Accouchement « naturel » : L’ouverture de nouvelles maisons de naissance, un sujet encore polémique

PARENTALITE Les décrets pour la création de douze nouvelles maisons de naissances, ces lieux où l’on accouche sans médecin ni chimie, sont attendus pour la fin de l’été

Oihana Gabriel

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Illustration d'un couple qui attend un enfant.
Illustration d'un couple qui attend un enfant. — Pixabay
  • Alors que ce jeudi 1er juillet, le congé paternité vient d’être allongé, certains parents souhaitent un accouchement plus « naturel ».
  • La France se tourne justement vers une alternative : les maisons de naissance. Des lieux - toujours accolés aux maternités – où seules les sages-femmes accompagnent l’accouchement.
  • Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2021 a pérennisé les huit maisons de naissance existantes, et lancé l’ouverture de douze nouvelles. 20 Minutes fait le point sur ces projets, alors que les décrets sont attendus pour cet été.

On sent, chez certaines femmes, l’envie de retourner au naturel… y compris pour accoucher. Mener une grossesse la moins médicalisée possible, être accompagnée par la même sage-femme avant, pendant et après et se passer de péridurale, voilà le deal que recherchent certaines futures mères. Qui se réjouissent du projet de création de douze nouvellesmaisons de naissances en France d’ici à la fin 2022. Mais le sujet divise encore du côté des soignants

Douze nouvelles maisons de naissance d’ici à fin 2022

Une expérimentation menée durant cinq ans a déjà permis l’émergence de huit maisons de naissance en France. Les parlementaires ont prévu de les pérenniser et d’en créer douze autres. Et le dossier avance. Les emplacements ne sont pas encore connus, mais la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) planche depuis avril sur deux décrets, attendus pour la fin de l’été. L’un se penche sur les conditions de fonctionnement de ces lieux, l’autre sur les conditions d’implantation. Le collectif Maisons de naissance  accompagne une trentaine de projets, qui devront déposer leur demande aux Agences régionales de santé. « Une ouverture des douze maisons de naissance d’ici à la fin 2022 semble possible, assure le collectif. C’est une victoire, même si elle n’est pas aussi ambitieuse qu’on aurait aimé… »

« On entre dans la phase de diffusion », se réjouit Anne Evrard, du collectif d’usagères Ciane. « Il y a beaucoup de demandes et d’attente, reconnaît de son côté l’entourage d’ Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance. Les nouvelles générations souhaitent souvent un accouchement dans un environnement moins hospitalier. Et les sages-femmes sont très demandeuses de ce genre de prise en charge. » Reste qu’en 2019, seulement 500 accouchements ( sur 753.000 naissances) se sont déroulés dans ces lieux. « Or, il y a eu 1.000 naissances à domicile, soulève Chloé Barasinski, sage-femme. On voit émerger un courant souhaitant des naissances non assistées, ce qui représente une perte de chance pour la mère et le nouveau-né. » « On espère inverser cette tendance en doublant l’offre, pour amener les mamans en maison de naissance », plaide-t-on au ministère.

Levée de boucliers des gynécos

Problème : du côté des gynécologues, ça coince. « J’ai lu que 20 % de ces patientes [accouchant en maison de naissance] sont finalement transférées dans des maternités. C’est beaucoup ! », tacle Alexandra Benachi, vice-présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Pourtant, un rapport, coordonné par le Collège National des Sages-femmes (CNSF), Audipog (association qui informe sur la périnatalité, voir encadré) et l’ Inserm avait conclu à une « sécurité satisfaisante et une faible fréquence d’interventions ». « En cinq ans, on n’a pas eu de catastrophe, renchérit Anne Evrard, du Ciane. L’évaluation montre que les transferts entre les maisons de naissance et les blocs opératoires sont faits sérieusement, et qu’il n’y a pas d’accouchement en dehors des clous : par exemple, une femme qui attend des jumeaux ne sera pas prise en charge On attend que les gynécos, qui ont appuyé cette expérimentation, nous donnent des arguments scientifiques qui montrent que leurs inquiétudes sont vérifiées. »

En France, toutes les maisons de naissance doivent et devront être mitoyennes d’un hôpital, pour pouvoir transférer au plus vite une femme qui aurait besoin d’une césarienne. Certaines associations souhaitaient que cette limite saute, pour ouvrir une structure un peu plus loin. Mais députés et gouvernement ont refusé cet éloignement.

Une limite géographique insuffisante pour certains gynécos. Qui assurent qu’ouvrir des unités physiologiques, des salles gérées par des sages-femmes, mais dans la maternité et non à côté, assurerait une plus grande sécurité. Sauf que depuis 2012, date à laquelle ces structures ont été autorisées, la France en compte seulement quatre… « On voit, dans cette opposition aux maisons de naissance, une forme de corporatisme chez les gynécos », regrette le collectif Maisons de naissance. Il a demandé une plus large étude scientifique, sur la durée, après l’ouverture des nouvelles maisons de naissance, pour vérifier que les critères de sécurité sont bien remplis.

La question des moyens

Autre problème soulevé par les gynécos : le manque de moyens. « Il y a aujourd’hui de grosses maternités, pleines à craquer, qui ont du mal à recruter, regrette Alexandra Benachi, du CNGOF. C’est très bien de créer des maisons de naissance, mais cette demande est ultra-minoritaire et il faut aussi s’occuper des autres patientes. » Un argument fallacieux selon la porte-parole du Ciane : « Ce ne sont pas vingt maisons de naissance qui vont assécher le recrutement à l’hôpital ».

Certains gynécos alertent tout de même : miser sur les maisons de naissance pour imaginer que les femmes accoucheront mieux demain serait une illusion à bas prix… « Les maternités sont devenues de telles industries, avec la fermeture des deux tiers d’entre elles en quarante ans, que ni les femmes, ni les sages-femmes ne s’y retrouvent », résume Amina Yamgnane​, présidente de la commission bientraitance du CNGOF. Or, pour assurer des accouchements dans de bonnes conditions, à l’hôpital, en clinique comme dans des lieux plus physiologiques, il faut des moyens.

Du côté du ministère de la Santé, on argumente que le Ségur de la santé a revalorisé les salaires des sages-femmes de 183 euros par mois. « On a aussi en tête d’encourager les conditions d’un exercice mixte à l’hôpital et en ville », informe l’entourage d’Adrien Taquet. Le ministère a demandé un rapport à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur ce sujet, attendu cet été. « L’attractivité du métier ne va pas s’améliorer seulement avec l’augmentation des salaires, critique Anne Evrard. Beaucoup ne veulent plus travailler à l’hôpital à cause du sous-effectif et du manque d’autonomie ». Qui n’ira pas sans une plus grande confiance entre gynécos et sages-femmes, visiblement pas encore évidente…

Un site pour mieux choisir sa maternité en Ile-de-France

Beaucoup de futurs parents l’attendaient… Depuis la mi-juin, l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France et l’association Audipog ont publié un nouveau site : accouchements.sante-idf.fr. Il donne à voir, dans chaque structure, publique et privée, le nombre d’accouchements, le taux d’épisiotomie, de césarienne, de péridurale…