« Ségur de la santé » : Un an après, les augmentations de salaire n'ont pas calmé la colère

BILAN Le 21 juillet 2020, les accords du « Ségur de la santé » promettaient une amélioration des salaires et conditions de travail des professionnels de la santé à l’hôpital, en clinique et dans les Ehpad

Oihana Gabriel
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Une manifestation d'infirmière au CHU de Rennes le 17 mai 2021.
Une manifestation d'infirmière au CHU de Rennes le 17 mai 2021. — Mathieu Pattier/SIPA
  • Le ministère avait promis lors des accords du « Ségur de la santé » 8,2 milliards d’euros pour la revalorisation des soignants.
  • Mais un an après, des maternités aux urgences, en passant par les Ehpad, beaucoup de soignants tirent (toujours) la sonnette d’alarme.
  • Alors qu’une quatrième vague se dessine en France, l’anniversaire du « Ségur » est une occasion pour ces soignants de répéter leurs revendications. Notamment en demandant un référendum d’initiative partagée pour sauver l’hôpital public.

Ce devait être un big bang de la santé. Il y a un an, le 21 juillet, les longues concertations débouchaient sur 33 mesures baptisées le «Ségur de la santé». Objectif : améliorer les conditions de travail, salaires et attractivité des carrières dans les hôpitaux et Ehpad, en particulier pour les paramédicaux. Un rendez-vous manqué ? 20 Minutes fait le point.

Plus de 8 milliards d'euros pour des revalorisations salariales

Le ministère a débloqué une enveloppe de 8,2 milliards d’euros pour augmenter les salaires. Qui s’est traduit cette année en trois épisodes : en septembre, une première tranche a permis une augmentation de 90 euros net mensuels, puis en décembre une seconde pour atteindre les 183 euros promis. Qui a touché près de 2 millions de professionnels des établissements de santé publics et privés et des Ehpad : infirmiers, aides-soignants, sages-femmes, manipulateurs radio, secrétaires médicaux…

Une troisième étape, en avril 2021, prévoit une revalorisation des carrières pour 500.000 paramédicaux, en fonction de l’ancienneté : 107 euros mensuels de plus pour une infirmière au bout d’un an, 278 après vingt ans de travail. Une revalorisation qui attendra le 1er octobre 2021 dans le public et 2022 dans le privé. « Un coup de pouce historique », salue Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Le malaise perdure

Cet effort semble malgré tout insuffisant : ces annonces n’ont pas stoppé les départs des hôpitaux. Dans le public comme le privé, puisque la Fédération de l’hospitalisation privée s’émeut également de « pénuries alarmantes de professionnels de santé, notamment paramédicaux ». Inquiétant, alors que la France risque d’affronter une quatrième vague de Covid-19 et que le personnel soignant a besoin de vacances…

« Dans le groupe hospitalier Nord de Paris, les augmentations de salaire ont diminué un peu le nombre de postes vacants, reconnaît Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat (APHP) et membre du Collectif Inter Hôpitaux (CIH). Mais nous avons toujours 500 lits fermés sur 4.500 pour cause de manque de personnel. » Une preuve parmi d’autre que l’hôpital a du mal à séduire et garder ses équipes. « Avant le Ségur, nous étions à -20 % du salaire moyen européen, aujourd’hui nous sommes à -10 %, on continue à être exploité », tempête Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. « Pour que ça marche, il faudrait arriver plutôt à une augmentation de 500 euros par mois », avance Olivier Milleron.

Des conditions de travail toujours dégradées

Surtout, beaucoup argumentent que les conditions de travail n’ont pas bougé d’un iota. Le sous-effectif chronique, le manque de temps, le changement de planning ou de service découragent certains. « La seule amélioration après le Ségur, c’est le salaire, relève Guillaume Gontard, président de la Fédération Nationale des associations d'aides-soignants (Fnaas). Mais il faut vraiment attaquer le chantier de la refonte du système de santé. »

Un bilan de demi-teinte reconnu par le président de la Fédération hospitalière de France : « Sur les quatre chantiers ouverts, il reste à aborder celui du financement du système, de la simplification et l’approche territoriale. » « L’attractivité passe par les salaires, mais pas uniquement : il faut que notre travail ait un sens, qu’on ne nous oblige pas à choisir les patients rentables et qu’on ne soit pas sous la coupe de petits chefs déconnectés du terrain », poursuit Olivier Milleron. Justement, la question du management reste entière. Dans un communiqué, l’Association des Médecins Urgentistes de France pointe « le management hospitalier qui devrait être bienveillant au regard de la situation est trop souvent autoritaire, parfois harceleur et exigeant la soumission ».

Depuis des années, certains soignants demandent que les moyens soient adaptés en partant du terrain. Avec une définition de ratios soignant par patient en fonction des besoins, pas des moyens de l’hôpital. Un travail toujours en cours… Mais après une première vague du Covid-19 où les soignants ont pu prendre quelques libertés, les mesures d’économie sont revenues au galop.

Imposer la santé dans la campagne électorale

« Les gens qui se sont donné du mal pendant le Covid-19, pendant le Ségur, ont l’impression que ça n’a servi à rien, souffle Olivier Milleron. On demandait un changement de philosophie pour l’hôpital. Ce qu’avait dit Macron d’ailleurs : « il faut voir la santé comme une chance, et pas comme un coût ». Mais à l’hôpital, on est reparti dans les raisonnements comptables. » Même regret du côté de Thierry Amouroux : « Les gestionnaires nous demandent d’enchaîner des actes techniques ». Une occasion manquée de bouleverser notre système de santé alors que le problème des inégalités, des déserts médicaux, du manque de communication entre ville et hôpital perdurent et s’aggravent.

Beaucoup regardent vers 2022, sachant que les prochains mois ne seront pas propices à mener de grandes réformes. « Il y a un bien un jour où on va sortir de cette crise du Covid-19 !, espère Frédéric Valletoux. Il faut faire de la santé un sujet majeur de la campagne. »

Justement, le collectif « Notre hôpital, c’est vous », passe à l’action. Avec d’autres associations, il a déposé une proposition de loi pour « l’accès universel à un service public hospitalier de qualité », mercredi 7 juillet, au Conseil constitutionnel. Objectif ? Ouvrir un référendum d’initiative partagée (RIP) sur ce texte. « Qui reprend nos principales revendications sur la gouvernance, le mode de financement, les conditions de travail », détaille Olivier Milleron. A quelques mois de l’élection, il espère que cette initiative fera assez de bruit pour que la santé devienne un sujet incontournable dans le débat présidentiel. « Et pas seulement la sécurité ! »