Insuffisance cardiaque : Quatre pistes pour améliorer la prise en charge des patients

MALADIE Alors que le nombre de soignants baisse, le nombre de patients atteints de cette maladie du cœur devrait augmenter à cause du vieillissement de la population

Oihana Gabriel

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Illustration d'un électrocardiograme. L'insuffisance cardiaque, quand le coeur est fragilisé, se manifeste par une grande fatigue, un essoufflement et une prise de poids brutale.
Illustration d'un électrocardiograme. L'insuffisance cardiaque, quand le coeur est fragilisé, se manifeste par une grande fatigue, un essoufflement et une prise de poids brutale. — Pixabay
  • L’insuffisance cardiaque est une maladie du cœur méconnue, qui tue 70.000 Français chaque année et est à l’origine de 165.000 hospitalisations.
  • Ce mardi, un colloque organisé au ministère de la Santé visait à attirer l’attention des pouvoirs publics sur cette pathologie.
  • Une année de travail pluridisciplinaire a permis de mettre au point Optim’IC, soit quatre axes pour améliorer la prise en charge des patients concernés.

Grosse fatigue, essoufflement, toux… Et si ce n’était pas le Covid-19, mais l ’insuffisance cardiaque ? Cette question, peu de Français se la posent, car cette pathologie, qui concerne pourtant 1,5 million de personnes (particulièrement après 60 ans), reste méconnue. Il y a pourtant urgence à sensibiliser les soignants et le grand public à cette maladie qui tue toutes les sept minutes. Voilà pourquoi des cardiologues, généralistes, biologistes, députés et associations de patients organisaient ce mardi un colloque et une conférence de presse pour présenter Optim’IC (IC pour insuffisance cardiaque), un programme qui vise à améliorer la prise en charge des patients concernés.

Pendant un an, ces groupes de travail pluridisciplinaires, au niveau national mais aussi régional, ont mis en commun leurs constats et leurs solutions. Avec pour but « d’orienter les pouvoirs publics », résume Michel Fanget, député (Modem) et cardiologue. « Le nombre de patients augmente de 25 % tous les quatre ans, et cela va s’accentuer avec le vieillissement de la population, introduit Thibaud Damy, cardiologue au CHU Henri Mondor (AP-HP), à Créteil, et président du projet Optim’IC. Or, la démographie médicale s’effondre. » Les cardiologues deviennent une denrée rare, tandis qu’on compte de plus en plus de Français sans médecin traitant. Et cette maladie, grave et progressive, passe parfois inaperçue. « Beaucoup se disent "si je suis fatigué, c’est à cause de mon âge" », assure Philippe Thébault, président de l’ Alliance du cœur, qui a participé à l’élaboration des quatre axes d’amélioration. 20 Minutes vous les résume.

Améliorer le dépistage

Premier chantier, l’amont : améliorer le dépistage permettrait de gagner un temps précieux. « Les patients arrivent quasiment toujours trop tard, alors qu’on a des médicaments qui permettent de sauver des vies », reprend Thibaud Damy. Optim’IC propose de systématiser un dépistage précoce. Jusqu’à organiser une campagne de dépistage générale ? « Ça n’a pas beaucoup de sens d’imposer un examen à un marathonien de 60 ans, assure Hervé Puy, biologiste médicale à l’ hôpital Bichat (AP-HP). En revanche, ce serait très important de le faire sur les populations à risque. » A savoir les personnes souffrant de maladies cardiaques, d’hypertension, d’insuffisance rénale, de diabète et d’anémie en fer. « On sait maintenant que la carence martiale, la baisse du taux de fer dans l’organisme avant le stade de l’anémie, même isolée, est une cause importante de décompensation (voir encadré) », ajoute le biologiste.

Pour dépister ces personnes à risque, nul besoin de faire passer des électrocardiogrammes. « Depuis les années 2000, on connaît deux marqueurs importants dans le sang de cette pathologie », reprend-il. Un examen sanguin au coût modeste - 20 euros - et réalisable partout en France grâce à l’important maillage des laboratoires d’analyses, publics et privés ».  « A condition d’informer les généralistes de l’intérêt de cette prise de sang, car les taux renseignent sur la présence de la maladie et sur sa gravité », complète Thibaud Damy.

Créer des filières territoriales

Côté suivi cette fois, l’effort doit porter sur la coordination entre les différents acteurs. Ces derniers souhaitent la constitution de filières territoriales claires pour les soignants et les patients. « Aujourd’hui, tout le monde fait tout, regrette le cardiologue. L’hôpital renouvelle les ordonnances de patients stabilisés et les généralistes envoient des patients graves aux urgences… où ils ne sont pas forcément envoyés dans les services adaptés, faute de place ! Alors qu’il faudrait que les patients les plus graves soient pris en charge à l’hôpital et les plus légers en ville. »

L’équipe d’Optim’IC croit beaucoup à la e-santé pour faciliter le suivi des patients. Dans son unité à Henri Mondor, Thibaud Damy  mène depuis 2020 un projet qui vise à vérifier l’impact de la télésurveillance sur ses patients. Avec quatre infirmiers formés, l'ambition est de favoriser le maintien à domicile grâce à une balance connectée. Si le patient prend soudainement du poids, c’est qu’un œdème menace. L’infirmière peut intervenir rapidement, en mettant dans la boucle biologiste et pharmacien. Cette expérimentation, qui s’appuie à la fois sur la télésurveillance et la délégation de tâche entre médecins et infirmiers, devrait durer quatre ans et sera ensuite évaluée pour voir si son financement perdure.

Mieux partager l’information

Optim’IC propose d’améliorer la communication. En créant, pour le grand public, des campagnes de sensibilisation et une hotline sur l’insuffisance cardiaque. Et pour les professionnels, une base réunissant toutes les données biologiques. Pour que tous les professionnels aient accès à une information rapidement, il faudrait organiser l’interopérabilité. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple, entre tous les laboratoires d’analyse. On conseille donc au patient d’aller toujours dans le même.

Mais ce serait rouvrir le sujet, épineux, du Dossier médical partagé (DMP). Qui s’est répandu, certes, mais que les soignants trouvent visiblement peu pratique. « Trop d’information tue l’information, souffle Thibaud Damy. Je reçois tellement de documents par mail qu’il faudrait que je passe mes journées à le remplir. » Certains estiment donc que compartimenter les informations, en proposant par exemple, dans un premier temps, un dossier biologique, pourrait faciliter la tâche des professionnels.

Réfléchir au financement 

Quatrième axe, et non des moindres, le financement. Car la filière se trouve à un carrefour. Le gouvernement souhaite abandonner peu à peu la tarification à l’acte (T2A) pour imaginer un financement au parcours de soins. Or, l’insuffisance cardiaque fait partie des quelques pathologies choisies pour ouvrir la voie à cette modification fondamentale. L’occasion pour la profession d’insister sur une juste rémunération de tous les acteurs. « Est-ce qu’on aura encore les moyens de soigner les patients si la règle de financement est mal calculée ? », s’inquiète Thibaud Damy.

C’est quoi, l’insuffisance cardiaque ?

Le muscle cardiaque, affaibli, n’est plus capable de pomper efficacement le sang. Et cette maladie chronique risque d’être ponctuée de décompensations. Le cœur ne peut alors plus suivre. Si c’est le ventricule gauche qui flanche, cela peut créer un œdème aigu du poumon (OAP) et le patient a brutalement de grosses difficultés à respirer. Si c’est à droite, les œdèmes apparaissent dans les membres inférieurs. Dernier cas de figure, si c’est une atteinte globale du cœur, des palpitations et des malaises doivent alerter.