Coronavirus : Pourquoi plus de 6.700 enfants de moins de 12 ans ont-ils déjà été vaccinés contre le Covid-19 ?

EPIDEMIE Bien que cette tranche d’âge ne soit pas encore éligible à la vaccination, à ce jour, 6.782 enfants de moins de 12 ans ont d’ores et déjà reçu au moins une dose de vaccin anti-Covid, selon les chiffres du ministère de la Santé. Et il y a une raison bien précise à cela

Anissa Boumediene
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Plus de 6.700 enfants de moins de 12 ans ont reçu au moins une première dose de vaccin anti-Covid.
Plus de 6.700 enfants de moins de 12 ans ont reçu au moins une première dose de vaccin anti-Covid. — SOPA Images/SIPA
  • Depuis quelques semaines, les enfants de plus de 12 ans peuvent, si eux et leurs parents le souhaitent, se faire vacciner contre le coronavirus.
  • Pour les plus jeunes en revanche, la vaccination anti-Covid, bien qu’étudiée, n’est pas encore à l’ordre du jour.
  • Pourtant, 6.782 enfants de moins de 12 ans ont déjà reçu le vaccin anti-Covid, et ce pour des raisons de santé.

Ils n’y sont pas encore éligibles. Et pourtant, selon les chiffres du ministère de la Santé, plus de 6.700 enfants de moins de 12 ans ont d’ores et déjà été vaccinés en France contre le coronavirus, bien qu’aucun vaccin anti-Covid n’ait pour l’heure reçu d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette tranche d’âge.

Alors, comment expliquer que ces milliers de jeunes enfants aient déjà reçu au moins une première dose ?

A quelles conditions les enfants peuvent-ils aujourd’hui se faire vacciner ?

Depuis le 15 juin, les enfants de plus de 12 ans sont éligibles à la vaccination, s’ils en formulent le souhait et qu’ils obtiennent l’accord de leurs parents. A ce jour, 817.704 adolescents de 12 à 17 ans ont reçu leur première dose, et 86.762 sont aujourd’hui complètement vaccinés. Dans ce cas, ils reçoivent deux doses du vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech, le seul à ce jour à avoir reçu une AMM pour ce jeune public.

Et la limite d’âge est stricte. Le ministère de la Santé le rappelle clairement sur son site aux moins de 12 ans : « Pour l’instant, je ne peux pas me faire vacciner ». La raison : « il y a peu d’études sur les effets de la vaccination anti-Covid chez les moins de 12 ans, indique Sylvie Hubinois, pédiatre et ancienne présidente de l'Association française de pédiatrie ambulatoire. En l’absence de données sur l’efficacité et l’innocuité (…), cette restriction, qui pourrait évoluer dans les prochains mois, est pour l’heure justifiée ». Aujourd’hui, « plusieurs essais chez l’enfant sont en cours, ainsi qu’un essai avec le vaccin Pfizer chez les moins de 12 ans, complète le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dans un avis rendu le 8 juin. L’utilisation des vaccins chez les moins de 12 ans n’ayant, à ce jour, pas été évaluée. Ainsi, les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour envisager la vaccination dans cette population ».

Pourquoi certains enfants de moins de 12 ans ont-ils déjà reçu le vaccin ?

Ni passe-droit, ni erreur : si de jeunes enfants ont déjà reçu au moins une première dose, c’est parce que leur état de santé le commande. Dès le mois de mars, la Société française de pédiatrie (SFP) s’est ainsi prononcée sur la vaccination des enfants. Si « à ce jour, cette vaccination n’apparaît pas comme nécessaire chez l’enfant en population générale, cependant, un très petit nombre d’enfants à très haut risque de Covid-19 sévère pourrait être vacciné selon le même schéma que les adultes, dès que possible, malgré l’absence d’AMM », indiquait-elle. Sont ainsi concernés les jeunes patients atteints de « poly-endocrinopathie auto-immune », de « déficits immunitaires spécifiques de la voie de l’interféron de type I », ou encore de « prédisposition génétique aux encéphalopathies virales », cite la SFP.

« Il ne s’agit pas de vacciner tous les enfants ayant une pathologie respiratoire, précise le Dr Hubinois. Ne sont vraisemblablement concernés que des enfants ayant un important déficit immunitaire, congénital ou thérapeutique, suivis par des spécialistes. Si ce sont des indications très particulières pour des enfants fragiles à très hauts risques de formes graves, leur vaccination paraît justifiée, compte tenu de la résurgence de l’épidémie provoquée par le variant delta. Cela doit faire consensus, car même si c’est rare, on sait qu’il peut y avoir des formes graves chez les enfants. En revanche, souligne la pédiatre, il faut absolument que ce soit au cas par cas : il s’agit de prescriptions hors AMM, qui doivent être exceptionnelles. Mais ce cas de figure concerne tout de même plusieurs milliers d’enfants en France. Et pour chacun d’eux, avant toute prescription hors AMM, il faut faire la balance entre le bénéfice attendu du vaccin et le risque de développer une forme grave du coronavirus. Pour ces cas très particuliers, si on les vaccine, c’est précisément parce que la balance bénéfices/risques est favorable ».

« Il y a la possibilité de vacciner, y compris hors AMM, de jeunes enfants qui présenteraient des facteurs de risques de forme très sévère », a abondé l’épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl lors d’un point presse de Santé publique France le 2 juillet. Et « la très grande majorité correspond très vraisemblablement à ce genre de décision individuelle ».

Quel est l’âge des jeunes enfants vaccinés ?

Selon le tout dernier décompte du ministère de la Santé en date du 6 juillet, consultés par 20 Minutes, 6.782 enfants de moins de 12 ans avaient reçu au moins une dose de vaccin : 3.057 de moins de 4 ans, 1.272 âgés de 5 à 9 ans, et 2.453 chez les 10-11 ans. Et parmi eux, 1.149 étaient déjà totalement vaccinés. Des chiffres qui « reflètent la réalité », a confirmé Santé publique France le 2 juillet.

Ces chiffres correspondent toutefois à une couverture vaccinale extrêmement faible chez les moins de 12 ans, qui sont à ce jour moins de 0,1 % à avoir reçu au moins une première dose de vaccin.