leur enfant », souligne-t-elle.

« J’ai l’impression d’être sacrifiée sur l’autel du pass sanitaire »

Un fort sentiment d’injustice est en train d’émerger chez ces futures mères. « Je n’ai pas choisi de ne pas me faire vacciner, j’étais la première à vouloir le faire mais j’ai écouté les conseils médicaux. C’est injuste de mettre tout le monde dans le même panier », souligne Amandine.

« A quel moment a-t-on pu basculer ainsi dans une telle rupture d’égalité, dans un tel mépris des situations particulières ?, se demande Karine. Les mineurs peuvent se vacciner depuis juin, ils ont deux mois de délai, et nous, depuis ce mercredi, mais on doit se débrouiller et en baver. Je suis folle de rage ! » « J’ai l’impression d’être sacrifiée sur l’autel du pass sanitaire – dont je suis persuadée de l’utilité par ailleurs – et qu’on envoie voler le principe de précaution sans plus de façon », ajoute Lhin.

Contactée, la DGS n’a pas répondu à nos questions au sujet d’un éventuel délai supplémentaire ou de mesures d’assouplissement pour les femmes enceintes.