Coronavirus : Les vacances biaisent-elles les chiffres de la reprise épidémique ?

CONTAMINATIONS La quatrième vague de l'épidémie de coronavirus touche particulièrement les départements prisés des touristes, et notamment le littoral du pays

Manon Aublanc

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Plage à Carcans en juin 2021
Plage à Carcans en juin 2021 — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Face à la progression du variant Delta, une cinquantaine de départements ont franchi le seuil d’alerte en France, avec un taux d’incidence supérieur à 50 cas pour 100.000 habitants.
  • Haute-Corse, Pyrénées-Orientales, Hérault… Les départements les plus touchés sont majoritairement des zones touristiques, et notamment le littoral du pays.
  • Les chiffres comportent un biais : les touristes testés positifs sont enregistrés dans leur lieu de résidence habituelle, et non sur leur lieu de vacances.

La Haute-Corse, les Pyrénées-Orientales, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône… Si la reprise épidémique, due au variant Delta, touche la majeure partie de la France, les autorités s’alarment particulièrement de la situation sanitaire dans les zones touristiques.

A quelques jours du chassé-croisé entre juillettistes et aoûtiens, les chiffres du coronavirus ont explosé dans plusieurs départements prisés des vacanciers. Ces derniers ne sont pourtant pas forcément à l’origine des contaminations, ou du moins, pas directement.

Lieu de résidence versus lieu de villégiature

Ces dernières semaines, les autorités ont les yeux rivés sur le taux d’incidence. Et pour cause, l’épidémie repart vite et fort, le variant Delta, plus contagieux que la souche classique et les autres variants, étant désormais largement majoritaire dans la quasi-totalité des départements.

Sur la semaine 28, du 12 au 18 juillet, 48 départements ont franchi le seuil d’alerte de 50 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants (sur une semaine), une quinzaine d’autres s’approchant dangereusement de la limite. Et pour certains, les taux d’incidence ont explosé les scores, comme dans les Pyrénées-Orientales (375,8), en Haute-Corse (317,7), dans l’Hérault (210,6) ou dans les Alpes-Maritimes (196,2), selon les derniers chiffres de Santé Publique France disponibles sur le portail Geodes. 

La faute aux touristes ? Oui et non. A chaque fois qu’une personne est testée positive, c’est son département de résidence qui est pris en compte, et non celui où elle passe ses vacances, explique Santé Publique France, qui collecte ces données auprès de la Sécurité sociale. Pour faire simple, le test positif d’un Lyonnais en vacances à Calvi ne sera pas comptabilisé dans les données sanitaires de la Haute-Corse, mais dans celles du Rhône.

Le taux d’incidence n’est pas synonyme de circulation

Autrement dit, une forte hausse des contaminations dans un département ne signifie pas que les personnes positives s’y trouvent « géographiquement ». Pour le cas de Paris, par exemple, où le taux d’incidence est de 144 cas pour 100.000 habitants, les mauvais chiffres témoignent de tests positifs qui ont pu être réalisés dans la capitale ou dans un lieu de vacances.

À l’inverse, un faible taux d’incidence, ou une baisse du taux d’incidence, dans un département très touristique ne signifie pas forcément que le virus n’y circule pas de façon active. Par exemple, si le taux baisse en Haute-Corse, ça ne veut pas dire que le virus y circule moins, les touristes testés positifs n’étant pas comptabilisés dans les chiffres du département.

« Le lieu de vacances n’est pas forcément le lieu de contamination, et inversement », explique Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), estimant que l’augmentation de cas dans un département ne peut pas être automatiquement reliée à l’arrivée de touristes. « Il faut surtout essayer de comprendre la dynamique d’évolution des contaminations : est-ce que ces personnes sont venues dans un endroit en étant déjà contaminées ? Ont-elles été contaminées sur place ? En fonction du lieu, dans quel contexte ont-elles été contaminées ? Il faut trouver le dénominateur commun pour identifier les clusters », détaille-t-il.

Brassage des populations

La période estivale est toute fois bel et bien synonyme de brassage de population. Certaines régions, qui ont une faible densité de population le reste de l’année, sont prises d’assaut pendant les vacances d’été. Si le taux d’incidence d’un département ne prend pas en compte les touristes contaminés, ces derniers peuvent tout de même transmettre le virus aux habitants locaux, augmentant automatiquement le nombre de personnes positives dans le département.

« Même si vous restez en famille, vous allez croiser la population locale dans les commerces ou les marchés, donc vous augmentez la probabilité que l’épidémie, qui peut venir du fait touristique, se propage aux habitants locaux », explique Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et en évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, « sans compter les résidents de ces zones qui travaillent dans le tourisme et qui sont donc en permanence au contact des vacanciers », ajoute-t-il.

Pour beaucoup, les vacances riment aussi avec restaurants, bars ou boîtes de nuit. « Que ce soit pour les locaux qui sortent le soir après le boulot ou pour les touristes qui profitent de leurs vacances, ces sorties, qui peuvent se dérouler en lieux clos, sont synonymes de relâchement des gestes barrières, et donc, de contaminations », analyse Mircea Sofonea. « On prête aux chiffres plus que ce qu’ils ne peuvent dire. Ils doivent être consolidés pour être significatifs », met en garde Laurent Chambaud, qui plaide pour des enquêtes de contamination.