Coronavirus : L’Euro 2021 va-t-il se transformer en scandale sanitaire ?

EPIDEMIE De plus en plus de cas de coronavirus sont rapportés chez les spectateurs et les fans de l’Euro 2021

Jean-Loup Delmas
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Des supporters dans un stade plein à l'Euro, probable source de contamination
Des supporters dans un stade plein à l'Euro, probable source de contamination — Ludovic MARIN / AFP
  • En pleine compétition, l’Euro 2021 est soupçonné d’être responsable d’une flambée de cas de coronavirus.
  • De plus en plus d’études montrent des clusters apparus pendant ou après les matchs chez les supporters.
  • Le choix des villes, notamment Londres et Saint-Pétersbourg, pose problème avec la flambée épidémique dans ces régions.

Ce vendredi, l’Espagne affronte la Suisse à Saint-Pétersbourg en quart de finale de l'Euro, en Russie. Un pays qui enregistre au même moment son quatrième jour d’affilée de record de décès quotidiens lié au coronavirus, avec 679 morts, et qui est plongé dans une troisième vague très violente de l’épidémie. Pourtant, le match de ce vendredi accueillera tout de même 30.000 spectateurs, avec une jauge maintenue à 50 % tout au long de la compétition, malgré la nouvelle situation sanitaire de Saint-Pétersbourg.

Pourtant, un précédent aurait pu – dû ? – permettre de baisser la jauge, voire de jouer à huis clos le match. Les 16 et 21 juin, la Finlande a joué contre la Russie et la Belgique à Saint-Pétersbourg, avec des hordes de spectateurs venus assister aux matchs. A leur retour au pays, près de 300 d’entre eux se font tester positif au Covid-19. Un chiffre tel que le maire d’Helsinki a reporté la levée des restrictions sanitaires de la capitale.

Clusters en puissance

La Russie n’est pas la seule nation sur le banc des accusations. L’Angleterre, où le variant Delta est ultra-majoritaire et qui connaît une flambée épidémique, a vu un déferlement d’Ecossais à Londres pour l’affiche Ecosse-Angleterre. De nombreuses vidéos montraient les légions de kilt envahir les pubs et chanter dans les bars, les avions, les rues. Un amusement jusqu’à la publication cette semaine d’un rapport publié par Public Health Scotland, comptabilisant  2.000 contaminations chez les Ecossais ayant assisté à au moins un match de l’Euro entre le 11 et le 18 juin, dont 1.300 pour le seul match Ecosse-Angleterre.

L’Euro se transforme-t-il en bombe sanitaire ? « On ne peut pas encore savoir l’impact que cela aura sur l’épidémie mais il est certain que cela crée des conditions favorables à la diffusion du coronavirus et du variant Delta », soutient Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Les villes d’accueil des matchs ont été choisies avant la compétition, uniquement sur des conditions de jauge et sur la promesse de fournir un nombre important de spectateurs pour l’aspect télégénique de la compétition. Un choix qui s’avère désastreux, même si selon le professeur, « L’UEFA ne reculera probablement pas, alors que des mesures devraient être prises, surtout au vu des choix des villes hôtes, Londres et Saint-Pétersbourg ».

Le stade et ses à-côtés

Anne Sénéquier, médecin et codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale, abonde : « Voir un match de football au stade, ce n’est pas assister à une partie d’échecs, il y a des cris, des chants, des enlacements… Tout ce qu’il ne faut pas faire en somme. » Mais au-delà du stade, il y a tout le reste : les déplacements de population même sans ticket juste pour vivre le match dans la ville hôte, comme ce fut le cas notamment des Ecossais à Londres. Or, là aussi, c’est le festival des non-gestes barrières : chants en lieux clos non ventilés, alcool et effusion de gestes tactiles à foison. « Il faut éviter les grands déplacements de population, au-delà des matchs à huis clos, c’est la présence massive de monde venu fêter le match dans une ville qui pose problème », rappelle Mahmoud Zureik.

Un problème pris très au sérieux par certains pays. Le match Angleterre-Ukraine se joue à Rome, mais l’Italie a interdit la venue des supporteurs anglais, en raison de la situation sanitaire outre-Manche. Une décision qu’Anne-Marie Trevelyan, ministre d’Etat britannique, a recommandé de suivre. « Les pays doivent prendre les décisions vu qu’il est peu probable que l’UEFA réagisse », plaide Mahmoud Zureik. Verre à moitié plein pour lui, à moitié vide pour Anne Sénequier. Selon la médecin, cette – bonne – décision illustre aussi le problème : « Des mesures sont prises par chaque pays sans qu’elles ne soient harmonisées. »

L’Euro seul fautif ?

Pour elle, il faut tout de même relativiser l’impact de cet Euro sur la circulation virale. Oui, il peut clairement l’accélérer, mais il ne sera pas seul responsable d’une reprise épidémique si elle survient : « On ne va pas mettre sur le dos de l’Euro une potentielle quatrième vague, ce sera juste un des ingrédients si cela reflambe, mais la recette est plus complexe. » Et de rappeler que cela n’a rien d'inéluctable. Elle prend l’exemple des fêtes de Noël, où de nombreux rassemblements familiaux avaient eu lieu sans qu’il n’y ait une explosion des cas, car les gens avaient fait très attention avant et après.

Il n’empêche pour Mahmoud Zureik, « c’est une chance pour la France de ne pas accueillir de matchs sur son sol et que ses supporteurs n’aillent pas à Saint-Pétersbourg ou Londres. » L’élimination face à la Suisse lundi aura peut-être freiné le variant Delta en France. Loin de ses craintes et de ses considérations, la jauge du stade de Wembley à Londres, qui accueille les deux demi-finales et la finale, passera à 75 % de sa capacité, soit 60.000 personnes, comme le souhaitait l’UEFA.