Gare à cette photo qui voudrait faire croire à une « nouvelle sorte de piqûre de moustique » pouvant causer la mort

FAKE OFF Très viral sur Facebook avec l’arrivée de l’été, un cliché met en garde contre « une nouvelle sorte de piqûre de moustique qui provoque une infection grave » voire la mort. Prudence

Romarik Le Dourneuf
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Les moustiques, comme les autres insectes, peuvent entraîner des infections par leurs piqûres. (Illustration)
Les moustiques, comme les autres insectes, peuvent entraîner des infections par leurs piqûres. (Illustration) — Fotoshopstof
  • Plusieurs internautes ont publié une alerte sur Facebook ces deniers jours, assurant qu’une « nouvelle sorte de piqûre de moustique » pouvait s’avérer mortelle.
  • La photographie utilisée, qui date de 2017, est celle d’une jeune femme américaine dont la santé s’est rétablie après un traitement antibiotique.
  • Contacté par 20 Minutes, le médecin Marc Perrussel écarte la possibilité de nouvelles piqûres de moustiques plus dangereuses pour la santé. Les piqûres de ces insectes peuvent toutefois bien causer des réactions allergiques ou infectieuses dans de rares cas.

Attention, attaque de moustiques dévoreurs d’humains ! Plusieurs posts Facebook publiées à la faveur du retour de l’été mettent en garde les internautes contre un nouveau danger. « Urgent à faire circuler », annonce la publication, accompagnée de la photo d’un genou rouge et gonflé. Sur ce dernier sont tracés les contours d’une inflammation qui serait due à « une nouvelle sorte de piqûre de moustique ». Il est même précisé que la victime a été trouvée « somnolente », par sa famille qui l’a emmenée aux urgences et que, si cette dernière avait attendu plus longtemps, « l’affection aurait atteint sang et causé sa mort ».

Le post Facebook viral veut faire croire à une nouvelle sorte de piqûre de moustique plus dangereuse.
Le post Facebook viral veut faire croire à une nouvelle sorte de piqûre de moustique plus dangereuse. - Capture d'écran

FAKE OFF

Postée à de nombreuses reprises au cours des derniers jours, l’image et son commentaire pourraient laisser penser que l’événement est récent. Il n’en est rien. La photo a été mise en ligne en mars 2017 par une mère  américaine. Dans son commentaire, Sonia Giudenian expliquait vouloir partager à ses collègues et amis la mésaventure vécue par sa fille Deanna. Quelques jours après une piqûre de moustique, le genou de cette dernière s’est mis à gonfler, à rougir et est devenu brûlant. Deanna s’est retrouvée dans un état de somnolence. Sa mère raconte l’avoir emmenée aux urgences où on lui aurait diagnostiqué un « nouveau type de piqûre de moustique » qui aurait causé une infection qui aurait pu atteindre le sang. Et de conclure : « N’ignorez pas les piqûres de moustiques si vous remarquez qu’elles enflent ou deviennent rouges. » En commentaire, la mère indique que sa fille va bien et qu’elle est sous traitement antibiotique pour une dizaine de jours.

Les posts viraux au cours des derniers jours reprennent l’essentiel de la publication de Sonia Giudenian il y a quatre ans. Au détail près que cette dernière ne mentionne pas de risque mortel pour Deanna après l’auscultation par les médecins. Un point qui explique sans doute en partie la viralité du message.

Une « nouvelle sorte de piqûre de moustique », vraiment ?

Une « nouvelle sorte de piqûre de moustique » a-t-elle toutefois été constatée par des médecins en Europe au cours des derniers mois ? Afin d’en savoir plus, 20 Minutes a contacté Marc Perrussel, dermatologue et vice-président du Syndicat national des dermatologues-vénérologues (SNDV), pour avoir un avis d’expert sur la situation de Deanna.

Pour le spécialiste, il ne faut pas s'en prendre aux insectes ni avoir peur d'un nouveau moustique tueur. Au regard de la photographie, Marc Perrussel confirme la présence d’un œdème majeur sur le genou de la personne. S’il est impossible de poser un diagnostic définitif sur la base d’une photographie, le médecin identifie deux possibilités pour expliquer une telle réaction –très rare– à une piqûre de moustique.

La première est une allergie, qui se traduit par une libération d’histamine, un vaso-dilatateur, qui va favoriser des papules, d’où l’effet « urticaire » ou « piqûre d’orties ». Cela provoque alors des démangeaisons. Mais l’œdème peut s’avérer plus important et devenir plus dangereux s’il se trouve au niveau du visage ou du cou. « Dans ce cas, on peut parfois faire un œdème de Quincke qui peut se révéler grave. ». Et d’ajouter : « Cela peut arriver avec n’importe quel insecte – moustique, abeille, etc. – et dans n’importe quelle région. Ce n’est pas la petite bête qui est directement en cause, c’est la réaction allergique qui est dangereuse. »

La deuxième possibilité est celle d'une cellulite infectieuse. Cette dernière est causée par un corps étranger –la piqûre d’un insecte, une seringue, etc.– qui amène la diffusion d’une bactérie dans le corps. C’est ce que l’on appelle un streptocoque ou un staphylocoque. La bactérie va alors entraîner un érysipèle : « Le tissu sous-cutané va s’infecter à la suite du grattage et le streptocoque va se diffuser sous la peau », explique Marc Perrussel. L’infection va alors entraîner un œdème, des douleurs extrêmement importantes, une rougeur et de la fièvre à 40°. Si l’infection peut-être traitée par des antibiotiques​, elle peut avoir des conséquences plus graves selon le médecin : « C’est un tableau important qui nécessite une prise en charge urgente pour éviter une fasciite nécrosante, une gangrène de la peau qui nécessiterait une intervention chirurgicale. »