Vaccination : Pourquoi les objectifs pour fin août vont-ils être difficiles à atteindre ?

CORONAVIRUS Face à la montée du variant Delta, la France s'est fixé de nouveaux objectifs de vaccination pour fin août

Jean-Loup Delmas

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La France vise 40 millions de primo-injections d'ici fin août
La France vise 40 millions de primo-injections d'ici fin août — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Le Premier ministre Jean Castex a listé cinq objectifs vaccinaux à atteindre d’ici fin août.
  • Alors que la France a rempli chacun des objectifs précédemment fixés, ce nouveau cap semble plus ambitieux encore.
  • Si les chiffres ne semblent pourtant pas très élevés, la tendance de la vaccination en France inquiète.

Ce jeudi, le gouvernement s’est fixé de nouveaux objectifs vaccinaux contre le coronavirus. Un classique de l’exécutif, après les 10 millions de personnes primo-vaccinées (ayant reçu au moins une injection de vaccin) pour la mi-avril, 20 millions pour la mi-mai et 30 millions pour la mi-juin.

Ces trois caps ont à chaque fois été atteints, avec même quelques jours d’avance pour le dernier. Le nouvel horizon est pour fin août, et comprend cinq objectifs de vaccination. 20 Minutes fait le point.

Quels sont les objectifs pour fin août ?

Quarante millions de personnes doivent avoir reçu une injection, dont 35 millions doivent être totalement vaccinés (avec deux doses de vaccin Pfizer-BioNtech, Moderna ou AstraZeneca, une seule dose en cas d’infection au Covid-19 avant, ou avec une dose de Jansen). C’est la première fois que le gouvernement note un cap de vaccination complète et ne raisonne plus uniquement en nombre de dose.

Les trois autres objectifs sont également plus pointus et précis qu’à l’accoutumée, avec l’apparition des pourcentages : 85 % des plus de 50 ans et 75 % des plus de 18 ans devront avoir reçu au moins une dose de vaccin. 66 % des personnes majeures en France devront être complètement vaccinées.

Le plafond de verre va-t-il compromettre les objectifs ?

Intuitivement, on pourrait penser que oui. Les doses sont là, et entre mi-avril et mi-juin, la France a tourné à un rythme de 10 millions de primo-injections par mois, et voilà qu’elle se laisse deux mois et demi pour passer 10 millions supplémentaires. Mieux encore, au 21 juin, 32.256.464 personnes ont reçu au moins une dose de vaccin et 18.734.028 personnes sont totalement vaccinées. Même si plus aucune première dose n’était administrée d’ici fin août, il y aurait plus de 32 millions de personnes totalement vaccinées (les rappels devant se prendre au moment de la première dose), à trois millions de l’objectif fixé par Jean Castex. Et il n’y a besoin de même pas huit millions de primo-injections en plus de deux mois.

Trop facile ? Pas vraiment, car la cadence à la primo-vaccination a sans doute atteint son pic en avril-mai. De mi-mai à mi-juin, le nombre de rendez-vous sur Doctolib pour une première dose est passé de près de 300.000 à 130.000 en moyenne et le nombre de primo-injections réalisé chaque jour est passé de 480.000 en moyenne par jour le 21 mai a seulement 240.000 au 21 juin. Bref, cela chute énormément, et la tendance semble même s’accroître.

Comment l’expliquer ? Pour Hélène Rossinot, « ceux qui avaient envie et avaient accès facilement au vaccin ont sûrement quasiment tous été primo vaccinés maintenant. On arrive chez des gens plus jeunes et moins motivés », note-t-elle. Concrètement, la France a atteint une sorte de plafond de verre, où les populations les plus réceptives au vaccin ont fini d’épuiser leur stock de volontaires. La vaccination n’augmente presque plus chez la population de + de 60 ans, alors qu’il reste encore environ 20 % de personnes à vacciner.

La vaccination a également très fortement ralenti chez les + de 50 ans, alors qu’il reste 33 % de cette population à primo-vacciner. Voilà peut-être l’objectif le plus ambitieux de ce plan d’août : 85 % des + de 50 ans primo-vacciné, un palier très haut alors que toutes ces catégories d’âge stagnent ou ralentissement très fortement. Hélène Rossinot ne dit pas autre chose : « Cela va être très difficile mais c’est important d’avoir des objectifs ambitieux et cela correspond globalement à ce qu’il faudrait atteindre pour éviter une quatrième vague d’hospitalisation », la plupart des hospitalisations, des réanimations et des décès concernant les personnes de + de 50 ans.

Pour le moment, ce ralentissement des quinquagénaires et plus a été compensé à la fois par les secondes doses, mais également par l’ouverture à la vaccination à de nouvelles catégories de population. Dernière en date, les adolescents de 12 à 17 ans. Mais plus on descend dans les tranches d’âges, moins il y a de volontaires et de partisans de la vaccination. Cette stratégie de compensation, si elle est importante pour viser l’immunité collective, commence donc à toucher à atteindre ses limites, comme le montre la chute des primo-vaccinations.

L’été est-il un problème ?

Oui, et plutôt deux fois qu’une. Premièrement, il est nécessaire de prendre son rendez-vous pour une seconde dose dans le même centre vaccinal que la première dose (même si en soi, il est possible de modifier cela après sur Doctolib), un problème parfois limitant pendant les vacances. Au-delà de ces soucis logistiques, ce n’est pas la période la plus propice pour penser à la vaccination. « J’entends pas mal de personnes qui disent attendre septembre/octobre, la période est plus frivole et le sentiment d’urgence a disparu », alerte Hélène Rossinot.

Le variant Delta peut-il changer la donne ?

Le variant Delta est actuellement responsable de 10 à 12 % des contagions en France, selon Santé Publique France. Selon certaines études, il serait 60 % plus transmissible que le variant Alpha, lui-même 50 à 74 % plus transmissible que la souche originelle de Covid-19, et devrait selon toute vraisemblance devenir majoritaire en France. D’où l’importance d’accroître la couverture vaccinale, alors que des pays avec des populations plus vaccinés que la nôtre, comme le Royaume-Uni ou Israël, voient leur nombre de cas augmenter en raison de ce variant.

La montée en puissance de Delta sera-t-il paradoxalement une bonne chose, pour convaincre les récalcitrants de se faire vacciner face à ce variant plus contagieux et dangereux ? Pas certain, soupire Hélène Rossinot : « J’aimerais vraiment éviter une quatrième vague, mais j’ai peur que les gens ne comprennent l’importance de la vaccination que quand ça sera la merde face à Delta et pas avant. » Au gouvernement de réussir à la faire mentir.