Coronavirus : Incubation, contagiosité… Pourquoi le variant Delta est-il si problématique ?

CONTAGION Outre une contagiosité beaucoup plus élevée, le variant Delta a la particularité d’avoir un délai d’incubation plus court, rendant la personne infectée plus rapidement contagieuse

Anissa Boumediene

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Plus contagieux, plus silencieux et avec une période d'incubation plus courte, le variant Delta s'est imposé en quelques semaines dans l'Hexagone.
Plus contagieux, plus silencieux et avec une période d'incubation plus courte, le variant Delta s'est imposé en quelques semaines dans l'Hexagone. — UGO AMEZ/SIPA
  • En quelques semaines, le variant Delta s’est imposé dans l’Hexagone, où il représente la majorité des nouveaux cas et entraîne une flambée des contaminations.
  • Ce variant est plus contagieux que la souche originelle du coronavirus, mais aussi plus que le variant Alpha, majoritaire en France avant lui.
  • De plus, le variant Delta est assorti d’une période d’incubation plus courte et de symptômes moins évocateurs. Un cocktail favorisant la hausse des contaminations.

Une progression exponentielle. Encore peu présent en France fin mai, le variant Delta représente aujourd’hui la majorité des nouvelles contaminations, qu’il a fait exploser ces derniers jours en raison de sa plus forte contagiosité.

En 24 heures, le nombre de nouvelles contaminations au Covid-19 a grimpé à 18.000, contre moins de 7.000 une semaine auparavant, s’est alarmé mardi le ministre de la Santé, Olivier Véran, selon qui cette hausse, due au variant Delta, est inédite. Mais comment expliquer cette flambée ?

Une propagation éclair

Près de 20.000 nouvelles contaminations en vingt-quatre heures, « cela veut dire que nous avons une augmentation de la circulation du virus de l’ordre de 150 % sur une semaine : nous n’avons jamais connu cela, ni avec [la souche historique du] Covid, ni avec le variant anglais, ni avec le sud-africain ni avec le brésilien », a relevé le ministre de la Santé.

Propagation éclair, c’est ainsi que l’on pourrait résumer la progression du Delta dans l’Hexagone en quelques semaines. Alors qu’il n’est présent que dans 0,2 % des prélèvements effectués lors de l’enquête Flash de Santé publique France (SpF) le 11 mai, dans l’enquête suivante du 25 mai, il représente 1 % des cas. C’est ensuite que tout s’emballe : « Actuellement en France, 2 à 4 % des tests positifs que nous criblons correspondent à du variant indien », déclare Olivier Véran le 15 juin. Une semaine plus tard, il représente « entre 9 et 10 % » des nouveaux cas, indique le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Et le 9 juillet, Olivier Véran prévient : le variant Delta « est en train progressivement de remplacer toutes les autres souches du coronavirus qui existaient et il sera bientôt majoritaire, probablement ce week-end, dans notre pays ».

C’est aujourd’hui le cas : « le variant Delta (a été) détecté dans 55 % des cas confirmés séquencés dans (la dernière) enquête Flash, confirme SpF dans son dernier bulletin épidémiologique. Il est désormais majoritaire en métropole ». Et il « poursuit sa progression rapide en Europe et au niveau mondial, touchant désormais plus d’une centaine de pays, ajoute-t-elle dans son analyse de risque sur les variants du Covid-19, menée conjointement avec le Centre national de référence des virus respiratoires le 15 juillet. Dans les pays les plus touchés, on observe une augmentation des cas et des hospitalisations, plus ou moins importante selon les pays, notamment au Royaume-Uni, au Portugal, en Russie » ou encore en Inde.

Période d’incubation plus courte et charge virale 1.260 fois plus élevée

Comment expliquer la vitesse fulgurante à laquelle se propage le variant Delta ? Il « se caractérise par une compétitivité accrue par rapport aux autres variants, notamment le variant Alpha, et il est probable qu’il soit déjà majoritaire au niveau mondial ou soit en train de le devenir », assure Santé publique France. En cause : sa plus haute transmissibilité, « environ 2 fois plus » élevée que « les virus historiques et que les variants Alpha (environ 40 à 60 % plus transmissible), Beta (environ 60 %) et Gamma (environ 30 %) ».

Cerise sur le Covid : avec le variant Delta, une personne infectée serait contagieuse deux jours plus tôt qu’avec les autres souches, selon les conclusions d’une étude menée par des chercheurs du Centre de contrôle et de prévention des maladies de Guangzhou en Chine, prépubliée sur le site medRxiv il y a quelques jours. En réalisant quotidiennement des tests PCR sur un échantillon de personnes infectées par le Delta, les chercheurs ont déterminé que le délai d’incubation, de 6 jours en moyenne avec la souche historique, s’était raccourci avec le variant Delta, pour passer à 4 jours entre l’exposition au virus et la manifestation des premiers symptômes. Ils ont en outre découvert qu’avec ce variant, les malades présentaient une charge virale « 1.260 fois plus élevée » que la première souche, suggérant que ce variant est « beaucoup plus infectieux au stade précoce de l’infection ». En clair : il entraîne des contaminations cachées avant l’apparition des premiers symptômes. De quoi expliquer l’explosion mondiale.

Des symptômes moins évocateurs

Explication supplémentaire à cette flambée épidémique : le variant Delta se manifeste par une symptomatologie un peu différente​ des souches précédentes. Selon les données de l’étude Zoe Covid Symptom menée par des chercheurs du King’s College de Londres, mal de tête, mal de gorge et écoulement nasal, fièvre et toux sont les symptômes les plus fréquemment décrits par les personnes contaminées par le variant Delta. Avec lui, la perte du goût ou de l’odorat est plus rare. Et chez les plus jeunes, chez qui le variant est en forte progression, la maladie ressemble souvent à un simple rhume ou à une gastro-entérite. Des symptômes peu graves dans cette tranche d’âge qui poursuit ses activités sociales, favorisant la propagation du variant, qui peut être plus grave s’il contamine des personnes plus fragiles.

Alors que rien n’indique, pour l’heure, une létalité accrue par rapport aux autres souches, « des données préliminaires suggèrent une augmentation du risque d’hospitalisation et de formes sévères en lien avec ce variant par rapport au variant Alpha », observe Santé publique France, qui insiste sur l’intérêt de la vaccination anti-Covid. « En cas de schéma vaccinal complet, l’efficacité des vaccins Pfizer et AstraZeneca contre ce variant demeure élevée contre les formes symptomatiques et très élevée contre les formes graves. Toutefois, l’efficacité de ces vaccins est limitée après une seule dose, incitant fortement à intensifier la vaccination », insiste l’agence sanitaire.

Des risques qui ont poussé le chef de l’Etat à étendre le pass sanitaire, dans le but – réussi – de convaincre des Français jusque-là hésitants ou réticents de sauter le pas de la vaccination. En quelques jours, plus de 5 millions de rendez-vous ont ainsi été pris sur les plateformes de réservation en ligne.