Coronavirus : Les personnes infectées puis vaccinées sont les mieux protégées

DOUBLE EFFET Le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse vient de démontrer dans une étude que les personnes infectées puis vaccinées sont mieux protégées que les personnes vaccinées, qui elles-mêmes sont mieux protégées que les personnes « juste » infectées

Béatrice Colin
— 
Un adolescent en train de se faire vacciner (Illustration).
Un adolescent en train de se faire vacciner (Illustration). — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Alors que la vaccination contre le coronavirus se poursuit, le CHU de Toulouse vient de sortir une nouvelle étude sur les taux d’anticorps des personnels soignants hospitaliers de la Ville rose.
  • Si le taux de protection des personnes infectées était de 84,8 % après six mois après avoir contracté le Covid-19, il tombe à 56,1 % un an après.
  • L’étude démontre aussi que les personnes infectées ayant reçu une ou deux doses sont mieux protégées que les personnes vaccinées, qui elles-mêmes sont mieux protégées que les personnes ayant eu le Covid-19 mais n’ayant pas reçu leur injection.

Parmi les personnes ayant contracté le Covid-19 l’an dernier, certaines pensent que leurs anticorps font encore leur boulot pour les défendre contre une nouvelle infection. Et une partie se dit qu’il n’y a pas urgence à se faire vacciner. Une idée préconçue qui circule beaucoup et que les chercheurs du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse ont voulu vérifier.

Ces derniers ne partaient pas de rien. L’an dernier, ils avaient lancé une grande étude auprès des soignants de l’hôpital de la Ville rose. Ils avaient pu démontrer qu’au bout de six mois, ceux qui avaient eu le Covid conservaient des anticorps neutralisants stables ou à la hausse dans 96,7 % des cas. Et que dans l’absolu, ils avaient 84,8 % de chance de ne pas la contracter à nouveau.

Les anticorps commencent à décroître 9 mois après l’infection

Les équipes du laboratoire ont à nouveau prélevé ces personnels entre le 30 mars et le 15 avril. Ils ont ensuite regardé comment les anticorps neutralisants évoluaient chez les personnes infectées et qui ne s’étaient pas fait vacciner, chez celles infectées et qui étaient vaccinées avec une ou deux doses, et enfin chez ceux vaccinés avec deux doses mais qui n’avaient pas été infectés.

« Cela nous a montré plusieurs choses. Pour les personnes infectées l’an dernier, mais pas vaccinées, les anticorps augmentent jusqu’à neuf mois après l’infection, puis commencent à décroître. Pour autant, 97,4 % de ceux qui avaient encore des anticorps en décembre 2020 en conservent en mars-avril 2021, soit près d’un an après leur infection. Leur taux de protection qui était de 84,8 % à six mois tombe par contre à 56,1 %, on reste quand même protégé », explique Chloé Diméglio, biostatiscienne au sein du laboratoire de virologie CHU de Toulouse et auteure principale d’une étude parue ce mois-ci sur le sujet dans le magazine spécialisé Journal of infection.

Pas d’intérêt à avoir deux doses quand on a été infecté

Sur les personnels hospitaliers infectés l’an dernier, 20,6 % se sont fait vacciner depuis. Les chercheurs ont donc décidé de voir si cela avait un impact important sur leur taux d’anticorps. « Chez ces personnes, le titre d’anticorps neutralisants est significativement plus élevé que chez ceux qui ont été infectés. En médiane il est à 512, ce qui est énorme et cela monte parfois jusqu’à 8.000, ce qui pour moi c’est l’Everest des anticorps neutralisants », relève Chloé Diméglio.

Et qu’ils aient été vaccinés avec une ou deux doses ne change rien, que l’infection ait été symptomatique ou asymptomatique. Il n’y a donc aucun intérêt à faire deux doses lorsqu’on a déjà eu le Covid-19. Parmi ces personnes qui avaient été positives au coronavirus l’an dernier et se sont fait vacciner en début d’année, seules 0,5 % d’entre elles ont été réinfectées. « Ces réinfections sont discutables car elles interviennent très vite après l’administration de la dose de vaccin, nous ne sommes pas dans le délai de 15 jours après la vaccination qui considère que la vaccination est effective », poursuit la biostatisticienne.

L’intérêt de se faire vacciner ne se dément pas, d’après l’étude

L’étude aurait pu s’arrêter là, en concluant que les personnes infectées avaient un titre d’anticorps beaucoup plus faible un an après que ceux qui avaient été touchés par le Covid-19 et avaient décidé de se faire vacciner. Mais les scientifiques ont décidé de comparer ces données avec ceux qui n’avaient jamais été malades mais ont reçu leurs deux injections, histoire de voir si « infectés et vaccinés » équivaut à « vaccinés tout court ».

Ils ont donc constitué des groupes de 30 personnes d’âge et sexe équivalent pour pouvoir les comparer : l’un constitué de personnes « juste » infectées, un autre de personnes infectées et vaccinées et le troisième de personnes uniquement vaccinées.

« On s’aperçoit que le titre d’anticorps neutralisants chez les personnes infectées est plus faible que chez les personnes vaccinées, pour qui en médiane il est de 64. Mais cela demeure beaucoup plus faible que le titre d’anticorps neutralisants des infectés et vaccinés, même avec une dose. Ce qui montre qu’on a tout intérêt à se faire vacciner, qu’on ait eu ou pas le Covid », assure Chloé Diméglio dont ces autres résultats ont été publiés dans Clinical Infection Diseases il y a quelques jours. Aujourd’hui, les mieux armés contre une réinfection sont donc ceux qui ont déjà eu le Covid-19 et ont reçu une injection.