Coronavirus : L’épidémie s’emballe en Martinique au sein d’une population très peu vaccinée

QUATRIEME VAGUE Le directeur général de l’hôpital de Fort-de-France s’attend à une « déferlante sur la réanimation dans les prochains jours »

20 Minutes avec AFP
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Lors d'une manifestation à Fort-de-France, le 27 février.
Lors d'une manifestation à Fort-de-France, le 27 février. — Lionel CHAMOISEAU / AFP

« On s’attend peut-être à une déferlante ». Le directeur général de l’hôpital de Fort-de-France, Benjamin Garel, s’inquiète face à la quatrième vague de Covid qui menace de saturation les services hospitaliers, une aggravation d’autant plus sensible que peu de Martiniquais se sont fait vacciner.

Dans son Centre hospitalier universitaire de Martinique à Fort-de-France, le ballet des soignants de l’unité Covid est bien réglé. Une infirmière enfile son équipement de protection avant d’entrer dans la chambre d’un patient. Désinfection des mains, charlotte, masque… Les gestes se répètent, devenus des automatismes. Mais Benjamin Garel ne cache pas son inquiétude : Il y a une possible « déferlante sur la réanimation dans les prochains jours, parce qu’on voit que les patients s’aggravent sur l’hospitalisation classique. Donc il va falloir qu’on ouvre très vite beaucoup de lits, alors qu’on est dans une période de congés. Ça ne va pas être simple ».

Doublement du nombre de personnes vaccinées en une semaine

Olivier Coudin, directeur général adjoint de l’Agence régionale de santé (ARS) de Martinique égraine les chiffres, avec un doublement du nombre de personnes contaminées la semaine dernière par rapport à la semaine précédente. « Nous étions à 1.000 personnes Covid, il y a deux semaines. On est passé à 2.260 personnes la semaine dernière ». « On est vraiment sur des chiffres que nous n’avions jamais connus, avec un taux d’incidence qui est aujourd’hui à 625 alors qu’il avait été au moment de la 3e vague à 270 au pire de la crise », s’alarme-t-il. Un chiffre hors normes en comparaison de la situation en métropole, pourtant déjà préoccupante.

A la préfecture de Fort-de-France, le préfet Stanislas Cazelles en appelle à la responsabilité de chacun. « La Martinique a été exemplaire sur les 1re, 2e et 3e vagues, aujourd’hui c’est le territoire où le virus a le moins circulé. Il a quand même endeuillé une centaine de familles. Mais c’est vrai que pour beaucoup, le virus reste largement virtuel, donc il faut montrer à chacun que l’épidémie est bien présente. Je peux vous dire qu’avec 2.000 personnes la semaine dernière, avec 1.000 la semaine d’avant, il y a beaucoup de familles dans lesquelles il y a désormais des personnes malades du Covid ».

« Irrationalité sur les vaccins »

Olivier Coudin rappelle les mesures sanitaires. « On a bien vu que cette détérioration au début, elle était liée à des moments festifs, à des moments de partage, à des moments où les gens ont un peu moins respecté les gestes barrières, donc on le répète, et le CHU, et tous les professionnels le disent, il faut absolument qu’on puisse respecter les gestes barrières, il faut absolument que les personnes s’isolent lorsqu’elles ont des symptômes ».

« Et puis il faut qu’on arrive à un niveau de vaccination beaucoup plus important en Martinique », souligne-t-il. Le nombre de personnes ayant un schéma vaccinal complet (1re et 2e injections) était de 50.262 au 20 juillet, soit seulement 15,62 % de la population de l’île, contre 45,9% à l'échelle nationale. Benjamin Garel enfonce le clou. « Nous ce qu’on voit c’est que les études montrent que les vaccins fonctionnent et qu’il diminue par douze le cas de contaminations, ils éliminent le cas graves, les effets secondaires sont quasi-nuls ».

« Avec cette irrationalité sur les vaccins, on se demande aujourd’hui si on serait capable d’éradiquer la variole », poursuit-il. « Donc nous, on ne comprend pas. On essaye beaucoup de rassurer… ». Pour comprendre les freins à la vaccination en Martinique, l’ARS a annoncé cette semaine qu’elle allait mener une large consultation citoyenne en ligne, jusqu’au 20 août.

En attendant, les mesures restrictives se durcissent. Depuis le 13 juillet, la Martinique est placée en état d’urgence sanitaire et soumise à un couvre-feu 2021 de 21h00 à 05h00. Depuis mercredi, les déplacements avec l’hexagone sont soumis à un motif impérieux pour les personnes non vaccinées et depuis jeudi les restaurants ne peuvent accueillir du public que sur les terrasses extérieures. Comme partout ailleurs en France, le « pass sanitaire » est devenu obligatoire pour les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes.