Coronavirus : Comment ça va se passer avec la fin des tests PCR et antigéniques gratuits ?

EPIDEMIE A partir de cet automne, les dépistages du Covid-19 deviendront payants, sauf sous ordonnance

Marie De Fournas
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La levée de la gratuité des tests de dépistage du Covid-19 pourrait bien impacter les Français, la campagne vaccinale, mais aussi le budget de la sécu.
La levée de la gratuité des tests de dépistage du Covid-19 pourrait bien impacter les Français, la campagne vaccinale, mais aussi le budget de la sécu. — ISA HARSIN/SIPA
  • Selon les prix indiqués par l’Assurance maladie, il faudra débourser 49 euros pour un test PCR et 25 euros pour un test antigénique.
  • En facturant les tests comme c’est le cas dans de nombreux pays européens, le gouvernement espère encourager la vaccination.
  • Avec près de 1.7 millions de tests réalisés par semaine ces derniers temps, l’Assurance maladie pourrait bien faire quelques économies en ne les remboursant plus.

Jusqu’à présent, les Français n’étaient globalement pas très enthousiastes à l’idée de se voir enfoncer un coton-tige géant dans le nez. Bientôt, ils le seront encore moins, car ils devront (en plus) payer pour ça. Dans son allocution aux citoyens lundi, Emmanuel Macron a en effet confirmé que « cet automne, les fameux tests PCR seront rendus payants ». Le président a précisé que les tests de dépistage du Coronavirus seront tout de même remboursés lorsqu’il s’agira d’une « prescription médicale ».

Si Emmanuel Macron n’a pas mentionné les tests antigéniques, il est probable que ces derniers soient également facturés puisque le gouvernement entend par cette mesure « encourager la vaccination plutôt que la multiplication des tests ». Or avec l’extension du pass sanitaire à de nouveaux lieux et activité, les personnes non vaccinées risquent d’avoir encore plus recours à ces tests.

Pourquoi les tests deviennent-ils payants ?

Cette décision va dans le sens de la recommandation formulée le 23 juin dernier par l’Académie nationale de Médecine. Celle-ci soulignait dans un communiqué que « le recours répété aux tests RT-PCR ou antigéniques qui sont offerts gratuitement sur le sol français » était des facteurs qui pouvaient « détourner les individus de la vaccination ». L’Académie recommandait donc de suspendre le remboursement des tests lorsqu’ils sont réalisés pour l’obtention d’un pass sanitaire, voyager ou participer à des événements collectifs. Bref, des tests de « conforts » comme les appellera quelques jours plus tard Gabriel Attal évoquant l’éventualité de les faire payer dès la rentrée.

Difficile de dire si c’est cette annonce qui a convaincu les Français ou plutôt celle de l’extension du pass sanitaire au lieu de culture et de loisir mi-juillet, ainsi qu’aux restaurants, bars, café et centres commerciaux début août. Toujours est-il que depuis la prise de parole d’Emmanuel Macron lundi, 1,5 million de Français ont pris rendez-vous sur Doctolib pour se faire vacciner.

Quand est-ce qu’on paye et quand est-ce qu’on ne paye pas ?

Comme l’a indiqué le Président, les tests resteront gratuits pour les citoyens français à condition qu’ils aient une ordonnance de leur médecin. Interrogé sur la question le ministère de la Santé nous indique que cela sera possible pour les personnes avec des « symptômes évocateurs » afin de confirmer un cas suspect de Covid-19, « ou lorsque l’on est personne contact » pour mener des enquêtes de traçage en aval et en amont des cas confirmés.

Dans tous les autres cas, c’est-à-dire voyager en train, car ou avion, aller au restaurant, café, bar ou dans un centre commercial, se rendre dans un lieu de culture ou de loisir avec plus de 50 personnes, les personnes non vaccinées devront payer leur test pour valider leur pass sanitaire.

Combien cela va coûter ?

Si les tests étaient jusqu’alors gratuits en France, la pratique faisait plutôt figure d’exception. « C’est unique en Europe, nous indique-t-on au ministère de la Santé. Pour une personne asymptomatique souhaitant se faire tester, il faut ainsi débourser près de 120 euros en Allemagne ou en Espagne, jusqu’à 350 euros au Royaume-Uni. »

Interrogée sur cette question, la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) nous indique que « le tarif d’un test RT-PCR est de 49 euros et celui d’un test antigénique en pharmacie est de 25 euros ». Pour qu'ils soient appliqué, Emmanuel Macron a indiqué qu’il « convoquerait le parlement en cession extraordinaire pour l’examen d’un projet de loi » sur cette mesure. 

Quelle économie pour la Sécurité sociale ?

Déjà complètement plombé en 2020 par les dépenses liées à la pandémie, le déficit de la Sécu s’élèvera à 38,4 milliards d’euros en 2021. La Commission des comptes de la Sécurité sociale évaluait notamment les dépenses pour payer les tests, les vaccins et les autres surcoûts (hôpitaux, arrêts de travail) liés à la troisième vague de Coronavirus en début d’année à 8,2 milliards d’euros.

Un chiffre pas vraiment étonnant puisque la direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (Drees) estime qu’entre le 1er mars 2020 et le 4 juillet 2021, « environ 100,2 millions de tests antigéniques et RT-PCR ont été validés par un professionnel de santé », dont 20,6 millions de tests antigéniques. Multiplié par les prix indiqués par la Cnam, on arrive à près de 4,4 milliards d’euros. Si la Drees enregistre un recul du nombre de tests depuis début avril, leur nombre reste tout de même élevé. Par exemple, entre le 21 et le 27 juin 2021, 1.769.800 tests RT-PCR et antigéniques ont été validés, dont 25,4 % de tests antigéniques. Cela représente 75,9 millions d’euros de dépenses. Leur facturation pourrait donc alléger en partie les dépenses de la Sécurité sociale.