Bébé : Une appli pour informer les parents sur les perturbateurs endocriniens… et encourager les bonnes habitudes

PARENTALITE Alors que les perturbateurs endocriniens inquiètent de plus en plus et sont très difficiles à connaître et à repérer, une application, développée par des soignants en Paca, donne un coup de pouce aux parents

Oihana Gabriel

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Illustration d'une femme enceinte.
Illustration d'une femme enceinte. — Pixabay
  • Depuis deux semaines, l’application « Bulle 1.000 jours », gratuite et réalisée par des professionnels de santé, est disponible. Elle permet de se renseigner sur les perturbateurs endocriniens.
  • L’objectif : donner de bons réflexes aux futurs parents ou à ceux dont les enfants ont moins de 2 ans.
  • S’appuyant sur des questionnaires, l’application propose des conseils et des fiches pratiques pour s’y retrouver dans la jungle des perturbateurs endocriniens.

Ils sont partout et nulle part à la fois. On le sait, les perturbateurs endocriniens ont envahi notre quotidien : assiette, crèmes, sofa, biberon… Chasser ces produits invisibles semble peine perdue. Et pourtant, nombre de Français s’inquiètent de leur omniprésence, surtout quand un bébé s’annonce. Voilà pourquoi une application a vu le jour fin mai.

Une première, puisqu’il existe à ce sujet quantité de ressources sur Internet (sur le site de l’Anses, des ARS, d’associations  Santé Environnement France, Générations futures…), mais aucune application pédagogique pour le grand public.

Une application de conseils personnalisés pour jeunes parents

A l’origine de cette initiative : un partenariat entre l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) sage-femme et l’URPS médecins libéraux en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Chose rare, puisque plusieurs professions du soin ont travaillé main dans la main, et ce sont des libéraux qui portent le projet, et non un hôpital ou une agence de santé régionale. Les professionnels de santé se sont adjoint les connaissances de l’association Association Santé Environnement France (Asef) et le savoir technologique de la société Exolis. Cette application, nommée « Bulle 1.000 jours », s’adresse aux couples qui ont passé le premier trimestre de grossesse et aux parents d’enfants de moins de 2 ans. « Il a été identifié médicalement que c’est la période de plus grandes fragilités face aux perturbateurs endocriniens », explique Aurélie Rochette, présidente de l’URPS sage-femme en Paca. Même si les bons réflexes seront utiles quel que soit l’âge de l’enfant.

Pour toucher directement les futurs parents, passer par une application semblait le plus approprié. « On est sur une population jeune, entre 18 et 45 ans, donc il n’y a pas de frein technologique, poursuit Aurélie Rochette. On a voulu quelque chose d’auto-éducatif, pour que les parents soient vraiment autonomes. »

Une invitation, donc à changer ses habitudes petit à petit. Dans leur livre Perturbateurs endocriniens*, Jean-Pierre Bourguignon, Thomas Zoeller et Anne-Simone Parent soulèvent ce paradoxe : « Etre exposé aux perturbateurs endocriniens n’est un choix pour personne et garde un côté immatériel, difficilement saisissable. Ces aspects rendent le travail de prévention individuelle plus ardu encore et son efficacité plus incertaine. Pour autant, la protection individuelle par la prévention (…) n’est-elle pas incontournable ? »

« Un moment propice aux changements d’habitude »

Concrètement, l’appli, gratuite et disponible sur IOS et Android, propose cinq questionnaires, abordant aussi bien la nourriture que les cosmétiques ou l’utilisation du plastique… Avec trois temporalités : vous désirez un enfant, vous êtes enceinte, votre bébé est né. A partir de vos réponses, elle va calculer un score et vous proposer des conseils adaptés. Pas facile, pour autant, de tout changer du jour au lendemain… « On va proposer des choses simples. Par exemple : ne pas faire chauffer la nourriture dans un contenant en plastique, mais dans du verre ou une assiette, c’est à la portée de toutes les bourses !, illustre la sage-femme. Et on sait que la grossesse est une période propice aux changements d’habitudes. »

Parallèlement aux questionnaires, des fiches pratiques énumèrent les informations basiques sur les perturbateurs endocriniens. Côté technique, c’est Exolis, une société qui propose des parcours patient connectés, qui est à la barre. « Cette application permet à toutes les familles de s’auto-évaluer vis-à-vis de leur environnement, résume Christophe Rosso, cofondateur d’Exolis. Avec de l’information vérifiée, puisqu’elle est faite par des institutions de santé, mais vulgarisée et amenée de manière ludique pour que n’importe qui s’y retrouve. »

L’appli est disponible depuis fin mai, mais reste confidentielle pour le moment. « Deux semaines après le lancement, on compte entre 500 et 1.000 téléchargements, ce qui n’est pas mal pour une cible précise, les futurs et jeunes parents », précise Christophe Rosso. Assez basique, elle devrait évoluer à mesure que les données scientifiques s’affinent sur cette problématique qui inquiète beaucoup. Les concepteurs travaillent sur des quiz sur les labels bio, imaginent de proposer un suivi dans l’amélioration des habitudes, et souhaitent « impliquer davantage le père », suggère Christophe Rosso.

« Trop anxiogène et trop complexe »

Proposer des données claires et des conseils personnalisés sur un sujet aussi complexe que les perturbateurs endocriniens, le pari était osé. Sachant que même les scientifiques ont du mal à se mettre d’accord sur la définition de ces substances. Et qu’on découvre chaque mois de nouvelles informations sur leurs conséquences. « C’était important qu’on détricote les données, car c’est un sujet un peu subversif, admet la sage-femme. Oui, il y a des centaines, voire des milliers de perturbateurs endocriniens, et ils sont partout. Même les citoyens qui auraient envie de s’intéresser lâchent l’affaire car c’est trop anxiogène et trop complexe. »

Et pourtant, éviter pour son nouveau-né le biberon plein de bisphénol B (qui, aux dernières nouvelles, s'avère aussi nocif que le bisphénol A), le jouet en plastique qu’il va suçoter non-stop, ou encore la crème pour les fesses pleine de phénoxyethanol semble essentiel. Car certains perturbateurs endocriniens sont soupçonnés d’avoir un impact sur l’infertilité, le diabète, l’obésité, les troubles du neurodéveloppement et les cancers. Des sujets de santé publique majeurs aujourd’hui. « On est à peine au début de ce qu’on peut savoir, prévient Aurélie Rochette. Car les études sont très difficiles à mener quand on parle de fertilité du fœtus… Pour le tabac, on s’est rendu compte que le risque d’avoir une pathologie respiratoire existe pour un enfant dont la mère n’a pas fumé, mais dont la grand-mère a fumé pendant sa grossesse ! » C’est dire si ces études ont besoin de plusieurs décennies pour gagner en solidité.

* Perturbateurs endocroniens, Editions Mardaga, 27 mai 2021, 19,90 euros.