Coronavirus : Pourquoi les pays européens veulent-ils tous adopter le pass sanitaire ?

EPIDEMIE De plus en plus de pays européens étendent les dispositions du pass sanitaire à la majorité des lieux publics

Jean-Loup Delmas
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Le pass sanitaire est en train de devenir la tendance européenne lors de cet été 2021
Le pass sanitaire est en train de devenir la tendance européenne lors de cet été 2021 — YASSER AL-ZAYYAT / AFP
  • L’Italie, la Grèce, le Danemark, l’Autriche, le Royaume-Uni, la France, le Portugal ont adopté ou planifié l’extension du pass sanitaire à de nombreuses activités plus ou moins quotidiennes.
  • Une tendance qui se développe de plus en plus au fil des semaines, de nombreux pays ayant décidé d’appliquer cette mesure lors de ces derniers jours.
  • Comment expliquer une telle tendance à l’échelle européenne ?

L’exception française n’aura pas duré longtemps. Lors de son allocution le 12 juillet, le président Emmanuel Macron annonçait des mesures sanitaires quasi inédites en Europe, avec présentation d’un schéma vaccinal complet, ou d’un test PCR-antigénique, obligatoire avant d’entrer dans des lieux de la vie quotidienne : salle de spectacle, cinéma, café, restaurant, etc. Aucun autre pays n’avait jusque-là autant étendu son pass sanitaire à des événements si fréquents.

Moins de deux semaines plus tard, l’exception est devenue tendance. L’Italie, la Grèce, le Royaume-Uni et le Portugal ont lancé ou ont planifié leur propre pass sanitaire, tandis que le Danemark ou l’Autriche l’avait déjà. Bien sûr, ce sésame ne porte pas toujours le même nom selon le pays, et ne couvre pas toujours les mêmes lieux, spécificités nationales oblige. Mais il n’empêche, l’extension du pass sanitaire, qui pouvait sembler saugrenue il n’y a pas un mois, est bien partie pour se démocratiser à travers toute l’Europe.

La quatrième vague et l’absence d’alternative

Alors que s’est-il passé ? Tout d’abord, et c’est bien l’essentiel, une quatrième vague particulièrement forte, due au variant Delta. Selon certaines études, ce variant serait 60 % plus transmissible que le variant Alpha, lui-même 50 à 74 % plus transmissible que la souche originelle de Covid-19. De fait, les pays européens sont bien contraints de chercher un moyen pour stopper la flambée des cas, et de préférence, un moyen autre qu’un confinement strict, coûteux aussi bien socialement qu’économiquement – a fortiori en plein été.

Pour la médecin spécialiste de Santé publique Hélène Rossinot, le pass sanitaire s’impose principalement, non pas grâce à l’inspiration de la France, mais simplement par l’arrivée massive des vaccins. « Tant qu’il y avait pénurie de vaccin, le pass sanitaire était impossible à mettre en place. Aujourd’hui, c’est un outil finalement assez logique, et il est naturel de voir la mesure s’étendre », explique la soignante, qui pense que le procédé finira par s’appliquer dans toute l’Union européenne.

Le cercle européen

Une démocratisation d’autant plus facile que « la population européenne voyage surtout pendant les vacances », rappelle la médecin. Car ne l’oublions pas, le tout premier projet de pass sanitaire était bel et bien uniformisé à l’échelle européenne, afin d’éviter restrictions de voyages et quarantaines au sein des 27. « Il y a eu d’abord des initiatives et des compétences de l’Union européenne en termes d’unité sanitaire, pour essayer d’harmoniser les différentes restrictions entre les frontières », rappelle ainsi Guillaume Fontanieu, spécialiste du droit de la santé.

Après cette idée de pass sanitaire européen, des pays se sont donc approprié l’outil pour créer des versions nationales qui tendent de plus en plus à se réharmoniser à l’échelle européenne… « Mais il est bien difficile de savoir s’il s’agit d’inspirations législatives des uns ou des autres, et encore plus de savoir qui a inspiré qui, ou si c’est une suite d’idées similaires tombant au même moment, et qui aurait eu lieu même sans les autres pays », pointe l’expert. D’autant plus que comme l’a dit Hélène Rossinot, le pass sanitaire – et avant lui le confinement – s’imposait logiquement. Plus qu’un effet de mode, il s’agira finalement d’une voie plutôt évidente – ou contrainte par les événements, au choix.

Un pass vertueux mais limité

Le pass sanitaire présente la vertu, contrairement au confinement, d’avoir un effet bénéfique sur le long terme, en augmentant massivement la vaccination. Il suffit de voir le cas français, où les primo injections ont doublé la semaine de l’annonce d’Emmanuel Macron par rapport aux quatre précédentes. Or, les pays européens sont tous plus ou moins confrontés au phénomène de plafond de verre vaccinal – à savoir que la grande majorité des volontaires ont reçu leurs doses –, le pass sanitaire permet de booster de plusieurs précieux % le taux de vaccination de la population, une donnée utile pour contrer cette vague, mais également les potentielles suivantes, là où un confinement n’empêche que la vague en cours.

Reste que si la mesure devient de plus en plus populaire, elle est loin d’être parfaite. Fin de l’enthousiasme chez Hélène Rossinot : « Le test négatif de moins de 48 heures est un sacré trou dans la raquette, il ne dit rien du statut de la personne au moment ou elle est dans le lieu public. Et le manque de contrôle d’identité risque de rendre la mesure beaucoup plus facile à contourner ». Israël, pays pionnier en termes de vaccination contre le coronavirus, envisage ce vendredi d’interdire certains lieux publics aux non-vaccinés, même avec des tests négatifs. Un pas que franchira peut-être à son tour un jour l’Union européenne. D’une même voix, ou chacun à sa façon, au rythme des tendances.