Coronavirus : Certains traitements de la sclérose en plaques rendraient les vaccins anti-Covid inefficaces

VACCINATION Un cinquième des patients atteints de sclérose en plaques suivraient un traitement qui rendrait inefficaces les vaccins anti-Covid

Anissa Boumediene

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Certains traitements de la sclérose en plaque rendraient inefficaces la vaccination contre le coronavirus.
Certains traitements de la sclérose en plaque rendraient inefficaces la vaccination contre le coronavirus. — SYSPEO/SIPA
  • Certains traitements de la sclérose en plaques annuleraient les effets protecteurs de la vaccination anti-Covid.
  • Or, 20 % des patients seraient soignés avec ces traitements immunosuppresseurs.
  • Des études sont menées pour étudier leur réponse immunitaire et leur proposer le schéma vaccinal le plus efficace.

Un vaccin pour zéro protection ? Certains traitements contre la sclérose en plaques, les anti-CD20, annuleraient la protection conférée par les vaccins anti-Covid tout en augmentant les risques de développer une forme grave du virus. « Les patients traités avec cette classe de traitements sont à la fois plus exposés aux formes graves de Covid-19 et risquent de moins bien répondre à la vaccination », explique le neurologue Jean Pelletier, président du Comité Médico-Scientifique de la Fondation Arsep (Aide à la recherche sur la sclérose en plaques).

« Autour de 20 % » des patients atteints de sclérose en plaques (SEP) prennent ce type de traitements, précise-t-il. Soit dès le début de leur maladie, soit parce que les autres n’ont pas fonctionné.

Moins de protection et plus de risques de forme grave : la double peine

Rituximab et ocrelizumab : voici les deux médicaments qui semblent annuler l’effet protecteur des vaccins contre le coronavirus. Les effets que semblent provoquer les anti-CD20 face au Covid-19 pourraient s’expliquer par le fait que ces médicaments agissent sur les lymphocytes B, « les cellules qui fabriquent les anticorps », selon le Pr Pelletier. « Ce sont des immunosuppresseurs très puissants, donnés comme traitement de fond très efficace de la SEP, et administrés par perfusion tous les six mois », explique le Pr Thibault Moreau, chef du service de neurologie au CHU de Dijon et membre du Comité Médico-Scientifique de l’Arsep.

« Les études menées par les Etats-Unis, l’Italie et la France convergent et montrent qu’il y a chez ces patients un risque plus élevé de développer une forme grave du Covid-19. Le ratio est d’environ 2,2, soit un risque doublé », ajoute le neurologue. De plus, « on voit des personnes atteintes de SEP et traitées par ces anti-CD20 qui ne produisent pas d’anticorps après la vaccination », complète le Pr Pelletier, craignant le risque d’une « non-protection ». Pour ces patients, face au Covid-19, c’est donc la double peine.

D’où l’importance d’avoir des données complémentaires. Ainsi, l’étude COV-POPART, pilotée par l’Inserm, « vise à évaluer l’effet de la vaccination contre le Covid-19 » chez des patients traités pour plusieurs maladies, en fonction des traitements qu’ils prennent. Parmi eux, 600 patients SEP. « On ne connaît pas encore bien le degré d’immunisation face au Covid-19 des patients SEP vaccinés après avoir reçu des anti-CD20, reconnaît le Pr Moreau, qui participe à ces travaux. C’est pourquoi nous réalisons des dosages d’anticorps chez ces patients qui reçoivent ces traitements après un, trois, six et douze mois, afin d’évaluer leur réponse immunitaire ».

Déterminer le schéma vaccinal le plus efficace

« On pourra avoir une première réponse dans six mois », espère le Pr Pelletier, selon qui il faudra sans doute une adaptation de la stratégie vaccinale chez les personnes concernées. Pour l’heure, « chez les patients pour lesquels il y a une indication à recevoir ces traitements, nous préconisons de les vacciner en amont : si leur SEP est bien stabilisée, on va différer la perfusion de trois mois pour les vacciner d’abord. C’est sans risque », assure le Pr Moreau.

Et selon les recommandations de la Haute autorité de santé et des sociétés savantes, pour ces patients, le schéma vaccinal le plus efficace est celui à trois doses. « On sait qu’au-delà du taux d’anticorps, l’immunité cellulaire joue un rôle protecteur face au coronavirus. Mais faute de pouvoir la mesurer, par précaution, on préconise une dose de vaccin supplémentaire à ces patients, soit trois au total », poursuit le neurologue.

Informer et rassurer les patients

Et pour les autres traitements de la maladie ? « Mon neurologue m’a dit que mon traitement protégeait un peu du coronavirus, raconte Iris, bientôt 30 ans, dont la SEP a été diagnostiquée il y a quelques années et qui n’est pas traitée par anti-CD20. J’ai d’ailleurs été cas contact à plusieurs reprises sans jamais contracter le virus, à en croire mes tests PCR et sérologiques négatifs ». Il n’y a pas d’inquiétude concernant les autres traitements de fond de la SEP, comme les interférons, qui pourraient avoir un effet « un peu protecteur », confirme le Pr Pelletier.

Mais du côté des patients, difficile d’y voir clair. « Aujourd’hui, entre l’impact au quotidien de cette maladie et des traitements et le contexte anxiogène du Covid-19, on a besoin d’informations précises. D’autant plus que certains vaccins, comme celui contre la fièvre jaune, sont contre-indiqués pour nous, donc on a du mal à s’y retrouver », confie Iris. Dans son service, le Pr Moreau le voit, « on reçoit chaque jour des centaines de coups de fil de nos patients qui nous posent des questions sur les vaccins. On les rassure :  la pharmacovigilance est très bonne en France, et il est établi que la vaccination anti-Covid chez les patients SEP ne déclenche pas de manifestations de leur maladie telles que des poussées inflammatoires, rassure-t-il. C’est important d’insister sur ce point, parce que le Covid-19 peut entraîner des complications neurologiques, ce qui est particulièrement délétère chez des malades ayant déjà le cerveau lésé à cause de la SEP. Donc le vaccin est préférable ». Et les patients semblent plutôt enclins à se faire vacciner : « Parmi ceux que j’ai reçus ce matin, presque tous ont eu au moins la première dose, et très peu ne souhaitent pas se faire vacciner », observe le Pr Moreau.

A ce jour, on estime que plus de 2,8 millions de personnes sont touchées par cette maladie auto-immune dans le monde, dont 110.000 en France.