Vaccination : Avec 50 % de primo-vaccinés, la France franchit un cap mais ne peut pas encore crier victoire

EPIDEMIE Deux doses de vaccins sont nécessaires pour être totalement protégé du virus. Environ 33 % de la population l’est pour l'instant

Marie De Fournas
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Un Français sur deux a désormais reçu une dose de vaccin.
Un Français sur deux a désormais reçu une dose de vaccin. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Le cap symbolique des 50 % de Françaises et de Français primo-vaccinés a été franchi mardi.
  • Toutefois, le gouvernement note une baisse drastique, ces derniers jours, du nombre de personnes allant se vacciner pour la première fois. L’objectif d’immunité collective, revu à la hausse à cause du variant Delta, risque de ne pas être atteint dans les délais prévus.
  • Pour éviter une nouvelle vague, la vaccination massive reste prioritaire, quitte à aller chercher les personnes qui ne se sont pas encore fait vacciner.

C’est bien, c’est mieux, mais ce n’est pas encore assez. La France a franchi en ce début de semaine la barre symbolique des 50 % de Français ayant reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19. Une apparente victoire dans la campagne vaccinale du gouvernement, mais qui est bien loin d’être le trophée final. D’autant que les derniers chiffres officiels notent un ralentissement des vaccinations. En effet, la semaine dernière, l’éxécutif a tiré la sonnette d’alarme en soulignant que s’il y avait, début juin, près de 400.000 primo-vaccinés journaliers, ils n’étaient plus que 200.000 ces derniers jours.

Ce n’est pas la première fois qu’une baisse du nombre de candidats à l’injection marque le pas mais, « à chaque fois qu’il y a eu un essoufflement, le gouvernement a ouvert la vaccination à une nouvelle tranche de la population », analyse Anne Sénéquier, médecin spécialiste et codirectrice de l’Observatoire de la santé. « Il y a donc eu un afflux comme avec les jeunes qui voulaient pouvoir sortir, aller à des événements, partir en voyage, ou retourner au travail. Maintenant que la vaccination est ouverte à l’ensemble des adultes, il n’est plus possible de compenser les ralentissements.

Encore loin de l’immunité collective

L’objectif d’atteindre l’immunité collective d’ici le mois d’octobre paraît donc assez compromis. « Chaque vaccination réduit un peu plus les risques de transmission, mais il ne s’agit pas des vaccinations complètes, qui protègent presque totalement. On reste donc encore bien loin de l’immunité collective. D’autant qu’avec le très contagieux variant Delta, cette immunité collective, qui avait été fixée à 60 % de la population vaccinée, est passée à 80 % voire 90 % », avertit Anne Sénéquier.

Ce constat présage-t-il pour autant une quatrième vague et un confinement à la rentrée ? La chercheuse en épidémiologie sociale à l’Inserm Fabienne El Khoury se veut optimiste. Pour elle, il ne faut pas seulement voir qu’un Français sur deux n’est pas vacciné, mais également « regarder qui sont les personnes vaccinées, car 80 % des personnes vulnérables le sont totalement, et c’est très bien. Face à Delta, le vaccin Pfizer est efficace à 96 % contre les hospitalisations et AstraZeneca à 92 %. C’est-à-dire que sur 100 personnes vaccinées avec Pfizer et contaminées par Delta, quatre en moyenne risquent d’aller à l’hôpital ».

Si l’experte assure que le variant Delta sera majoritaire à la fin de l’été, les vaccins actuels devraient éviter un encombrement des services de réanimation et donc un énième confinement… A condition tout de même que les Français continuent de se vacciner. « Une étude anglaise montre qu’il faut deux doses de vaccins pour être efficace contre ce variant. En outre, plus un variant est résistant, comme c’est le cas de Delta, plus on a besoin d’une couverture vaccinale maximale », détaille Fabienne El Khoury.

Aller chercher les réticents au vaccin

Pour les deux expertes, l’Etat doit désormais aller chercher ceux qui ne se sont pas encore fait vacciner. « Les campagnes de vaccinations classiques ont plutôt tendance à toucher les populations les plus favorisées et non plus précaires », met en lumière la chercheuse en épidémiologie sociale, qui suggère de lancer de « campagnes spécifiques ». « Dans cette crise, on est une équipe. On perd ou on gagne ensemble, alors il ne faut laisser personne derrière. »

« Si vous ne créez pas d’intérêt pour les personnes qui n’en ont aucun à se faire vacciner, ni d’un point de vue collectif, ni d’un point de vue individuel, elles ne se feront jamais vacciner », assure Anne Sénéquier, qui pose la question de l’incitation à la vaccination par un aspect financier comme c’est le cas dans certains pays. « Aux Etats-Unis, il y a des coupons de réduction dans les magasins et, au Canada, une loterie pour gagner une bourse étudiante. » Appât du gain ou l’esprit d’équipe : le gouvernement devra choisir sa stratégie pour tirer encore les Français vers l’immunité collective.