Coronavirus : Deux doses de vaccins différents pour les moins de 55 ans un « cocktail gagnant » ou pas ?

VACCINATION Pour les moins de 55 ans ayant reçu une première dose d’AstraZeneca, il a fallu changer de schéma vaccinal et opter pour une deuxième dose de vaccin a ARN messager

Anissa Boumediene

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Plus de 500.000 personnes de moins de 55 ans ont reçu une première dose de vaccin AstraZeneca, et doivent recevoir une deuxième dose de sérum à ARN messager.
Plus de 500.000 personnes de moins de 55 ans ont reçu une première dose de vaccin AstraZeneca, et doivent recevoir une deuxième dose de sérum à ARN messager. — SYSPEO/SIPA
  • Il y a quelques semaines, des moins de 55 ans ont reçu une première dose de vaccin AstraZeneca, ce qui leur a permis d’accéder à la vaccination avant d’y être éligibles, tout en évitant que des doses de ce vaccin peu populaire ne finissent à la poubelle, faute de preneurs.
  • Mais quelques jours plus tard, après la survenue de quelques cas de thrombose spécifique, la Haute autorité de santé (HAS) a recommandé de réserver le vaccin AstraZeneca uniquement aux personnes de plus de 55 ans.
  • Selon les nouvelles recommandations en vigueur, pour les moins de 55 ans, la deuxième dose est désormais administrée avec un sérum à ARN messager. Un changement imprévu que les premiers intéressés racontent à « 20 Minutes »

Ils étaient pressés de se faire vacciner et contents de bénéficier de doses de vaccins qui sans eux auraient fini à la poubelle. Il y a plusieurs semaines, des moins de 55 ans ont reçu leur première injection avec le sérum peu populaire d’AstraZeneca. Sauf que dans les jours qui ont suivi leur vaccination, la survenue de rares cas de thrombose chez des personnes relativement jeunes a conduit la Haute autorité de santé (HAS) à réviser ses recommandations, réservant finalement le vaccin anglo-suédois aux plus de 55 ans.

Alors, pour toutes celles et ceux qui avaient déjà reçu leur première dose d’AstraZeneca et qui y sont devenus inéligibles, il a fallu élaborer un autre schéma vaccinal, consistant à leur proposer une deuxième dose d’un autre vaccin, cette fois-ci à ARN messager (ARNm), de Pfizer-BioNTech ou de Moderna. Ils ont confié leurs impressions à 20 Minutes.

« On était content d’être vaccinés et d’éviter le gaspillage de doses »

Théo, 23 ans, reçoit sa première dose d’AstraZeneca début mars. « Mon père est un médecin généraliste, il avait eu des désistements à cause de la polémique et nous a proposés à ma mère et moi de nous vacciner ». Idem pour Thomas, 38 ans, vacciné par sa belle-sœur, médecin. « Elle nous a appelés mon épouse parce qu’il lui reste deux doses après des désistements de personnes âgées qui préféraient recevoir du Pfizer. C’était nous ou la poubelle ». Même schéma ou presque pour Sabine 38 ans, traitée depuis un an pour un cancer du sein de grade 3 et vaccinée par une amie médecin : « Je n’étais pas considérée à risque parce que je n’avais pas de chimiothérapie, mais je me sentais très fragilisée physiquement par mon cancer ».

Professeure d’anglais dans une école accueillant des élèves du CM2 à la terminale, Olivia, 30 ans, a vu les contaminations grimper dans son établissement. « J’avais envie de me sentir protégée, et comme mon médecin avait des doses sur les bras, il a accepté de me vacciner sans attendre ». Mêmes causes et mêmes effets pour Bernard et son épouse Françoise, 50 ans, qui ont profité de l’impopularité d’AstraZeneca pour être vaccinés avant l’heure. Car dans les cabinets médicaux, « c’est sûr qu’on a eu du mal à trouver preneur pour les doses d’AstraZeneca, confirme le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF). On a eu des annulations et il nous arrive encore aujourd’hui de devoir jeter des doses », déplore-t-il. Mais « nous, on était contents d’être vaccinés tôt et d’éviter le gaspillage de doses », confient les deux époux.

« J’avais peur de jouer les cobayes »

Un coup gagnant pour les médecins et pour ces vaccinés de la première heure. Sauf que quelques jours après leur première dose, la survenue de thromboses chez des personnes jeunes peu après leur vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca pour la France à suspendre le vaccin le 15 mars. « A ce moment-là, j’ai eu peur que ma première dose ne soit pas comptabilisée ou que je doive tout recommencer », se souvient Olivia. Sabine, elle, craint alors pour sa santé. « Mon traitement par hormonothérapie était déjà associé à un risque de thrombose, alors après ma première dose, je me suis inquiétée, d’autant plus que ma première dose était issue du lot mis en cause dans le décès d'une infirmière ».

Théo, lui, s’est demandé avec quoi il allait recevoir sa deuxième dose. Et beaucoup étaient dans cette situation. « Avant cette restriction, un peu plus de 500.000 personnes de moins de 55 ans ont reçu une première dose de vaccin AstraZeneca », indique la HAS. Dans son avis publié le 9 avril, l’autorité sanitaire a indiqué que « l’administration d’une seule dose de ce vaccin étant insuffisante pour garantir une protection durablement efficace », il était désormais « recommandé de compléter le schéma vaccinal pour cette population avec un vaccin à ARNm dans un délai de 12 semaines après la première injection ». A ce moment-là, « j’ai hésité à me faire vacciner, j’avais peur de servir de cobaye, que cette solution ne soit que du bricolage, confie Sabine. J’ai appelé mon oncologue et mon médecin, qui m’ont rassurée et encouragée à recevoir ma deuxième dose ».

« Certains patients nous ont recontactés, et nous avons appelé les autres, pour les informer et les accompagner pour prendre rendez-vous pour leur deuxième dose », explique le Dr Hamon. « Nous avons facilement pris rendez-vous en ligne, mais on s’y est pris très en avance pour être sûr de recevoir notre deuxième dose pile 12 semaines après la première », souligne Bernard. Théo, lui s’est posé beaucoup de questions. J’avais peur d’être moins bien immunisé, et il n’y avait pas trop d’études sur le sujet ». De son côté, la HAS recommandait « de mettre en place en place très rapidement une étude pour évaluer en vie réelle la réponse immunitaire conférée par le schéma de vaccination mixte recommandé ».

« Content d’avoir reçu le cocktail gagnant ! »

Alors, quelle efficacité pour ce nouveau schéma vaccinal, dit de type « prime-boost hétérologue », qui consiste à utiliser pour la deuxième injection (boost) un vaccin relevant d’une technique différente de la première (prime) ? « De nombreux arguments sont en faveur de cette stratégie, (…) qui s’est avérée plus efficace que l’approche de prime-boost homologue [deux doses identiques] », assure la HAS. Elle a rappelé que les vaccins anti-Covid, qu’ils soient à adénovirus comme AstraZeneca ou à ARNm pour Pfizer et Moderna, « ciblent le même antigène [la protéine Spike], ce qui permet de soutenir cette stratégie », et que « de nombreuses études sont en cours », et que les premiers résultats sont « encourageants ».

Ainsi, les résultats de l’étude espagnole CombiVacS, récemment publiée, démontrent que les personnes qui ont reçu une première dose d’AstraZeneca et une seconde de Pfizer ont développé deux fois plus d’anticorps que celles ayant reçu deux doses d’AstraZeneca. Dans le cadre de cette étude incluant 663 participants, aucun problème de santé n’a été identifié en raison de ce schéma vaccinal. Des résultats plus que rassurants pour Thomas et son épouse, de formation scientifique. « Ça met en confiance cette deuxième dose de Pfizer, plus efficace contre les derniers variants ». Un sentiment partagé par Olivia, qui a « observé le variant delta grimper en flèche au Royaume-Uni. Finalement, cette combinaison vaccinale, qui s’avère potentiellement encore plus protectrice que si j’avais reçu deux doses d’AstraZeneca, me rassure ». D’autant que « l’on n’a a priori pas besoin de troisième dose pour être pleinement protégés », complète Sabine. « Quand j’ai vu que ce mixe vaccinal avait tendance à augmenter l’immunité, je me suis dit que j’étais content d’avoir reçu le cocktail gagnant », se réjouit Bernard.

Résultat, « j’ai des patients de plus de 55 ans qui cherchent à filouter pour bénéficier de ce schéma vaccinal là ! », relève le Dr Hamon. Mais quel que soit l’âge de ses patients, le médecin observe la progression de la couverture vaccinale au sein de sa patientèle. « Beaucoup ont été vaccinés, ils se sont très bien débrouillés : environ 70 % d’entre eux ont déjà eu leurs deux doses ».