Coronavirus : La chirurgie correctrice des yeux boostée par le port du masque

COUP D'OEIL Depuis le début de la crise sanitaire, les chirurgiens ophtalmo constatent une augmentation des demandes d’opération de personnes qui en ont marre d’avoir de la buée sur leurs lunettes

Oihana Gabriel

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Illustration d'une opération de chirurgie réfractive.
Illustration d'une opération de chirurgie réfractive. — Pixabay
  • Le port du masque en permanence a caché les sourires et provoqué des problèmes de buée sur les lunettes pour de nombreuses personnes.
  • Au point que certains se sont informés ou ont sauté le pas pour se faire opérer des yeux.
  • Plusieurs chirurgiens ophtalmologues ont remarqué que certains avaient en effet plus de temps et de moyens pour passer sur le billard et corriger en un coup de laser myopie, astigmatisme et autres problèmes de vision.

Un monde très flou. Depuis le début de la crise du Covid-19 et le port du masque en intérieur et en extérieur, la vie des porteurs de lunettes s’est embuée. Et si certains sont passés aux lentilles, d’autres ne les supportent pas. A tel point qu’un grand nombre de Français se sont tournés vers la chirurgie correctrice.

La buée, un « accélérateur de décision »

« C’est une évidence, la demande a vraiment augmenté, assure Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologue à Paris. Les patients nous posent beaucoup plus de questions, même s’ils ne veulent pas se faire opérer tout de suite. Et pour ceux qui étaient dans le doute, le fait d’avoir la buée tout le temps a été un accélérateur de décision. » Selon les chiffres de la Société de l'Association Française des Implants et de la chirurgie Réfractive (Saphir), il y aurait eu une augmentation de 20 % à 30 % de la demande nationale d’opérations chirurgicales pendant la crise sanitaire.

« Avant le Covid-19, j’étais à six interventions par semaine. Aujourd’hui, entre 12 et 20 », confirme Romain Nicolau. Même constat du côté de Jérémie Barbier, membre de la Société française d’ophtalmologie (SFO), qui exerce à Lyon. « Clairement, le port du masque a augmenté petit à petit cette demande. Entre 20 et 25 % de plus, selon les échanges que j’ai eus avec mes collègues. » « Depuis le Covid-19, on conseille d’éviter de se toucher le visage. Certains estimaient que c’était plus simple et plus hygiénique de passer à l’opération plutôt que de garder des lentilles », ajoute Jérémie Barbier. Il est vrai que quand on perd une lentille dans le métro, se tripoter les yeux après avoir touché la barre au milieu du wagon n’est pas tout à fait recommandé…

Plus de temps et d’argent

Au-delà de la buée et de l’hygiène, il y a les facteurs temps et argent. La chirurgie réfractive n’est pas prise en charge par la Sécurité sociale. Elle n’est donc pas remboursée et ne donne pas droit à un arrêt maladie. Or, entre le chômage, le manque de sorties et le télétravail, certains Français avaient moins de réticences à prendre quelques jours off ou à profiter de ce temps pour se remettre d’une opération. « Et certains avaient plus d’argent, l’épargne n’ayant jamais été aussi élevée », reprend l’ophtalmologue lyonnais.

La chirurgie du regard en a elle aussi profité. Car avec le port du masque, on ne voit plus que le haut du visage. « Et avec la multiplication des réunions en visio, beaucoup se voyaient sur l’écran et ont remarqué leurs paupières qui tombent, complète Jérémie Barbier. On a eu beaucoup de demandes de chirurgie esthétique chez une patientèle plus âgée, en parallèle de la demande de chirurgie réfractive. »

Une opération pour de nombreux problèmes

Mais comment cette opération correctrice se déroule-t-elle ? L’objectif est simple : se passer de lunettes… ou de lentilles. « On a un " capital " lentille. C’est-à-dire qu’en fonction de comment on les a portées, il n’est pas rare que les gens soient gênés au bout d’un certain temps », prévient Jérémie Barbier. Un risque qui touche inégalement les personnes, sans être non plus un passage obligé. Mais quand on souffre de sécheresse des yeux, l’équation lentilles de contact et air chaud qui remonte du masque peut clairement encourager à passer à l’opération.

Passer sur le billard est une option pour de nombreux problèmes de vue : myopie (défaut de vision de loin), hypermétropie (vision de près), astigmatisme (défaut de vision de loin et de près) et presbytie (difficulté sur la vision de près). Et la chirurgie réfractive peut être envisagée également quand les problèmes se cumulent (myopie et astigmatisme par exemple), ce qui est souvent le cas.

L’opération est réalisée sous anesthésie locale, avec un collyre, en ambulatoire et ne dure que quelques minutes. « Le laser est proposé 90 % du temps, précise Romain Nicolau. Quand on est myope, soit on a un œil trop grand, donc grâce à l’opération, on va amincir la cornée. Soit la cornée est trop cambrée, et le laser permet de retrouver une cambrure normale. » « On va artificiellement changer la réfraction, complète Jérémie Barbier. C’est comme si on vous intégrait une lentille sans rien ajouter. »

Des examens préalables

Mais avant de confier la prunelle de vos yeux à un chirurgien, quelques examens sont nécessaires. Afin de vérifier, notamment, que vous n’avez pas de maladie des yeux et que votre cornée est assez épaisse. Autre contre-indication : « une sécheresse sévère entraînant une irritation de la cornée - une  kératite -, laquelle va vous faire un voile devant les yeux. Le fait d’opérer peut aggraver ce voile », reprend Romain Nicolau.

Mais il rassure : « On ne peut pas finir aveugle avec cette opération ! Les effets secondaires de l’intervention, c’est la sécheresse oculaire, et dans la majorité des cas, ça dure un mois. Il arrive aussi que les patients voient de petits halos, surtout la nuit. Avec le temps, ça s’estompe. Le cerveau s’accoutume, comme pour les acouphènes. »