Polio, tétanos, rougeole… La pandémie a causé un dangereux retard dans la vaccination des enfants, alerte l’ONU

EPIDEMIE L’ONU souligne qu’il est important que la distribution des vaccins anti-Covid ne se fasse pas aux dépens des programmes de vaccination infantile

M.F avec AFP
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L'ONU a sonné l'alarme devant le dangereux retard pris dans la vaccination des enfants à cause de la pandémie de Covid-19.
L'ONU a sonné l'alarme devant le dangereux retard pris dans la vaccination des enfants à cause de la pandémie de Covid-19. — Rafael Ben-Ari/Chameleons Eye/Newscom/SIPA

A trop se concentrer sur la lutte contre le Covid-19, certains pays ont mis de côté la campagne des vaccins essentiels pour les enfants. Un retard dangereux qui, s’il n’est pas rattrapé, fait craindre une « catastrophe absolue » en 2021, a mis en garde la docteure Kate O’Brien, directrice du département « vaccination » de l'Organisation mondiale de la santé, à Genève.

La pandémie a forcé à détourner ressources et personnels vers la lutte contre le Covid, nombre de services de soins ont dû fermer ou réduire leurs horaires. Les gens ont aussi été réticents à se déplacer de crainte de se contaminer, quand les mesures de confinement ne le leur interdisaient pas. Des enfants non protégés et une levée trop rapide des restrictions sanitaires contre le Covid – qui protégeaient aussi en partie de certaines maladies infantiles – font déjà sentir leurs effets, avec par exemple des éruptions de rougeole au Pakistan, a souligné la responsable de l’OMS.

« Morts et en perte de qualité de vie des plus vulnérables »

En 2020, 23 millions d’enfants sont passés à travers les mailles du filet et n’ont pas reçu les trois doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche ou DTP3, qui sert de mesure de référence, selon les chiffres publiés jeudi par l’OMS et l’Unicef. C’est le plus grand nombre depuis 2009 et cela touche 3,7 millions d’enfants de plus qu’en 2019. Plus grave encore, aux yeux des deux agences de l’ONU, 17 millions d’enfants, qui vivent pour la plupart soit dans des zones de conflit, des endroits reculés ou des bidonvilles privés d’infrastructures de santé, n’ont sans doute eu aucune dose l’année dernière.

Ces chiffres « sont un signal d’alarme clair, la pandémie de Covid-19 et les perturbations qu’elle a causées nous ont fait perdre un précieux terrain que nous ne pouvons nous permettre de céder et les conséquences vont se payer en morts et en perte de qualité de vie des plus vulnérables », a insisté la directrice de l’Unicef Henrietta Fore, rappelant que la « pandémie a encore dégradé une situation qui était déjà mauvaise ».

Chute de la couverture DPT3 en Asie

L’Asie du Sud-Est a été très affectée par les perturbations causées par la pandémie et le taux de couverture DPT3 a chuté de 91 % à 85 % en 2020 en Inde, qui comptait le plus grand nombre d’enfants sous-vaccinés ou pas vaccinés du tout l’année dernière : 3,5 millions. Le Pakistan, l’Indonésie et les Philippines ont aussi vu le nombre d’enfants non protégés augmenter.

L’ONU souligne qu’il est important que la distribution des vaccins anti-Covid ne se fasse pas aux dépens des programmes de vaccination infantile. « Alors que les pays crient pour mettre la main sur des vaccins anti-Covid, nous avons reculé sur d’autres vaccinations, mettant les enfants en danger d’attraper des maladies graves mais évitables comme la rougeole, la polio ou la méningite », a rappelé le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Plusieurs épidémies seraient une catastrophe pour des communautés et systèmes de santé qui luttent déjà contre le Covid-19, rendant plus urgente que jamais la nécessité d’investir dans la vaccination infantile ».