Coronavirus : Quel schéma vaccinal pour les personnes contaminées après la première dose ?

VACCINATION Si une seule dose suffit après une contamination, dans le sens inverse, cela dépend

Anissa Boumediene
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Si l'on contracte le coronavirus après avoir reçu sa première dose de vaccin, le schéma vaccinal peut être amené à évoluer selon le moment de la contamination, pour conférer la protection la plus efficace.
Si l'on contracte le coronavirus après avoir reçu sa première dose de vaccin, le schéma vaccinal peut être amené à évoluer selon le moment de la contamination, pour conférer la protection la plus efficace. — LOUAI BARAKAT/SIPA
  • Pour les personnes n’ayant reçu qu’une seule dose de vaccin, le risque de contracter le coronavirus est toujours présent.
  • En cas de contamination après une première dose, le schéma vaccinal peut être modifié selon le moment de l’infection.
  • En outre, l’apparition de clusters du variant Delta dans des Ehpad où les résidents avaient reçu leurs deux doses pose la question d’une troisième injection pour booster l’immunité.

Il gagne du terrain. Alors qu’il ne représentait que 10 % de cas il y a encore une semaine, le variant Delta représente désormais «  20 % des diagnostics » dans l’Hexagone et devient « progressivement dominant » sur le territoire, a indiqué le ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi sur Franceinfo. Et si le même jour, pile la moitié de la population  a désormais reçu sa première dose de vaccin anti-Covid, soit près de 33,4 millions de personnes selon les derniers chiffres de Covid Tracker, le gouvernement souligne l’importance d’être complètement vacciné pour être immunisé. Il appelle tous les Français qui n’auraient pas encore sauté le pas à prendre rendez-vous au plus vite.

Pour l’heure, un peu plus de 21 millions de personnes ont un schéma vaccinal complet. Et pour celles qui n’ont reçu qu’une seule dose, il est possible de contracter le Covid-19. Mais dans ce cas, quel schéma vaccinal leur proposer ? La contamination chez un primo-vacciné vaut-elle la protection conférée par une deuxième dose ?

Le « syndrome du vacciné »

Si les primo-vaccinés commencent à développer des anticorps environ deux semaines après l’injection et ont moins de risques de développer une forme grave du Covid-19, ce n’est que quinze jours après avoir reçu leur deuxième dose (voire leur troisième s’ils sont immunodéprimés) qu’ils sont immunisés. Entre-temps, ils peuvent développer le « syndrome du vacciné » et contracter le coronavirus. En clair : ils se pensent suffisamment protégés pour se relâcher sur les gestes barrières. Sorties, bise aux amis, soirées dans des lieux clos sont autant de facteurs de risques d’attraper le virus alors que l’organisme n’a pas encore développé suffisamment d’anticorps protecteurs.

Heureusement, « ces cas sont assez rares et donnent généralement lieu à des formes peu graves, rassure le Dr Luc Duquesnel, médecin généraliste et président des Généralistes-CSMF. Mais on peut être confronté à ce cas de figure, dans nos cabinets ou en centre de vaccination, précise-t-il. C’est pourquoi on pose à chaque personne qui vient se faire vacciner un ensemble de questions pour nous assurer qu’elle n’a pas contracté le virus entre-temps : a-t-elle été cas contact au cours des 14 derniers jours ? A-t-elle eu le Covid-19 et si oui, quand ? »

Tout en gardant à l’esprit que l’on peut tomber malade après une seule injection, et sans mettre d’éventuels symptômes sur le compte du vaccin. « L’état grippal post-vaccinal est assez précoce, il se manifeste le soir même ou le lendemain de l’injection, quand les symptômes, eux, apparaissent plusieurs jours après la contamination, mais certains peuvent passer à côté. C’est pourquoi, dans tous les cas, si un patient fait part de symptômes, quel que soit son statut vaccinal, on s’en tient à la marche à suivre classique avec un dépistage par PCR ».

La contamination en guise de rappel, mais pas systématiquement

On le sait, une personne qui a déjà contracté le Covid-19 n’est appelée à recevoir qu’une seule dose de vaccin. « La contamination vaut pour une dose, et celle administrée fait alors office de rappel », résume le Dr Duquesnel. Dans ce cas, l’immunité acquise par ce schéma « infection puis vaccination » n’est pas seulement équivalente au schéma standard à deux doses, elle serait supérieure. Une étude menée par les chercheurs du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse démontre ainsi que les personnes qui ont reçu une dose de vaccin après avoir été infectées sont mieux protégées : elles ont développé des niveaux d’anticorps neutralisants beaucoup plus élevés que celles n’ayant jamais eu le Covid-19 et qui ont reçu deux doses.

Et quand le calendrier est inversé, et que la contamination survient après la première injection ? « Nous ne disposons pas à l’heure actuelle de données quant à l’immunité induite lorsqu’une infection survient au décours d’une première dose de vaccin », reconnaît le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV). Mais l’instance présidée par le Pr Alain Fischer a, dans un avis rendu le 18 juin, établi le schéma à suivre dans ce cas. Il varie selon le moment de la contamination. « En cas d’infection survenant moins de 15 jours après une première dose de vaccin, il est recommandé de procéder à l’injection d’une seconde dose de vaccin, à partir de deux mois après l’infection, préconise le COSV. On peut considérer que l’immunité induite par deux stimulations rapprochées dans le temps (une dose de vaccin et une infection par le virus à moins de 15 jours d’intervalle) n’est pas équivalente à l’immunité induite par une vaccination complète ». En revanche, si l’infection survient plus de 15 jours après la première injection, « on peut considérer que l’infection représente une stimulation équivalente à l’injection d’une seconde dose de vaccin », tranche le COSV.

Un rappel supplémentaire ?

Si les contaminations après une seule dose sont possibles, l’apparition de clusters ces dernières semaines dans des Ehpad​ montre qu’il est aussi possible de contracter le virus même lorsque l’on a reçu deux doses. A l’Ehpad de Pontonx-sur-l’Adour, dans les Landes, 23 résidents ont été testés positifs au variant Delta, dont deux seulement qui n’avaient pas été vaccinés. Deux résidents sont décédés. Des événements qui posent de nouveau la question d’une troisième dose. « Les personnes âgées sont celles qui ont l’immunité la plus courte dans le cadre de la vaccination. De plus, elles ont été les premières vaccinées, dès la fin décembre. Donc on s’oriente vraisemblablement vers une troisième dose pour cette population. Ce deuxième rappel devra-t-il être administré en fin d’année, au moment de la vaccination contre la grippe saisonnière ? Des études scientifiques sont en cours, et il faudra également anticiper la disponibilité des doses ».

« Je pense que ce deuxième rappel ne sera pas envisagé que pour les personnes âgées. En fonction de l’évolution des variants, nous aurons probablement tous une troisième dose, avance le Dr Duquesnel. La question est de savoir combien de temps après la deuxième injection ? ».