Coronavirus : Non, vous ne devez pas signer de décharge de responsabilité avant de vous faire vacciner

FAKE OFF Le journaliste André Bercoff, présentateur sur Sud Radio, a donné plusieurs fausses informations à l'antenne, mercredi, affirmant que les candidats à la vaccination devaient signer une décharge de responsabilité. Sauf que le document sur lequel il s'appuie est un faux produit par un site anti-vaccination

Tom Hollmann
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La signature d'un document (illustration)
La signature d'un document (illustration) — Pixabay
  • Les candidats à la vaccination contre le coronavirus doivent-ils signer un document déchargeant l'Etat et les laboratoires pharmaceutiques de toute responsabilité en cas d'éventuels effets secondaires graves ?
  • C'est ce qu'a affirmé mercredi le journaliste André Bercoff sur Sud Radio. 
  • Il s'agit d'une fausse information. La décharge n'existe pas et un dispositif de réparation est bien prévu en France en cas d'accident médical. Mais à l'heure actuelle, le nombre d'effets secondaires graves est extrêment faible. On fait le point.

Nous savions André Bercoff « dans tous ses états », tous les jours de 12h à 14h sur Sud Radio, mais nous ne nous attendions certainement pas à un tel niveau d’égarement. Le journaliste et présentateur, polémiste à ses heures, a lu, mercredi 30 juin, un mystérieux document à ses auditeurs. Un document qui doit être signé, selon lui, par toutes les personnes se faisant  vacciner contre le Covid-19. Et – scandale – qui déchargerait l’Etat, comme les laboratoires pharmaceutiques, de toute responsabilité en cas d’effets secondaires graves induits par la vaccination.

« Quand vous allez vous faire vacciner, on vous fait remplir un papier. Avec la signature, [la mention] « Fait à Paris », et vous approuvez les termes (sic). Je vais vous lire juste un paragraphe, qui dit ceci : "A noter qu’une compensation en cas de dommages ou d’effets secondaires graves de la part des entreprises pharmaceutiques produisant ces vaccins est impossible, car elles sont déliées de toutes responsabilités. Par ailleurs le gouvernement et les autorités sanitaires rejettent toutes responsabilités, la vaccination étant assimilée à un acte volontaire non obligatoire pour lequel le patient assume l’entière responsabilité […]. En cas de dommages corporels graves – c’est écrit hein, c’est ce que l’on fait signer aux patients –, d’invalidité ou de décès, le patient ne peut pas forcément prétendre à compensation financière, ni de son assurance médicale, ni de son assurance vie." Voilà, c’est ce que dit mot pour mot le paragraphe qui concerne les patients qui se font vacciner. »

Cette séquence, reprise par un internaute appelant à ne pas signer « un papier qui déresponsabilise les labos et leurs complices ! », a ensuite été largement partagée sur Twitter. Problème : ce texte lu sur une radio nationale à une heure de grande écoute par André Bercoff, n’est en réalité qu’un vulgaire fake, produit par un site suisse de désinformation.

FAKE OFF

Si vous vous êtes déjà fait vacciner contre le Covid-19, vous savez probablement déjà que l’on ne vous a pas fait signer une telle décharge, et que le document cité par André Bercoff n’existe pas. Ce dernier provient du site anti-vaccination Réinfo Santé Suisse International, qui se présente comme le pendant helvète du collectif Réinfo Covid, autre site de désinformation animé, entre autres, par le docteur Louis Fouché.

Sur Twitter, un internaute a retrouvé la source de ce texte énigmatique. Ce dernier, supprimé depuis par le site suisse, est toutefois toujours visible en version archivée.

Le document, créé de toutes pièces par le collectif, n’est ni un document officiel suisse, ni français, et n’a absolument aucune valeur juridique. C’est une suite d’arguments anti-vaccination visant à faire douter des bénéfices vaccinaux. Vous pourrez ainsi lire sur le document, en plus du passage lu par André Bercoff, qu’avec le vaccin anti-Covid, « vous acceptez de rentrer dans le cadre d’une expérimentation médicale », ou encore que la balance bénéfice/risque du vaccin n’est basée que sur des hypothèses… De fausses informations.

Vous pourrez également lire que « 11.500 décès post-vaccinaux » ont été rapportés au 15 mai 2021 dans l’UE selon la base de pharmacovigilance de l’Agence européenne du médicament (EudraVigilance). Mais ce que le collectif se garde bien de vous dire, c’est que les décès et les effets secondaires rapportés dans cette base « ne reflètent aucune confirmation d’un lien potentiel entre le médicament et le(s) effet(s) observé(s) », comme l’écrit EudraVigilance sur son site Web.

« Dans une base de pharmacovigilance vont être rapportés des cas des décès survenus chez des personnes qui ont été vaccinées, quel que soit le lien entre le vaccin et le décès. Ils sont rapportés précisément pour être évalués et pour que l’on puisse déterminer si certains pourraient être liés au vaccin. Les considérer comme dus au vaccin est une profonde méconnaissance du contenu de ces bases », expliquait il y a encore quelques jours Antoine Pariente, directeur du centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux, à 20 Minutes.

En cas de problème, que ce soit en Suisse ou en France, vous ne serez pas démunis, ni laissés pour compte. Dans l’Hexagone, et ce depuis le mois de décembre 2020, le Conseil national de l’Ordre des médecins a demandé que les professionnels de santé et leurs patients puissent bénéficier de la même sécurité juridique avec les vaccins anti-Covid que pour une vaccination obligatoire. La « réparation intégrale des éventuels accidents médicaux imputables à des actes réalisés à l’occasion de la campagne vaccinale » est ainsi assurée par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam), organisme public placé sous la tutelle du ministère de la Santé.

Selon le dernier bilan de l'ANSM (Agence nationale de la sécurité du médicament), la « grande majorité » des effets indésirables enregistrés en France depuis le début de la campagne de vaccination « sont attendus et non graves ». Des données qui « confirment la balance bénéfices/risques favorable de l’ensemble des vaccins utilisés en France dans les populations ciblées par la stratégie vaccinale ».