Coronavirus : Pourquoi le débat sur la vaccination obligatoire des soignants d’Ehpad est-il relancé ?

VACCIN Le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué ce jeudi réfléchir à rendre la vaccination obligatoire pour les personnels soignants des Ehpad, d'ici à la rentrée scolaire

Jean-Loup Delmas

— 

Olivier Véran envisage de rendre la vaccination obligatoire pour les soignants en Ehpad
Olivier Véran envisage de rendre la vaccination obligatoire pour les soignants en Ehpad — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Aujourd'hui, 55 % du personnel soignant des Ehpad a reçu au moins une dose de vaccin contre le coronavirus, soit moins que la moyenne nationale.
  • Face à ce taux bas, le ministre de la Santé Olivier Véran réfléchit à rendre leur vaccination obligatoire.
  • Ce serait une première en France face au Covid-19, mais l’idée n’est pas sans poser quelques débats.

C’est un serpent de mer, qui revient incessamment depuis l’ouverture de la vaccination en France contre le coronavirus. Faut-il la rendre obligatoire, notamment pour les soignants ? Le débat, houleux, a finalement conclu qu’il valait mieux faire de la pédagogie et de l’incitation, plutôt que décréter une obligation pour les soignants, au risque d’en brusquer certains et d’engendrer un effet contre-productif.

La réflexion vient pourtant d’être relancée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, ce jeudi. Interrogé sur BFM TV, il a annoncé qu’il réfléchissait à rendre la vaccination obligatoire pour les soignants d’Ehpad à partir de septembre. 20 Minutes fait le point.

Pourquoi cette obligation ciblerait les soignants en Ehpad spécifiquement ?

Deux raisons peuvent être avancées. Premièrement, leur taux de vaccination très bas pour le moment. Selon les mots du ministre de la Santé, à peine « 50 % et quelques » des soignants en Ehpad seraient vaccinés. Pour être précis, 55 % des soignants en Ehpad seraient au moins primo-vaccinés, cette fois selon Santé Publique France. Ce qui est bien moins que le nombre de soignants libéraux par exemple, à hauteur de 85 % et même bien moins que la moyenne de la population adulte : 58,8 % des Français majeurs ont reçu au moins une première dose de vaccin. « Il y a 60 % des adultes français qui ont déjà reçu une injection, il y a moins de 60 % des soignants qui travaillent en Ehpad, ce n’est pas justifiable », s’est énervé le ministre, qui compte sur l’été pour améliorer ce taux très faible. « D’ici la fin de l’été, si ça ne devait pas s’améliorer, nous nous poserions la question d’une obligation vaccinale pour ces publics particuliers », a-t-il menacé.

Deuxièmement, la population des Ehpad est extrêmement fragile face au coronavirus, l’âge étant l’un des plus grands facteurs de risque et amenant en plus d’autres comorbidités. Car 41 % des morts du coronavirus en France étaient des résidents d’Ehpad avant que leur vaccination ne commence, alors qu’ils ne représentent que 611.000 personnes au total, soit même pas 1 % de la population du pays.

Pourquoi la vaccination des résidents ne suffit-elle pas ?

Selon les données de Santé Publique France, 81 % des résidents auraient reçu les deux doses de vaccin et seraient donc complètement vaccinés. Mais même avec deux doses, le vaccin n’est pas efficace à 100 %. Selon une étude publiée ce lundi par les autorités sanitaires britanniques, deux doses de Pfizer ne protégeraient « que » à 90 % contre les hospitalisations face au variant Delta. Et ce pourcentage, plutôt haut, peut baisser fortement sans qu’on ne sache encore bien l’expliquer.

Par exemple, mi-juin, une épidémie de Covid au sein de la maison de repos « Nos Tayons » à Nivelles en Belgique, a donné un bilan beaucoup plus meurtrier qu’attendu. Chez les résidents vaccinés, 44 % ont été touchés (52 sur 117) et 12 personnes sont mortes. La couverture vaccinale partielle des soignants de l’établissement (seulement 60 % des membres du personnel vaccinés) avait été notamment pointée du doigt.

« Quand on gère une population aussi fragile que les résidents d’Ehpad, on ne peut laisser aucun trou dans la raquette. Moins il y a de soignants vaccinés, plus il y a de chance de transmettre le virus à des personnes fragiles, et le vaccin ne sauve pas tous les malades. Il faut donc tout faire pour limiter l’entrée du virus dans l’Ehpad et sa transmission », dépeint le médecin Jérôme Marty et président de l’Union française de médecine libre (UFML). En effet le vaccin diminue les chances de contracter le coronavirus et les chances de le transmettre. Plus de soignants vaccinés dans le Ehpad, c’est donc moins de chance d’y voir entrer le Covid-19.

La vaccination obligatoire, est-ce une bonne idée ?

« Quand après six mois d’ouverture à la vaccination, il n’y a qu’un peu plus de 50 % de vaccinés, il n’y a plus d’excuse, surtout lorsqu’on est soignant », peste Jérôme Marty. Qui s’interroge quand même : Pourquoi ce taux, assez voire très haut chez les autres soignants, est aussi bas dans les Ehpad ? « Il faut chercher l’explication, analyser cette population, chercher des méthodes convaincantes », avance le médecin.

Reste qu’après six mois et un taux aussi médiocre, la question de l’obligation se pose effectivement, admet-il. Mais cela est loin d’être la solution miracle. « Peut-on exiger une vaccination obligatoire pour seulement une partie des soignants, et sur quelle base juridique ? Surtout, quel moyen de rétorsion avons-nous pour ceux qui refuseront ? Il y a déjà des sous-effectifs en Ehpad et pas assez de soignants pour les remplacer. » Les Ehpad, insoluble brèche en France face au coronavirus.