Coronavirus : Variant Delta, vaccination… En quoi cette quatrième vague est-elle si particulière ?

EPIDEMIE Causée par la progression fulgurante du variant Delta, la quatrième vague épidémique de coronavirus qui déferle actuellement sur la France se distingue des vagues précédentes

Anissa Boumediene
— 
Le variant Delta cause actuellement une flambée des contaminations, et a fait basculer la France dans sa quatrième vague épidémique.
Le variant Delta cause actuellement une flambée des contaminations, et a fait basculer la France dans sa quatrième vague épidémique. — SYSPEO/SIPA
  • La France est actuellement touchée par une quatrième vague épidémique de coronavirus.
  • Elle est causée par le variant Delta, beaucoup plus contagieux que les souches précédentes, qui entraîne une explosion des nouvelles contaminations.
  • Reste à savoir si l’avancée de la campagne vaccinale parviendra à éviter que cette quatrième vague ne cause un nombre important de formes graves de la maladie.

Elle est arrivée plus tôt que prévue. Initialement prédite pour la rentrée, la quatrième vague épidémique frappe dès à présent l’Hexagone, avec environ 20.000 nouveaux cas recensés chaque jour, soit dix fois plus qu’il y a seulement un mois. « La quatrième vague, on y est », a confirmé mercredi le chef du gouvernement, Jean Castex, au 13h de TF1.

En cause, la progression du variant Delta, beaucoup plus contagieux que les souches précédentes. Alors qu’il n’était présent que dans 0,2 % des échantillons positifs séquencés il y a quelques semaines à peine, ce variant identifié en Inde représente aujourd’hui « 83,5 % des nouvelles contaminations », selon les derniers chiffres de Santé publique France. Un variant ultra-contagieux qui presse le gouvernement à accélérer la campagne vaccinale et qui pose un cadre inédit à cette quatrième vague.

Une vague « plus raide » avec une hausse fulgurante des contaminations

« Nous avons une augmentation de la circulation du virus de l’ordre de 150 % sur une semaine : nous n’avons jamais connu cela » depuis le début de la pandémie, s’est alarmé mardi le ministre de la Santé, Olivier Véran. « On est dans une quatrième vague qui ne ressemble pas aux précédentes parce que la pente est beaucoup plus raide. On a franchi [mercredi] le double du seuil d’alerte de notre pays », a renchéri le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, jeudi sur France Inter.

D’autant qu’on observe actuellement une flambée des contaminations chez les 20-30 ans​, une tranche d’âge moins vaccinée, en particulier en Île-de-France et dans les régions côtières, où les touristes sont nombreux. C’est notamment le cas en Occitanie, à Toulouse et Montpellier, où le taux d’incidence explose et dépasse les 200 contaminations pour 100.000 habitants. Et où le port masque à l’extérieur est de nouveau obligatoire. « Tous les indicateurs épidémiologiques indiquent une reprise exceptionnelle », a observé l’Agence régionale de santé. Les autorités craignent une répétition du scénario de l’été 2020, avec des contaminations qui reprennent chez les jeunes – ce que l’on observe aujourd’hui – puis se propagent aux plus âgés et fragiles.

« On est dans la courbe de montée »

Ce scénario pourrait entraîner une hausse des hospitalisations, en particulier chez les non vaccinés, avec des services de réanimation saturés comme lors des vagues précédentes. « L’impact sur le système de soins est la vraie question, la seule question », a estimé le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, jeudi au Sénat, lors de l’examen de la loi sur l’extension du pass sanitaire.

Alors que la courbe des nouvelles hospitalisations liées au Covid-19 était en baisse constante depuis le mois de mai, « la baisse s’est ralentie, et dans cinq régions – notamment celles du Sud –, on voit qu’il commence à y avoir une augmentation du nombre de patients en réa », a souligné Olivier Véran jeudi devant les sénateurs. « On a fini la courbe de descente et on est dans la courbe de montée (…) Est-ce que ça ira loin et fort ? Je ne sais pas vous répondre », a-t-il poursuivi. Sur les sept derniers jours, 1.550 malades Covid ont été hospitalisés, dont près de 300 en réa. C’était moitié moins (respectivement 750 et 150) deux semaines auparavant.

Pour savoir ce qui l’attend dans les prochaines semaines, la France surveille logiquement ce qu’il se passe dans les pays où le variant Delta a quelques semaines d’avance. « En Angleterre, on voit une augmentation du nombre d’hospitalisations, qui ne sont pas pour l’instant en réanimation parce que les vaccins protègent contre la survenue de formes graves », a indiqué le Pr Delfraissy. Et « en Espagne, au Portugal, aux Pays Bas, pour l’instant, la charge de soins n’augmente pas beaucoup, même si elle augmente », a ajouté Olivier Véran.

En tenant compte de tous ces paramètres, le Pr Delfraissy appréhende « une situation complexe, très complexe » dans les hôpitaux français pour la deuxième quinzaine du mois d’août. Un timing estival qui serait doublement problématique, a prévenu le ministre de la Santé, puisque « c’est le mois le plus difficile pour organiser les hôpitaux, ce qui rajoute de la complexité à la complexité ».

Le contrepoids (précaire) de la vaccination

Mais à la différence des vagues précédentes, cet acte IV survient alors que la campagne de vaccination progresse et connaît même un important rebond. L’annonce le 12 juillet par le chef de l’Etat de l’extension du pass sanitaire – désormais requis pour aller au restaurant, au cinéma et bientôt dans les trains – a poussé des millions de Français jusque-là hésitants à sauter le pas. Depuis, plus de 3,7 millions de Français ont pris rendez-vous via la plateforme Doctolib.

Et le chef du gouvernement compte poursuivre cette accélération, lui qui a indiqué que 96 % des personnes contaminées recensées mardi n’étaient pas vaccinées. L’objectif : éviter que l’hôpital et les réas ne soient débordés et que de nouvelles restrictions sanitaires, susceptibles de contrarier l’économie du pays, ne soient prises. Jean Castex a ainsi annoncé vouloir atteindre 50 millions de primo-vaccinés fin août et non plus 40 millions. « C’est un objectif très ambitieux, mais qui montre que nous aurons compris la gravité de la situation », a-t-il insisté, promettant l’ouverture de 5 millions de nouveaux rendez-vous vaccinaux « dans les 15 jours ».

Car même avec le variant Delta, la vaccination diminue le risque de contracter le Covid-19, et, plus encore, celui de faire une forme grave de la maladie. Les vaccins garantissent donc qu’un certain nombre de contaminations ne se transformeront pas en hospitalisations. Reste qu’avec ce variant si contagieux, qui génère une charge virale 1.260 fois plus élevée que la souche classique du virus, cela pourrait ne pas suffire, soulignent les scientifiques. « Imaginons qu’il y ait cinq fois moins d’hospitalisations : rien n’exclut qu’avec ce variant très contagieux, nous ayons cinq fois plus de contaminations qu’avec les virus précédents. Auquel cas, nous pourrions avoir une vague équivalente », a redouté Olivier Véran.