Pilule, DIU, hormones… On casse cinq idées reçues sur la contraception avec Marie-Laure Brival, gynécologue

SEXUALITE Marie-Laure Brival, gynécologue, publie ce jeudi « SOS contraception », un guide synthétique et ludique

Oihana Gabriel
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Différents moyens de contraception.
Différents moyens de contraception. — SANDRA/TPH/SIPA
  • Choisir la bonne contraception et la faire évoluer en fonction des étapes de sa vie est parfois un casse-tête. Voilà pourquoi SOS contraception, un guide qui paraît ce jeudi, peut être un atout pour nombre de femmes et d’hommes qui s’interrogent sur ce sujet.
  • Son autrice, Marie-Laure Brival, insiste : toutes les contraceptions ont leurs atouts et leurs limites, et c’est à la femme de se réapproprier cette question. Mais aussi aux gynécologues d’être à l’écoute des demandes de leurs patientes.
  • Pour mieux s’y retrouver, 20 Minutes déconstruit, à l’aide de Marie-Laure Brival, cinq idées reçues sur la contraception.

Comment fonctionne l’anneau contraceptif ? Que faire en cas d’oubli de sa pilule ? De nombreuses questions entourent la contraception, surtout quand on découvre sa sexualité et que l’on a peu de personnes avec qui échanger sur ces questions intimes. L’offre de contraceptifs s’est élargie, les inquiétudes autour des hormones se sont amplifiées. Alors, comment choisir la contraception la plus adaptée ?

A l’occasion de la parution ce jeudi de SOS contraception *, un guide pratique qui se lit comme une BD, 20 Minutes a interrogé son autrice, Marie-Laure Brival, gynécologue-obstétricienne et ancienne cheffe de service de la maternité des Lilas. Elle liste cinq préjugés à battre en brèche.

La contraception rendrait infertile

« C’est archi faux : par définition, la contraception est réversible ! », tempête Marie-Laure Brival. La gynécologue en veut pour preuve le nombre élevé de grossesses qui surviennent après un seul oubli de pilule. Et liste trois causes qui expliqueraient ce cliché encore répandu. « D’abord, les femmes peuvent se dire "si ça bloque mes ovaires, c’est que ça peut avoir des conséquences à long terme". Par ailleurs, le corps professionnel n’est pas exempt de reproches. Longtemps, les gynécos ont prescrit aux femmes d’arrêter la pilule pour que leurs ovaires reprennent leur fonctionnement normal pour éviter d’être infertile. »

Troisième raison : « quand les femmes décident d’avoir un enfant, ça devrait arriver le mois d’après. Si ça prend du temps, il faut trouver une cause, donc c’est la pilule. Non : il faut expliquer qu’on peut mettre jusqu’à un an pour tomber enceinte sans que ça soit problématique. »

Illustration d'une plaquette de pilules contraceptives.
Illustration d'une plaquette de pilules contraceptives. - Pixabay

La pilule serait la contraception la plus efficace

Elle est très sûre en théorie, beaucoup moins dans la réalité. A cause des oublis fréquents (penser tous les jours à sa pilule à heure fixe pendant vingt ans demande une certaine discipline). « Les trois contraceptions les plus efficaces en pratique, c’est l’implant (qui délivre un microprogestatif et dure trois ans), le DIU aux hormones, puis le DIU au cuivre, liste Marie-Laure Brival. La pilule est finalement la moins efficace des contraceptions efficaces ! »

C’est pourquoi la gynécologue estime nécessaire de bien réfléchir et de dialoguer avant de prescrire la pilule à une adolescente. « Certaines vont la prendre avec beaucoup de sérieux, admet-elle. Mais c’est une période d’instabilité, de refus. La sexualité, souvent démarrée en secret, complique la prise régulière : certaines ados laissent leur pilule chez une copine… et cela entraîne pertes et oublis. Or, 16 ou 17 ans, c’est un âge extrêmement fertile ! ».

Les hormones risqueraient de vous tuer

Il n’y a pas que la pilule qui s’appuie sur la chimie : l’implant, l’anneau, le patch vont aussi diffuser des hormones pour bloquer le cycle. « Cette combinaison d’hormones synthétiques a des effets secondaires », introduit la gynécologue. Le plus important concerne un risque plus élevé de faire une thrombose veineuse ou d’avoir des caillots dans les artères (AVC ou infarctus). Un risque tout de même très faible (et moindre que pendant la grossesse, par exemple). « Voire proche de zéro quand on a n’a pas de contre-indication et que la prescription est bien faite ». En revanche, il ne faut pas nier d’autres effets. « On a notamment toujours balayé les effets secondaires sur la libido. Toute la question, c’est la balance bénéfice/risque. »

Marie-Laure Brival s’émeut de rencontrer une jeunesse « anti pilule », alors qu’elle a longtemps été synonyme de liberté pour les femmes. Pour la gynéco, « le retour de balancier est excessif, il ne s’agit pas de la jeter aux orties ! » En revanche, elle se félicite que la Haute Autorité de santé ait conseillé en 2012 de préférer les pilules de 1e et 2e génération et ne rembourse plus celles de 3e et 4e génération, plus dangereuses.

Le dispositif intra utérin (DIU) serait dangereux et limité aux mères

Logiquement, avec une contraception sans risque d’oubli pendant cinq à dix ans et sans hormone, on pourrait s’attendre à voir un boom de la demande de stérilet au cuivre (ou DIU) au royaume de la pilule. D’autant qu'« avec le mouvement écolo, les femmes se posent de plus en plus de questions sur la chimie », ajoute l’autrice. Or, selon le baromètre sur les Françaises et la contraception, en 2016, 60 % des femmes de 15 à 19 ans utilisaient la pilule. Et seulement 4,7 % des 20-24 ans choisissaient le stérilet au cuivre.

Ce dernier fait une légère percée chez les jeunes femmes, « mais les préjugés autour du DIU sont costauds !, regrette Marie-Laure Brival. Pourtant, le stérilet au cuivre est efficace à 99 %. Il n’y a pas davantage de grossesses [y compris extra-utérines] avec le DIU qu’avec la pilule. » Mais longtemps, on a entendu que c’était contrindiqué, car cette contraception augmentait le risque d’infection… qui pouvait rendre stérile. Et était donc déconseillée aux femmes sans enfant.

« Il n’y a aucune contre-indication pour les adolescentes, moyennant un dépistage des IST avant la pose, rassure Marie-Laure Brival. C’est l’âge où il y a le plus de versions asymptomatiques du chlamydia. Si c’est le cas, on risque de développer une infection au niveau des trompes. Mais ce danger dure uniquement dans les trois semaines après la pose. Après, le DIU n’augmente pas le risque d’infection. »

La gynéco insiste : le DIU est une contraception préconisée à partir du moment où la femme fait ce choix. Ce qui demande au médecin un peu de pédagogie pour présenter son fonctionnement et ses contre-indications : « fibromes intra utérin, douleurs de règles importantes, cycles irréguliers ou la patiente ne supporte pas le DIU. »

La contraception serait une histoire de femmes

La société fait reposer sur les épaules des femmes la charge de la contraception. « Mais historiquement, ce sont les hommes qui utilisaient le retrait, puis le préservatif [inventé en 1855 !], nuance la gynéco. La contraception médicalisée a finalement mis de côté les hommes. » Une tendance qui pourrait s’estomper avec une plus grande égalité dans le couple et l’arrivée sur le marché de la contraception masculine ? Pas sûr…

« La pilule masculine​, ça existe et ça fonctionne exactement comme les femmes. Mais pour le moment, il semble hors de question pour les hommes de supporter les effets secondaires. D’autant qu’il y a toujours une confusion entre puissance sexuelle et arrêt de la fabrication des spermatozoïdes. » Reste qu’entre le slip chauffant, la vasectomie et les hormones, le choix s’étend. « Mais il reste marginal », reconnaît Marie-Laure Brival. Qui ose, dans son livre, un petit appel du pied : « À vous, peut-être, mesdames et messieurs qui lisez ce guide, de faire bouger les lignes ! »

* « SOS contraception – Les clés pour comprendre son corps et bien choisir sa contraception », de Marie-Laure Brival, First Editions, 12,95 euros.