Déconfinement : Restaurants, cinés, salles de sport… « Je n’irai pas tant que les variants circuleront »

PANDEMIE Le déconfinement franchit un nouveau palier ce mercredi. Mais malgré la progression de la couverture vaccinale contre le Covid-19, la peur des variants reste pour certains un frein au retour dans les lieux publics clos

Anissa Boumediene

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Salles de sport, cinémas, restaurants, il y a ceux qui ont hâte d'y retourner, et les plus inquiets face aux variants, qui vont attendre encore un peu.
Salles de sport, cinémas, restaurants, il y a ceux qui ont hâte d'y retourner, et les plus inquiets face aux variants, qui vont attendre encore un peu. — Lindsey Shuey/AP/SIPA
  • Ce mercredi marque une nouvelle étape du déconfinement, avec notamment la réouverture des salles des restaurants et des salles de sport.
  • Si beaucoup s’en réjouissent, certains ne sont pas encore prêts à fréquenter de nouveaux ces lieux publics clos, par peur du coronavirus et de ses variants.

Un petit cours de zumba entre midi et deux, une toile et un resto en sortant du boulot ? Après de longs mois de restrictions, c’est désormais possible. Ce mercredi marque un pas de plus vers un retour à la « normale », avec une étape supplémentaire franchie dans le déconfinement. Au programme : couvre-feu décalé à 23 h, mais aussi et enfin la réouverture des salles des bars et restaurants, des salles de sport, des piscines, et l’augmentation progressive des jauges d’accueil dans les salles de cinéma.

De quoi réjouir les plus avides de reprendre une vie sociale et culturelle active. Mais après plus d’un an de pandémie de coronavirus et de gestes barrières, pour les plus flippés du Covid-19, l’idée de fréquenter à nouveau des lieux publics clos peut être une source d’inquiétude.

« Mon immunité est trop fragile »

Pour Valérie, cette nouvelle étape du déconfinement « ne va presque rien changer. Même vaccinée, mon immunité est trop fragile. Je ne sors quasiment pas, je n’ai même plus de carte de transport. Alors, avec mon conjoint, on ne va certainement pas reprendre notre abonnement au cinéma, ni renouer avec le traditionnel restaurant hebdomadaire. Finalement, on s’est habitué à se passer de ces choses qui ne nous manquent pas tant que ça. On commande ou on cuisine ensemble, des moments que j’apprécie particulièrement. Je ne sais déjà pas quand je pourrai sortir de chez moi sans vérifier que les gens à proximité portent correctement leur masque, alors en lieu clos… ».

Quand on se fait vacciner, « l’immunité monte à 60-80 % après la première dose, rebaisse entre la quatrième et la sixième semaine, puis remonte à plus de 90 % deux semaines après la seconde dose, rappelle le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). Mais pour les personnes immunodéprimées, la vigilance reste de mise, ainsi qu’ une troisième dose de vaccin ».

Pas de ciné « tant que les variants circuleront »

Bien qu’elle soit « passionnée de cinéma et adore la Cinémathèque Française », Adèle a elle aussi décidé de jouer la prudence avant de se refaire une toile. « Ayant constaté que certains spectateurs se permettent de retirer leur masque quand la salle plonge dans l’obscurité, j’ai décidé que je ne retournerai ni au cinéma ni au théâtre tant que les variants circuleront. Et ce, même si les programmes sont magnifiques et que je suis complètement vaccinée. Je préfère être frustrée, mais vivante ! »

Comme elle, Nathalie *, « 62 ans et sans comorbidité, ne prévoi (t) pas de retourner en salle de sport. Pourtant, je faisais du tennis de table avec plaisir mais depuis un an, je ne fais plus que du sport en extérieur », explique-t-elle. Si pour la sexagénaire, il n’y a « pas de problème pour les terrasses, aucun restaurant en intérieur n’est prévu. De même, les cinémas et théâtres attendront : je ne fais pas confiance aux autres pour garder le masque. Bien que totalement vaccinée avec deux doses de Pfizer, les variants me font trop peur ».

« Mettre les gens en confiance »

« La peur reste justifiée, confirme le Dr Marty, dans la mesure où il n’y a pas encore de pass sanitaire. A ce jour, seule 40 % de la population a reçu une dose, et 20 % a reçu les deux, donc il ne faut pas se relâcher trop vite. Si le message sur l’importance de ventiler commence à passer, il faudrait aller plus loin ». Dans un rapport publié le 28 avril, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) recommande un taux de CO2 maximum de 800 ppm (parties par million) dans les lieux clos recevant du public. Le cas échéant, « une concentration en CO2 supérieure à un seuil de 800 ppm doit conduire dans tous les cas à ne pas occuper la salle et à agir en termes d’aération/renouvellement d’air et/ou de réduction du nombre de personnes admises dans les locaux d’un ERP » [établissement recevant du public].

En pratique, « pour mettre les gens en confiance, on pourrait mettre en place une charte sur les lieux clos, affichée à l’entrée, avec un engagement sur des mesures définies pour assurer une bonne qualité de l’air intérieur », prescrit le Dr Marty. Pour le médecin, « il faudrait prendre exemple sur la Belgique, avec une généralisation des détecteurs de CO2, et une ventilation ou une aération opérée dès que l’on dépasse le seuil de 700 à 800 ppm. Ce sont des dispositifs simples qui rassurent et fonctionnent, mais qui ne sont pas – ou trop peu – déployés dans l’Hexagone ».

« Prendre de bonnes habitudes »

Le retour à un semblant de vie normale, Arnaud l’a déjà essayé. « J’ai tenté de retourner à la salle de sport entre les deux premiers confinements. Malheureusement, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de respect des gestes barrières, pas de distanciation ni de nettoyage des machines et des agrès. Et pas non plus de port du masque lors des déplacements dans les locaux. Certains rentraient même dans le bâtiment non masqués et le personnel ne leur disait absolument rien. C’est quand même dommage pour un lieu où l’on se rend pour son bien-être », regrette le jeune homme, pas prêt à renouveler l’expérience pour le moment. Confiant, Yves, lui, ne compte pas attendre. « (Ce) mercredi matin, je me précipite dans ma salle de sport ! Et pour le cinéma, j’ai déjà le programme en poche ! »

Dans ces lieux publics clos, « le problème n’est pas tant l’espacement que l’aération et la capacité à renouveler l’air intérieur, insiste le Dr Marty. On le dit depuis un an : 80 % de la transmission se fait par l’aérosolisation. Face à un virus qui a cette capacité à créer des variants, il vaut mieux prendre de bonnes habitudes pour éviter la progression de futurs variants résistants aux vaccins ».

Les bonnes habitudes, justement, se généralisent. « Les restaurateurs ont compris qu’il fallait ouvrir les fenêtres, et les cinémas aussi sont vigilants sur l’aération », rassure-t-il. Dans les salles de spectacles aussi. « Je suis retournée voir un concert à la Philharmonie, où les gestes barrières étaient très bien respectés, se réjouit Cassard. Il ne faut pas avoir peur à outrance, il suffit de reprendre une vie classique tout en continuant à faire attention, c’est tout ! »

* Le prénom a été changé