Coronavirus : « La fin de l'isolement des cas contact vaccinés est logique pour inciter à prendre rendez-vous sur Doctolib »

INTERVIEW Pour Michaël Rochoy, « il faut faire confiance aux gens, la plupart sont conscients que même négatif, il faut rester vigilant quelques jours »

Propos recueillis par Manon Aublanc

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Un test PCR nasopharyngé, ici à Nice. (illustration)
Un test PCR nasopharyngé, ici à Nice. (illustration) — SYSPEO/SIPA
  • Le gouvernement envisage de lever l’isolement obligatoire pour les personnes entièrement vaccinées contre le coronavirus, désignées cas contact, mais testées négatives.
  • Jusqu’ici, les personnes identifiées comme cas contact pouvait réaliser un premier test antigénique immédiatement, mais même en cas de résultat négatif, ces personnes devaient respecter un isolement de sept jours.
  • Selon plusieurs médias, l’isolement des personnes positives, même entièrement vaccinées, devrait passer à dix jours, contre sept actuellement.

C’est une nouvelle qui devrait ravir les personnes vaccinées. Le gouvernement envisage de lever l’isolement des personnes entièrement vaccinées contre le coronavirus, désignées cas contact, mais testées négatives, a confirmé le Premier ministre, Jean Castex, au 13 Heures de TF1, ce mercredi.

« Les personnes qui ont deux doses, jusque-là, devaient s'isoler. Les analyses faites sur ces personnes montrent qu’elles n’ont plus de chance d’attraper la maladie », a-t-il justifié. Une mesure annoncée, mardi sur RTL, par Olivier Véran, le ministre de la Santé : « Ce qui pourrait être acté, c’est que lorsque vous êtes totalement vacciné, vous n’êtes plus cas contact quand vous avez été au contact d’une personne malade », avait-il déclaré avançant qu’avec un schéma de vaccination complet, « le risque de faire des formes graves est encore beaucoup plus faible ». 

Pour comprendre cette décision, 20 Minutes a interrogé Michaël Rochoy, médecin généraliste, chercheur en épidémiologie et membre du collectif « Du côté de la science ».

Lever l’isolement des cas contacts vaccinées, mais testées négatives, ne risque-t-il pas d’augmenter les contaminations ?

Le schéma vaccinal complet ne supprime pas le risque d’être porteur ou de transmettre le virus, mais il le diminue fortement. De façon simple, si vous êtes vacciné, vous avez vos anticorps qui sont prêts à bondir, ils peuvent neutraliser le virus avant d’être malade. C’est une sorte de combat entre vos anticorps et le virus, qui a moins le temps de se répliquer, donc vous êtes moins contagieux et vous faites des formes qui sont moins graves. Même si aucune étude définitive n’a été publiée, on sait maintenant que le vaccin limite la contagion, le fait d’être porteur du virus et de faire des formes graves.

Avec l’isolement des cas contact, il y a un enjeu sociétal et économique. Il faut essayer d’isoler le moins possible, c’est certain. Et puis, il faut faire confiance aux gens. Oui, les cas contacts vaccinés, mais testés négatifs, n’auront plus à s’isoler, mais la plupart sont conscients qu’il faut rester vigilants quelques jours. On n’enlève pas son masque au cinéma et on ne mange pas avec 40 personnes, même si on est négatif.

Cette stratégie du gouvernement est-elle compréhensible ?

Tout dépend du projet des autorités. Si le projet, c’est de limiter la transmission au maximum, c’est sûr qu’il faut mieux considérer que les gens restent cas contact. Mais si le but, c’est d’inciter les gens à se faire vacciner, à prendre rendez-vous sur Doctolib, de montrer qu’on retrouve une vie normale dès qu’on est vacciné, cette mesure est logique et c’est plutôt ce vers quoi on tend.

Le problème, c’est que pour savoir si c’est une bonne mesure, il faudra déjà connaître les seuils d’acceptabilité, c’est-à-dire définir des seuils de mortalité, d’occupation de lits de réanimation, de contaminations quotidiennes. Tant qu’on n’aura pas défini des seuils d’acceptabilité, on ne sera pas fixés. Prenez le nombre de morts du coronavirus. Actuellement, il n’y a plus que 30 décès par jour, c’est 3 fois plus que le nombre de morts quotidiens d’accidents de la route. Si on considère que 30 morts par jour, c’est acceptable, alors les mesures sont acceptables, si on considère que ça ne l’est pas, il ne faut pas relâcher les mesures et il faut même en prendre des nouvelles. Au final, on discute de nouvelles mesures, mais sans avoir d’objectif. Donc, on attend des objectifs qu’on n’a pas fixés, cela n’a pas de sens.

Pourquoi l’isolement est-il passé à dix jours au lieu de sept actuellement ?

C’est une mesure qui s’adapte au variant Delta. Il est plus transmissible, plus contagieux, donc, assez logiquement, on augmente l’isolement pour que ce soit plus efficace. Mais ces périodes d’isolement restent des estimations. Certaines personnes sont toujours contagieuses deux semaines après, d’autres ne le sont plus au bout de trois jours. Là, augmenter à dix jours, au lieu de sept actuellement, c’est de la réduction de risque, mais un risque qu’on est prêt à prendre.

C’est la même chose avec le pass sanitaire, On considère que, si on est vacciné ou qu’on a un test négatif, le risque est minime et acceptable. Bien sûr, il y aura toujours des gens qui vont passer à travers les mailles du filet, mais c’est le risque considéré comme « acceptable » par le gouvernement.

Le retrait du masque dans les lieux nécessitant le pass sanitaire est-il prématuré ?

Les masques, ce n’est pas pareil. Pour les endroits où c’est désormais possible de retirer son masque, il faut soit présenter un schéma vaccinal complet, soit un test PCR. Mais avec le test PCR, il y a plus de chance d’avoir des personnes contaminées. On parle de lieux clos. Si on enlève son masque au cinéma, ça va être dramatique, des salles entières vont se faire contaminer sans rien comprendre, c’est une très mauvaise idée. Autant la question de l’isolement est très personnelle, autant celle du masque en lieu clos, c’est collectif, ça touche des foules.