Coronavirus : Que nous apprend la progression du variant Delta au Royaume-Uni malgré la vaccination ?

COVID-19 Le variant Delta devrait représenter 90 % des nouveaux cas de Covid-19 dans l’UE à la fin du mois d’août

Romarik Le Dourneuf

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La stratégie de primovaccination au Royaume-Uni révèle des failles face au variant Delta. (Illustration)
La stratégie de primovaccination au Royaume-Uni révèle des failles face au variant Delta. (Illustration) — Stephen Chung/SIPA
  • Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, le variant Delta devrait représenter 90 % des nouveaux cas de Covid-19 dans l’UE à la fin du mois d’août.
  • Une situation que connaît déjà le Royaume-Uni, ou la stratégie vaccinale basée sur la primo-vaccination s’avère très peu efficace face à ce nouveau variant.
  • La France, malgré une stratégie différentes, ne devrait pas échapper à l’expansion du variant Delta.

Un variant en chasse un autre… Ce mercredi, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a estimé que le variant Delta devrait représenter 90 % des nouveaux cas de Covid-19 dans l’Union européenne d’ici à fin août. Sachant que pour le moment, le variant Alpha (anciennement appelé « britannique ») reste majoritaire dans cette zone.

Une évolution que vit déjà le Royaume-Uni. Depuis son apparition de l’autre côté de la Manche, le variant Delta a en effet rapidement remplacé son prédécesseur, pour représenter aujourd’hui la quasi-totalité (plus de 90 %) des cas répertoriés, et ce, malgré une campagne de vaccination massive.

La stratégie britannique mise à mal par le variant Delta

Il y a plusieurs mois, certains avaient crié à la trahison, à l’égoïsme. Toujours est-il que l’accord passé par Boris Johnson avec Oxford pour se réserver une partie des doses d’AstraZeneca s’était révélé fructueux. Alors que la France et beaucoup d’autres pays peinaient à proposer des doses à leurs habitants, le Royaume-Uni vaccinait à tour de bras. Face au variant Alpha, le gouvernement avait opté pour une stratégie de primo-vaccination, en injectant une première dose à un maximum de personnes.

Pour cela, le délai entre deux doses avait même été allongé. Un choix qui a pu s’avérer payant jusqu’à l’arrivée du nouveau variant. « Ici, la primo-vaccination avec l’AstraZeneca n’a une efficacité que de 30 %, c’est-à-dire pas grand-chose », explique Anne Sénéquier, chercheuse et membre de l’IRIS. Même si une grande partie de la population a déjà été piquée une fois (près de 80 % au Royaume-Uni), « les risques de contamination restent importants ».

En même temps que le déconfinement

Laurent Chambaud, médecin et directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), valide ce constat : « Sans vaccination complète, le risque est toujours là, surtout avec le nouveau variant. » En effet, le Delta serait beaucoup plus contagieux que les précédents, selon une étude d’Eurosurveillance publiée au mois de juin. Le directeur de l’EHESP cite une autre raison à la propagation du nouveau venu : « Le Royaume-Uni n’a pas ciblé les populations à risque comme la France a pu le faire, les personnes âgées, fragiles et les personnels soignants. Ils ont ouvert la vaccination à tout le monde dès le départ. »

L’expansion rapide du variant Delta, c’est aussi une question de timing. Apparu au milieu du printemps, il a coïncidé avec le déconfinement en Angleterre. « Le confinement a été très strict là-bas, beaucoup plus qu’en France. Pendant trois mois et demi, les habitants n’ont presque pas pu sortir du tout. Il y a donc eu un relâchement énorme sur la vigilance, les gestes barrières… » explique Anne Sénéquier.

Une situation semblable à venir en France ?

Le déconfinement, c’est ce que les Français vivent progressivement depuis plusieurs semaines. Ouverture des restaurants et des salles de spectacle, le masque qui tombe en extérieur… Pour Anne Sénéquier, il faut se servir de l’exemple britannique pour rester vigilants : « L’été arrive, et avec lui, un peu plus de légèreté, mais il ne faut pas oublier les mesures importantes, surtout avec le Delta. »

L’annonce du ECDC le montre, le nouveau variant devrait devenir majoritaire, même en France. « Il n’y a aucune raison que nous y échappions », estime Laurent Chambaud. Le nombre de cas augmente rapidement : le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a ainsi avancé ce mercredi le chiffre de 9 à 10 % des cas répertoriés en France, contre seulement 2 à 4 % la semaine dernière. Les deux scientifiques ne se montrent pas alarmistes, mais insistent sur l’importance de se faire vacciner, et rapidement : « AstraZeneca ou Pfizer, c’est 92 à 96 % d’efficacité face aux risques d’hospitalisation. Mais il faut le faire complètement, avec les deux doses », précise Laurent Chambaud.

Une solidarité internationale totale

Tant que l’immunité collective ne sera pas atteinte – avec « au minimum 80 à 85 % de la population vaccinée » –, les risques seront présents, notamment de voir un nouveau variant, plus virulent encore, apparaître, insiste Anne Sénéquier. Qui soulève une autre stratégie à adopter au plus vite : le partage des vaccins. Selon elle, tant que le virus pourra circuler dans le monde, comme c’est le cas actuellement, un variant pourra venir défier l’immunité procurée par les vaccins.

« Le fait de nous réserver les vaccins en priorité fait courir un risque venant d’autre partie du monde. On est à plus de trois milliards de doses utilisées dans le monde. Avec une telle quantité, nous aurions pu protéger les personnes vulnérables, les personnels de santé, un peu partout sur le globe. » Un constat que partage Laurent Chambaud qui, face à une telle, épidémie, prône une solidarité internationale totale : « Elle existe dans le domaine scientifique, les échanges sont permanents entre les pays. Maintenant, c’est au tour des gouvernants et de la finance de faire de même. »