Coronavirus : Quatre mois après, 61 % des patients atteints d’une forme grave du Covid-19 toujours symptomatiques

ETUDE Le CHU de Toulouse a mené une étude poussée sur les cas de Covid-19 atteint d’une forme pulmonaire grave lors de la première vague de l’épidémie

Béatrice Colin

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Le suivi d'un patient Covid-19 dans le service pneumologie de Larrey, au CHU de Toulouse.
Le suivi d'un patient Covid-19 dans le service pneumologie de Larrey, au CHU de Toulouse. — Tristan Reynaud/SIPA
  • Une étude complète publiée par le CHU de Toulouse montre que 61 % des patients Covid atteints d’une forme grave au niveau des poumons conservent des symptômes quatre mois après.
  • Fatigue et difficultés respiratoires sont les principaux symptômes, certains ont des séquelles encore visibles sur les scanners plusieurs semaines après.
  • A un an, les améliorations sont toutefois notables, notamment grâce à la rééducation respiratoire.

Au printemps 2020, les hôpitaux ont dû faire face à une arrivée massive de patients atteints d’une forme grave de Covid-19, la plupart souffrant de complications pulmonaires. Plus d’un an après, les responsables de service de pneumologie continuent à suivre certains d’entre eux. Il faut dire que des patients ont eu des semaines après avoir été infectés des symptômes persistants.

C’est ce que montre une étude réalisée au cours de l’été dernier et parue récemment dans sa version complète. Elle a été menée par les équipes du CHU de Toulouse sur 72 patients ayant développé une forme grave de pneumopathie inflammatoire, hospitalisés pour la plupart en réanimation ou soins intensifs au cours de la première vague. « Quatre mois plus tard, si la plupart étaient rentrés chez eux, 61 % étaient symptomatiques, avec pour principal symptôme une gêne respiratoire pour 44 % des patients, mais aussi de la fatigue pour 31 % », explique Elisa Noël-Savina, pneumologue au CHU de Toulouse et co-autrice de l’étude. Qu’ils soient passés en réanimation ou aient été hospitalisés dans un service traditionnel, les patients ont des symptômes identiques quel que soit le degré de sévérité initiale. « Cela montre bien que c’est mutlifactoriel », poursuit Elisa Noël-Savina.

Une gêne respiratoire aux origines multiples donc, que ce soit les séquelles de l’inflammation sur le parenchyme du poumon, son tissu fonctionnel, ou encore le déconditionnement après le passage en réanimation. Il y a aussi le syndrome d’hyperventilation dont souffrent de nombreux patients atteints d’un Covid long. Si tout est normal lors des examens, ainsi qu’au scanner, ils ont du mal à respirer normalement. « Sur la première vague, le Covid a été une sorte de gros traumatisme, avec un stress post-traumatique qui pouvait se manifester par ce syndrome d’hyperventilation. Il serait intéressant de voir ce qu’il en est après les vagues suivantes, il y avait certainement moins d’angoisse sur ce qui allait se passait après pour les patients puisqu’on avait déjà vécu la première vague », explique la pneumologue.

Amélioration à un an

Les traitements ont aussi évolué entre mars 2020 et l’automne ou le printemps dernier. La prescription de corticoïdes a ainsi permis de limiter les séquelles. Reste que tous ceux qui avaient eu des formes sévères lors de la première vague, n’avaient pas un scanner normal quatre mois après. Dans 23,6 % des cas, leurs poumons ne se gonflaient plus complètement lors de la respiration ou ils souffraient d’un dysfonctionnement du muscle respiratoire dans plus de 18 % des cas.

« Sur les scanners, il y avait beaucoup de séquelles de pneumopathies inflammatoires qui persistaient. Mais à un an, les choses s’améliorent. Ce n’est pas irréversible, ce qui est important pour motiver les patients pour les exercices respiratoires qui permettent la réhabilitation du muscle. Certains ont besoin d’oxygène encore à quatre mois, mais on arrive à les sevrer », poursuit la pneumologue. Le nettoyage du parenchyme du poumon se fait lui naturellement, mais cela peut prendre du temps.